Menu

Non, ce que je mets dans mon assiette ne vous regarde pas

C’était le 31 décembre, autour de 19h, dans un party du réveillon. Je mangeais mon assiette, qui manquait cruellement de fruits et légumes, disons-le. Qu’est-ce que tu veux, ça me branche moyen, les crudités sèches des traiteurs. Je mangeais mon assiette, à une vitesse normale, c’est-à-dire plutôt lentement. C’est pas pour me vanter, mais à ce jour, je connais seulement deux personnes qui mangent moins vite que moi. Je mangeais mon assiette, jusqu’à ce que je la termine. Parle parle, jase jase, quelques minutes plus tard, je me rends compte que câline, j’ai encore faim. Je me lève, je me ressers, je me rassois.

« Ouin, c’est pas avec ça que tu vas maigrir! »

On pousse l’audace jusqu’à venir me pognasser un bourrelet, le seul que j’haïs vraiment, celui qui s’est logé depuis très, très longtemps sur le côté de mes côtes. Je ne sais pas quoi répondre. La seule chose qui me passe par la tête, c’est Voyons, t’es qui toé, crisse! C’est une mauvaise réponse, parce que c’est quelqu’un que j’aime qui vient de me faire ce commentaire.

J’écris à un, une, des ami-es pour raconter l’anecdote. La première réponse que je reçois tiens en trois mots :

  • Es-tu correcte?
  • … Je suis habituée.

C’est triste, d’être habituée.

On va se le dire : ce que je mets dans mon assiette ne vous regarde pas. J’habite seule depuis une dizaine d’années, maintenant. La seule personne qui sait vraiment ce que je mange, c’est moi. Éventuellement ma nutritionniste, mais certainement pas vous, qui êtes témoins d’un ou de quelques repas sur les 1000 que je mangerai dans la prochaine année.

Non seulement ça ne vous regarde pas, mais vous ne connaissez pas mon histoire.

Vous ne savez pas si, lorsque j’arrive chez moi le soir, je vomis pour me purger des calories ingérées dans la journée.

Vous ne savez pas si je me suis déjà affamée par crainte de grossir.

Vous ne savez pas si j’évite de me regarder dans le miroir quand je suis nue, parce que mon corps me dégoûte.

Vous ne savez pas si je suis incapable de faire l’amour autrement que dans le noir, parce que je suis convaincue que l’homme qui m’aime me trouvera repoussante dans la lumière.

Vous ne savez pas si je prends une médication qui influence l’apparence de mon corps.

Surtout, vous ne savez pas quelles conséquences auront vos paroles.

Quelques jours plus tard, j’ai reçu un texto : « Ouin, je pense qu’il a réalisé que ça t’avait fait de la peine. Il nous en a reparlé aujourd’hui ».

Étrangement, je n’ai pas eu de peine pour moi. J’ai à dealer avec quelques maladies mentales, mais pour le meilleur et pour le pire, mon corps ne me dégoûte pas. C’est le mien et je vis bien avec lui… sauf peut-être le bourrelet ci-haut mentionné.

C’est pour les autres, que j’ai eu de la peine.

J’ai eu de la peine pour toutes celles à qui l’on suggère qu’elles devraient maigrir pour être plus aimables.

À celles qui se sont déjà fait reprocher par leur mère de prendre un deuxième dessert à Pâques.

À celles qui sont arrivées minuscules à Noël et à toute la violence qu’elles ont dû s’infliger pour perdre autant de poids en si peu de temps.

À celles qui « oublient » de dîner tous les jours.

À celles qui ont porté leurs enfants et qui se sont fait reprocher d’être devenue chubby. À ces mêmes qui, lorsque les enfants ont grandi et qu’elles ont enfin pu recommencer à s’occuper un peu d’elles, se sont fait reprocher d’avoir perdu trop de poids.

Cessez de projeter vos propres insécurités sur nos corps. Laissez-nous exister.

Pour en savoir plus :

ANEB Québec

Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires

Les diètes et les courants alimentaires les plus populaires

Source de la couverture : Toa Heftiba

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Une réalisation de