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Baccalauréat en scrapbooking

Les artistes en devenir ont probablement été confrontés, durant le temps des Fêtes, à des tempêtes de propos ignorants de la part des membres de leur famille sachant plus ou moins comment orienter une conversation sensée. Les créateurs doivent se justifier à propos de leurs ambitions et de leurs passions à des gens qui n’entendent rien des mots qu’ils peuvent recevoir. Les préjugés contre les artistes sont emballés dans de beaux papiers non recyclables. Lorsque déballées, qu’elles plaisent plus ou moins, c’est avec politesse que ces paroles sont accueillies. Dans l’harmonie, les créateurs tentent de tirer profit au maximum de ce qu’ils ont reçu. Le problème à cette histoire, c’est que ce qui est donné est comparable à deux moitiés de casse-tête chacune d’une boîte différente.

Bien peu de reconnaissance est témoignée à tous ceux et celles qui créent et font avancer les mouvements créatifs, autant au niveau familial que sociétaire. Depuis quand, dans l’histoire brève de l’humanité, l’art est-il devenu un simple divertissement populaire? Cela ne date pas d’hier que l’artiste, au sein de la société, obtient une étiquette de marginal en raison de sa distinction physique ou psychologique par rapport à la masse. De nos jours, c’est épeurant d’avancer et d’essayer de gravir les échelons difficiles et sous-estimés du progrès artistique au sein d’une civilisation qui se fie aux seules mêmes plateformes culturelles. Graduellement, la diversité se fait effacer.

Le fondement intrinsèque de l’art a été, à un certain temps de l’humanité, lié à des raisons de survie. En effet, les premiers primates ont eu comme réflexe de tailler des pierres de silex pour chasser les mammifères. Les origines de l’art de la peinture remontent à l’art pariétal. La grotte de Lascaux est l’exemple le plus célèbre de la première volonté de l’humain de laisser sa marque pendant son court périple sur Terre. Des scènes de chasse et des interprétations spirituelles étaient les sujets les plus représentés. Même qu’avec le temps, c’est la capacité de peindre sur les parois rocheuses avec du sang animal et divers minéraux, plantes et petits fruits broyés qui a permis aux hommes de Cro-Magnon de développer de nouvelles techniques de chasse. Quelques siècles plus tard, en Égypte, l’art représentait les divinités de leur croyance mythologique polythéiste, en plus de vouer un culte au cosmos. Les pyramides de Gizeh suivent en effet l’alignement, d’une précision mathématique, des trois étoiles principales de la constellation d’Orion. C’est avec le temps et le perfectionnement des techniques manuelles que les hiéroglyphes ont migré vers une forme d’écriture plus officielle. Ceux-ci avaient pour but de raconter des histoires divines, des contes et des légendes, en plus de l’existence des demi-dieux humains de cette époque, les pharaons et les reines. La connotation politique de l’art a pris son essor pendant l’Empire romain. L’art romain est un copier-coller de l’art grec de A à Z. Cependant, l’invention du stuc, première forme de ciment, a fait en sorte que cette civilisation politique puissante a pris une bonne partie du mérite. Durant les années après Jésus-Christ, des statues grandeur nature et des bustes de marbre et de bronze des empereurs sont créées pour s’assurer du contrôle de la puissance mondiale de l’époque. Vers le 18esiècle, des mouvements et des courants plus affirmés ont réussi à se départir de cette dévotion au culte de l’obéissance. L’opposition au système et aux Académies françaises a débuté avec les impressionnistes et, depuis Monet, Cézanne et Morisot, l’art s’est dupliqué en plusieurs mouvements successifs, chacun revendiquant des droits humains et s’opposant aux techniques et aux régimes politiques. Après la Deuxième Guerre mondiale, l’art de propagande a migré vers des progrès éclatés en raison des avancées technologiques et des techniques publicitaires déployées lors de la guerre. Aujourd’hui, les arts ont pris des tournures hybrides. La performance artistique est un exemple concret de l’exemple entre les beaux-arts et la littérature, tout comme l’art vidéo avec le cinéma et le visuel. Dans une ère aux progrès fulgurants, l’art a cessé d’impressionner les gens, comme quoi une peinture ne trouve plus son intérêt dans la collectivité. Où avons-nous trébuché?

La publicité est, dans notre société capitaliste totalitaire, la forme d’art dominant le quotidien de tout être vivant. Par ses techniques de manipulation très avancées, rien ne retient notre attention sauf elle. J’utilise le terme « manipulation », car même si nous payons pour ne pas entendre de publicités sur Spotify, reste que les algorithmes nous montrent et nous font entendre ce que nous ne voulons pas côtoyer comme contenu. À une époque, elles incarnaient un prétexte au contrôle dans des temps sombres de l’humanité. Aujourd’hui, c’est un prétexte pour nous faire obéir en nous faisant acheter des désirs sans que nous en ayons réellement les moyens financiers, ce qui cause un revirement d’obéissance au régime en retournant travailler encore plus pour rembourser toutes les petites dépenses que nous nous faisons pour combler ce constant vide existentiel de notre lourd vécu vide de sens prédéfini. C’est par les couleurs et les trames sonores que les multinationales parviennent à nous faire oublier pourquoi nous voulons réellement résister et revendiquer le déclin de l’humanité comme étant une assez bonne cause pour prioriser la vie humaine avant des privilèges superflus ne garantissant aucunement notre survie ou notre assouvissement existentiel. Indirectement, c’est pourquoi certains demandent sans cesse à quoi sert l’art dans la vie parce que, malheureusement, en plus de manquer à l’éducation de la majorité des gens, si les artistes ne se dévouent pas au dieu Argent en vendant un tube de dentifrice ou en faisant de la fausse publicité pour promouvoir des aliments dits écoresponsables et éthiques, l’art ne vaut pas aux yeux de la collectivité. Tout comme le produit vendu sur des tubes accrocheurs, si l’œuvre d’art en question ne suit pas le moule esthétique que la publicité instaure, la valeur de l’objet dépérit. Pour faire fureur, l’objet d’art doit rimer et avoir une plus grande ressemblance possible avec l’objet de consommation.

Nous avons certainement fait un progrès considérable depuis l’homme de Cro-Magnon. Il est extraordinaire de regarder les techniques artistiques se multiplier à une vitesse fulgurante. Par contre, un déclin important se fait ressentir idéologiquement. Il fut une époque où l’art permettait d’exprimer la pluralité des croyances et servait d’exutoire aux plus existentialistes des humains. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais la migration des techniques publicitaires et la transformation des créations en produits de consommation expliquent pourquoi les arts deviennent peu à peu banals, car dans le monde de la surconsommation, le principe de valeur d’un objet est remplacé par la capacité de toujours s’en procurer d’autres. L’art a intrinsèquement de la difficulté à suivre cette vague puisqu’il est un mouvement individuel concordant avec autrui sur une vision du monde. Reste à savoir comment faire pour parvenir à cette fin dans une société qui irradie l’individualité.

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