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Mon ancienne maison

En ces temps de flocons de neige et de lumières de Noël, je me surprends à penser beaucoup à mon ancienne maison. À ses grandes fenêtres de lumière, au roi en peluche qui trônait sur le lit, au chat qui ronronnait dans le salon, aux grands échos des éclats de rire qui résonnaient dans la buée de la salle de bain après la douche.

Mon ancienne maison était douce douce douce, si on ignore la petite pièce noire cachée dans le sous-sol. Quand les effluves sales se sont mis à en sortir pour contaminer le reste de la maison, j’ai décidé de m’enchaîner aux fondations de cette demeure pour que jamais on ne me l’enlève.

Ma stratégie pour tenter de camoufler le pourri a été de poser de la nouvelle tapisserie à la grandeur des murs. Je m’étais convaincue que si le monde entier en venait à croire que ma maison était magique, elle allait le redevenir. Comme si de camoufler le laid allait nous rendre, moi et l’autre habitant de la maison, moins malades. Et quand ça n’a plus été assez, j’ai creusé un peu plus vers l’intérieur, en faisant le ménage des tiroirs. Compulsivement. C’était une mauvaise stratégie. Pendant que je classais les fourchettes, ma maison s’est retrouvée avec un trou dans le toit.

« Home is wherever I’m with you », que je lui disais tout le temps.

La maison qu’on avait construite ensemble avait été belle, mais il fallait déménager. Il m’a tristement expliqué qu’on devait y crisser le feu, ce qu’on a fait. Et on est partis, chacun de notre côté.

Pendant une couple de mois, j’avais l’impression de vivre dans la rue. Mon sentiment de sécurité était mort. J’avais froid tout le temps. J’voulais juste dormir, mais j’me faisais réveiller à tout bout de champ par les petits démons qui jouaient dans les rues délabrées de ma solitude. Je faisais de mon mieux, mais j’avais l’impression que ça ne serait jamais assez.

Et un moment donné, ben, j’me suis aperçue que j’avais construit des fondations sans m’en rendre compte. J’ai fini mon BAC, j’ai trouvé un nouvel emploi, j’ai débuté une nouvelle médication, j’ai déménagé et je me suis fait des nouveaux amis. Peu à peu, je me suis retrouvée avec des murs, un toit et une doudou douce dans le salon.

Ma nouvelle maison à moi toute seule est cool. Jamais je ne retournerais à l’ancienne, et ce, même si elle n’avait pas brûlée. N’empêche que, des fois, les notes d’une chanson suffisent à m’y ramener en pensées, ne serait-ce qu’un instant. Et je souris. Et je retourne planter des fleurs.

Parce que c’est ça, mon nouveau projet : le jardinage. Je plante des fleurs et je les regarde pousser. Je m’en viens pas pire. Il arrive même que je croise des gens qui cultivent les mêmes fleurs que moi. Leurs couleurs brillent, mais nos terreaux ne sont pas nécessairement compatibles. Nos pétales faneraient dans notre parcelle commune. Donc, je passe mon chemin.

Mon ancienne maison a été belle. Je l’ai aimée. Je ne regretterai jamais d’y avoir habité. Mais, il y a quelque chose de beau dans les renouveaux. Pour tous les partis impliqués.

Y’a des fleurs qui ne poussent que grâce aux cendres.

Source : Unsplash

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