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Ma tête de cochon et moi

La rumeur veut que j’aie commencé à m’astiner avec mon père à l’âge de deux ans. Impossible de savoir à quel sujet, les registres familiaux n’ont pas conservé cette partie de l’histoire. À un certain moment pourtant, j’ai posé mes petits poings serrés sur mes hanches, fait mes gros méchants yeux et rétorqué à mon père du haut de mes trois pommes et quart : « T’es une cochonne de tête, papa. »

On peut dire que c’est une affaire de famille. De l’avis de plusieurs, mon père est une incroyable tête de cochon avec qui il vaut mieux ne pas chercher la dispute. Bien que plus discrète, ma mère est tout aussi obstinée. Pour la faire changer d’idée, il vous faudra arriver avec des preuves tangibles, délivrées par une autorité compétente. Dans le cas inverse, bonne chan’!

Et comme on n’échappe pas à la génétique…

Je déteste qu’on me dise non, surtout quand j’ai raison (ce qui est bien sûr le cas la plupart du temps). Je ne parie que sur les choses dont je suis absolument certaine, ce qui m’a valu au cours des années des dizaines de Dr Pepper (seule monnaie d’échange valable dans mon livre à moi). Les choses sont blanches ou noires, je laisse le gris aux autres. Quand on me dit que quelque chose est impossible, je vais prouver le contraire et si, après avoir essayé cent douze solutions différentes, ce quelque chose s’avère vraiment impossible, j’accepterai alors la défaite. À de très rares occasions. Et après avoir épuisée toute l’énergie que j’avais en réserve (burnout à l’appui).

Une tête de cochon comme la mienne est dure à porter. Elle pèse lourd sur mes épaules, me donne mal au dos et au cou. Elle ne me laisse aucun répit, ne me permet pas de baisser les bras ou de faire des compromis. Elle me pousse sans cesse à aller un peu plus loin, pousser un peu plus fort, attendre un peu plus longtemps. Et quand, une fois de plus, je me retrouve coincée au milieu d’une de mes idées folles, quand j’ai encore dépassé mes limites et me relève couverte de bleus, dehors comme dedans, je ne peux m’empêcher de me dire que la vie serait plus simple sans ma maudite tête de cochon.

Dans ces moments, j’essaie de me demander ce que ça serait d’être moins têtue. De ne pas tout prendre à cœur, to go with the flow et me laisser emporter par le courant. Une partie de moi pense que ce serait sans doute plus facile et oh! combien plus reposant. Je n’aurais qu’à suivre le cours des choses ou la volonté des gens sans me poser de questions, sans y voir une défaite. Vivre au petit bonheur la chance. L’idée est belle, l’idée est douce. Comme celle d’être habillée par des oiseaux chaque matin dès que je me mets à chanter.

Aussi fatigant et frustrant que ça puisse l’être parfois, je ne laisserai personne décider pour moi. Et si une situation m’apparaît injuste ou illogique, je partirai en croisade. Si la moyenne est de B, je n’aurai que des A. Si tu me dis de ne pas aller à gauche, regarde-moi y courir. Si tu me mets de côté, tu me retrouveras devant toi, à faire des bye bye par-dessus mon épaule.

Parce que, pour le meilleur et pour le pire, je suis une tête de cochon, de génération en génération.

Crédit photo: Julian Dutton

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