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Lettre d’amour aux filles nues

Il y a des filles nues à tous les coins de rue.

Elles se promènent dans leurs appartements, invisibles aux yeux des passants derrière des rideaux vaporeux.

Elles se tiennent debout au pied d’un lit, leurs sous-vêtements à leurs pieds, regardant la personne étendue devant elles.

Les filles nues cherchent à tâtons leur serviette de bain afin d’éponger le savon qui leur coule dans les yeux.

Elles lancent leur pyjama au bout de leurs bras, pressées d’enfiler leur veston pour aller assister à la réunion d’un lundi matin trop gris.

Elles reprennent leur souffle, sous les couvertures, après une séance de masturbation à la fin d’une grosse journée au boulot.

Les filles nues se glissent sous les draps le vendredi soir, se laisse envelopper par le sommeil en posant leur tête dénudée des tracas de la semaine.

Il y a des filles nues à tout moment de la journée.

On les embrasse tendrement après leur avoir fait l’amour.

Elles se dandinent devant le miroir en tentant de passer leurs cuisses dans les jambes étroites de leurs jeans fraîchement lavés.

Elles parcourent du bout des doigts les vergetures alors que leur bébé dort enfin, tout repu du sein gorgé de lait qu’il vient de recevoir.

Elles mettent leur maillot de bain, enfin prêtes pour la dernière compétition de la saison, prêtes à saisir leur chance.

On les admire pendant qu’elles dorment, malgré le ronflement régulier et le filet de salive à la commissure de leurs lèvres, leur ventre se soulevant au rythme de leur respiration.

Les filles nues sont partout. Elles orchestrent le monde de leurs jambes dévêtues et de leurs bras découverts. Les filles nues sont fières. Elles s’aiment. Mais les filles nues sont aussi tristes, gênées, effrayées. Les ombres méchantes du plafonnier d’une chambre à coucher ne portent pas un regard des plus flatteurs sur les filles nues. Elles se contemplent dans un miroir déformé par le regard d’une société qui ne les reconnaît pas.

Mais elles sont également fortes, belles et enviées. Les filles nues sont jalousées par ceux qui ne peuvent les voir. Elles sont courtisées par la nuit qui leur donne une liberté nouvelle et accueillante. Elles sont désirées par ceux qui veulent y glisser une main pour parcourir les mystérieuses courbes et lignes de leurs corps ainsi exposés.

Elles fleurissent la nuit, sous les couvertures. Elles s’épanouissent sous l’humidité réconfortante du jet de la douche. Elles émerveillent le monde de leurs grains de beauté et taches de rousseur.

Les filles nues sont aimées.

Il n’en tient qu’à elles de s’aimer en retour.

Et nous sommes ces filles nues. Nous sommes celles qui doivent s’aimer. Accepter que nos corps sont ce qu’ils sont. Beaux et différents, petits ou grands, poilus ou imberbes, avec des cicatrices de guerre ou d’acné. Avec des yeux cachés sous des fonds de bouteille, des sillons pâles qui parcourent les avant-bras ou de l’encre noire qui sommeille sous la peau.

Je vous aime, filles nues, qui que vous soyez. Je vous offre cette lettre comme un souhait lorsqu’on souffle la bougie d’un gâteau d’anniversaire. Cet éclat d’amour, qu’il serve à vous rappeler que votre nudité vous rend fortes; qu’en aimant votre corps, vous devenez cet amour même que vous recherchez dans la course folle de la vie. Rappelez-vous que des filles nues, ça court les rues. Nous sommes une vague de seins, de fesses, de ventres, d’aisselles et de cuisses qui déferle jour et nuit dans l’imaginaire collectif. Un raz-de-marée de beauté, de couleurs, de formes et de merveilles qui crève les yeux de splendeur. Alors aimez-vous, mes chères filles nues, car votre meilleure défense pour affronter le tsunami menaçant du monde extérieur, c’est votre amour pour votre nudité.

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