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Arcs-en-ciel émotionnels

L’être humain est riche, riche par sa complexité, ses nuances, ses contradictions, ses interrogations, ses peurs, ses rêves… Sa richesse est d’une exceptionnelle beauté quand elle parvient à s’exprimer. La voix, les mots, la musique, la création, le corps aussi, les émotions surtout. Une larme qui coule, un sourire qui s’esquisse, un frisson qui parcourt la nuque, un regard qui se baisse.

À chaque émotion sa couleur, son ressenti, son expression. Cette dernière sublime l’être humain car elle le rend vivant. Ressentir, éprouver, c’est vivre. Dans un monde qui dicte une conduite, une performance, l’expression émotionnelle tend à se faire rare, trop rare. Aujourd’hui il faut produire. La production versus l’émotion. Déclarées antinomiques, l’une doit assujettir l’autre. Seule la production artistique échappe à cette dictature. Elle apparaît comme l’unique échappatoire à une société déshumanisée où rentabilité, profit et argent sont devenus le leitmotiv d’une vie qu’on dirait réussie. Plus de place pour la peine, la peur, la joie même, parfois. Tant qu’il y a du chiffre. Et pourtant, sans l’expression de nos émotions, c’est tout notre être qui  meurt à petit feu. D’une palette aux milles et une couleurs, on ne récupère qu’un pâle dégradé de gris. La pression sociale balaye les nuances vives et colorées que chacun possède pour ne laisser qu’un ensemble opaque, las et meurtri.

Cette pression existe partout. Du plus haut de l’échelle au plus bas, dans la sphère publique autant que dans la sphère privée, elle sévit. Dans la société certes, à l’école aussi, en famille surtout. Se conformer, répondre aux attentes, ne pas faire de vagues, tenter d’être et de rester parfait.e, toujours, coûte que coûte. Comme si la perfection était le gage d’une vie heureuse et l’unique option pour être reconnu.e. C’est de loin la plus grande des supercheries. Le désir de perfection fait taire l’effervescence émotionnelle. Se taire pour être aimé ? Le pacte avec soi-même est scellé. Alors, on range sa singularité. Sensibilité au placard, il ne reste plus que le blanc pour colorer notre existence. Non pas comme synonyme de neutralité, mais comme émotion unique, agréable, certes, mais sans nuances. Pourtant, n’est-ce pas le propre de l’existence ? La nuance ? La variation ? Le mouvement, tout simplement ?

De ce mouvement naît la différence. Exprimer ses émotions, c’est exprimer son être, c’est prendre le parti d’être unique, c’est accepter d’étaler ses couleurs comme bon nous semble. Du rouge, du vert, du jaune, voilà une personnalité qui devient éclatante. La perfection semble bien fade désormais.

Alors, fais briller ta singularité colorée, laisse jaillir tes émotions comme le peintre fait jaillir les couleurs sur ses toiles et tu découvriras leur formidable pouvoir de communion avec autrui. En partageant nos émotions, on se rencontre soi et on rencontre les autres dans une sincère humanité.

Parce qu’un monde coloré révèle bien plus de beauté qu’un monde chiffré, il est temps de rendre toute sa place à l’émotion pour rester vivant.

Source : Unsplash – Yinghchih

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