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Retourner au cégep à 26 ans et aimer ça

On a tous des certitudes dans la vie, celles que nous portons au fond de nous depuis l’enfance : j’aurai des enfants, je vivrai ailleurs, je vais me marier, je ferai une grande carrière … Celle qui m’est restée était assez modeste (me semblait-il) : j’irai à l’université. Je suis allée. Mais ce ne fût pas la finalité. Ma finalité, pour l’instant du moins, je l’ai trouvé avec un retour au cégep à 26 ans…

Je suis une académique. J’ai toujours aimé l’école, toujours aimer lire, toujours aimé écrire. C’était donc une certitude dans ma vie que j’irai à l’université. Je pensais au BAC, mais qui sait, je m’imaginais parfois avec une maîtrise, un doctorat. La vie en a décidé autrement et, honnêtement, je ne l’aurai peut-être pas cru au début de ma technique, mais je ne le regrette absolument pas. Étant une personne avec beaucoup d’intérêts, choisir un domaine a été difficile. Après plusieurs années à me chercher au cégep, sans rien finir tout à fait, j’ai fait une demande à l’université en langues. J’aimais la liberté que j’avais : plus d’absences comptées, des dissertations qui représentaient de beaux défis, les grands auditoriums … Mais semble t-il que je n’y ai pas trouvé ce que je voulais. Un an en vadrouille autour du monde, un an en tant que professeur en région et un an à travailler plus tard, j’ai (re)fait une demande au cégep.

Je voulais du stable. Je voulais être sûre d’avoir un travail après l’école et donc, une qualité de vie. Après 8 ans d’études post-secondaires, j’étais habituée à « budgeter », mais je voulais plus. J’ai appliqué dans une technique en éducation spécialisée. J’ai choisi mon cégep juste parce qu’il y avait une cohorte «retour à l’école». J’ai toujours aimé l’école, mais, au début, retourner au cégep au lieu de poursuivre à l’université semblait un échec. Je n’avais pas réussi à mener à terme ma grande réalisation. Je n’avais pas réussis à finir ce que j’avais commencé … En plus de retourner à l’école avec des gens entre 5 et quasi 10 ans plus jeunes que moi. Le programme m’intéressait et je me suis dit qu’après tout, 3 ans, ce n’était pas très long. J’allais y aller, faire ce que j’avais à faire. Me faire toute petite, finir, avoir un emploi.

Maintenant, quand j’y repense, ça me fait sourire. L’être humain est un être social. Une technique d’éducation spécialisée, c’est une technique dans le domaine du social. Je ne voulais pas créer de liens. J’ai le bonheur de dire que mon plan n’a pas fonctionné. Une cohorte hétéroclite : retour à l’école après une grossesse, changement de carrière, des gens un peu perdus comme moi… J’ai rencontré des gens avec qui j’ai intensément vécu ces trois années, mes plus intenses années scolaires je dois l’avouer et qui, dû à la nature de la technique m’ont appris à me connaître parfois plus que ce que je ne l’aurai voulu. Mais il y a quelque chose de grand et de fort qui naît d’une vulnérabilité. Je ne vois plus vraiment mes ami.e.s d’université. Ma gang du cégep, oui. Elles ont entre 22 et 40 ans. Ce sont des personnes avec qui j’ai partagé des rires, des pleurs, des moments de fatigue intense. Sans ces personnes que je voulais au départ éviter, je ne serais pas passée au travers je crois, et j’aurais aussi manqué quelque chose.

Je n’étais pas prête. J’avais déjà fait des études collégiales au pré-universitaire. J’étais souvent absente. Je faisais mes travaux un peu dernière minute. Ma technique ne m’a pas permis cela. Je n’aurais pas cru avant de le faire qu’une formation au collégial puisse être aussi demandante. J’avais des a priori, que voulez-vous! J’ai appris à mieux m’organiser, à gérer mon temps, mais aussi (surtout en fin de session) à lâcher prise. Ma formation, de par sa nature, m’a aussi apprise à être un meilleur être humain, grâce à des notions de communication, de travail d’équipe, de psychologie. Après l’université, il était étrange que tous mes professeur.e.s me connaissent de nom et que je connaisse tous les étudiants de ma cohorte. Cette proximité m’a énervée au début. Je la trouvais forcée, ne m’y sentant pas à l’aise. Avec le temps, j’ai appris à l’apprécier. Il y a quelque chose de bien dans le fait de pouvoir s’ouvrir à ses professeur.e.s à un niveau humain, quelque chose de beau dans le fait que notre formation nous amène à partager des histoires chargées d’émotions que nous gardions entre nous, entre les murs d’une classe.

3 ans, qui, par moments, m’a semblé durer 10 ans. À cause de la charge de travail (en plus des stages) et à cause de la qualité des liens tissés avec des parfaits inconnus, tous de retour pour mille et une raisons. 3 années qui m’ont donné l’impression d’avoir duré un mois quand tout a été fini. J’ai trouvé un emploi que j’aime. Je ne pensais jamais aimer mon domaine, mon travail à ce point. Je ne pensais pas, il y a 3 ans, pouvoir me sentir aussi fière de dire que je suis technicienne. L’université n’est que partie remise. Mais je peux dire maintenant, si tu y penses, si tu as besoin de l’entendre : vas-y. Adulte ou pas. Enfants ou pas. Perdu.e ou pas. Tu peux y retourner. Tu peux le faire. Si t’es chanceux.se, tu as moins de préjugés que moi il y a trois ans. Sinon, comme moi, tu découvriras peut-être (ou pas, à chacun son histoire) que tu avais tord. Je suis retournée au cégep à 26 ans, j’en suis sortie à 28. Je n’ai pas fini mon BAC, mais je ne changerais rien à mon histoire.

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