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2019 : une année de littérature autochtone et d’essais

Je m’étais donné un défi en 2019, celui de m’attarder à certains types de lectures qui m’étaient plus inconnus. Je tiens toujours une liste à jour des livres que je veux lire, mais voilà, il arrive que certaines œuvres demeurent non rayées et que je les remette à plus tard… C’est le cas, entre autres, des essais, qui ont l’habitude de me faire plus peur que les fictions. Je n’en demeure pas moins intéressée et, souvent, je suis ravie à la fin de ma lecture. C’est un genre littéraire qui a le don de changer nos points de vue et qui n’est pas aussi hermétique qu’on le pense.

Je voulais également lire davantage de littérature autochtone dans la dernière année et, chose promise, chose due, voici mes coups de cœur! (Pour alléger le texte, j’ai essayé de m’en tenir uniquement à des œuvres publiées en 2019.)

Cette blessure est un territoire, Billy-Ray Belcourt, Triptyque

littérature autochtone
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Paru dans la collection « Queer » des éditions Triptyque, Cette blessure[] sort du cadre hétéronormatif en plus de jouer avec les genres de la poésie et de l’essai. Belcourt y explore des thèmes qui lient l’intime au politique, que ce soit en parlant de sexualité, de séduction ou d’amour. Pour un jeune cri queer du Nord de l’Alberta, la quête identitaire a été rudement  désenchantée : « je me glisse dans la craque entre sujet et objet / et j’appelle ça un état du possible. / quand je parle, il n’y a que le plafond qui écoute. » Entre les baises Grindr ou OkCupid et le deuil du passé autochtone, l’auteur oppose la solitude de l’individu au vivre ensemble de la communauté. Comment rester attaché à un passé qui nous rejette?

Je suis une maudite sauvagesse, An Antane Kapesh, réédité chez Mémoire d’encrier

littérature autochtone
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L’œuvre coup-de-poing de la première autrice innue est un manifeste contre la colonisation des Premières Nations. Sous forme de dialogue entre l’« Indien » et le Blanc, on comprend très vite la dynamique qui soumet, aliène et dépossède l’un au profit de l’autre. Je suis une[] est un appel à la restitution de la liberté, de la dignité et de la fierté autochtone. Elle-même nomade jusqu’en 1953, An Antane Kapesh parle de son amour pour son territoire avant l’arrivée du Blanc : « Je suis très fière, quand, aujourd’hui, je m’entends traiter de Sauvagesse. Quand j’entends le Blanc prononcer ce mot, je comprends qu’il me redit sans cesse que je suis une vraie Indienne et que c’est moi la première à avoir vécu dans le bois. Or toute chose qui vit dans le bois correspond à la vie la meilleure. »

Croc fendu, Tanya Tagaq, Alto

littérature autochtone
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La chanteuse de gorge inuite nous fait découvrir le Nunavut dans son premier roman à la charge époustouflante. On y suit l’enfance et l’adolescence d’une autochtone dans la toundra, à l’école, avec la famille, sous les aurores boréales fécondes. Un univers où se côtoient l’animisme, la nature et la magie, mais aussi le viol, la violence et les abus ; un récit mystique et enivrant où se côtoient la prose et la poésie. L’autrice offre une expérience sensorielle aussi ahurissante que l’est sa musique.

Le Boys club, Martine Delvaux, Remue-Ménage

essai québécois, féminisme
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Delvaux retrace l’histoire ancienne, mais aussi très actuelle des boys club dans les domaines politiques, religieux, dans l’armée ou même les universités. L’essai décortique les abus de pouvoir et la domination masculine. Son chapitre « Boys will be boys » est si juste concernant les violences sexuelles (par exemple, les fantasmes de gang bang et de bukkake) et le traitement de la femme seule devant le groupe d’hommes. Une plongée dans la noirceur misogyne, qui provoque une colère immémoriale et qui pose comme réponse une seule solution : la profanation.

Pour nous libérer les rivières, Hugo Latulippe, Atelier 10

essai québécois
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Le sous-titre de l’œuvre est Plaidoyer en faveur de l’art dans nos vies, et c’est ce que l’essai arrive à dessiner, dans un flux d’amour pour la littérature, le cinéma et les autres arts. Désolé devant le désordre climatique et la société de consommation, Latulippe se tourne vers les artistes pour déconstruire la société capitaliste, basée sur l’appât du gain et les nouveaux chars. Selon lui, il faut faire sauter les vieux fondements dépassés de la société pour inventer et rêver d’un futur prospère. Respecter la nature, repenser nos villes et villages, écouter les Premières Nations et vivre en s’entourant d’art, un gage que plusieurs Québécois sont à même de souhaiter explorer. L’essai est le seizième à paraître chez Atelier 10, une mine d’or d’essais contemporains à découvrir, si ce n’est pas déjà fait!

Ma vie sur la route, Gloria Steinem, Harper Collins

essai américain, féminisme intersectionnel, intersectionnalité
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Gloria Steinem est comme Forrest Gump. Elle était partout dans l’histoire des États-Unis aux moments opportuns, a voyagé dans tous les États en autobus, en taxi, en truck, en avion, est allée à la rencontre des mouvements féministes naissant au sein des communautés hindoues, amérindiennes, afro-américaines et blanches ségrégationnistes, créationnistes… et tout du long, c’est son ouverture intersectionnelle à la cause des femmes qui ressort avec force. Une ode au voyage au féminin venant d’une femme qui n’a jamais eu peur de voyager seule.

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