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Trouver l’amour

Qui n’est jamais tombé amoureux.se? Qui ne s’est jamais senti perdu à travers ses sentiments? Qui n’a jamais écouté de comédie romantique en soupirant d’envie? Qui n’a jamais vécu une histoire qui ne s’est pas terminée comme souhaité? Qui n’a jamais connu de flirt secret? Trouver l’amour est une quête plus ou moins importante chez chacun. Chez moi, c’était toute ma vie.

Déjà, j’pense que tout le monde, peu importe le parcours, s’est déjà fait poser cette fameuse question : « Pis? As-tu un p’tit chum? » Malaise. Avec plus de confiance et de répartie, j’aurais pu facilement répondre à cette chère tante Luce et à tous les autres qui se permettent de poser cette question 1) beaucoup trop tôt et 2) qui n’est pas de leurs affaires : « Non, tante Luce, j’en n’ai pas de p’tit chum! J’ai fait mieux que de me faire un chum d’ailleurs. Juste aujourd’hui, j’ai fabriqué une maison avec des bâtons de pop sicle, je me suis fait une nouvelle amie à l’école, j’ai découvert une technique pour attraper les grenouilles de l’étang plus rapidement, j’ai mordu ma sœur, j’ai appris un tour au chat et j’ai mangé des toasts au Nutella. De toute façon, les gars, c’est plate, ça mangent du sable pis moi j’préfère les filles. »

Mais ce n’était pas aussi simple, élevée aussi avec les fameux contes de princesses qui attendent leur prince charmant et qui tombent en amour au premier regard, il était difficile de ne pas succomber au déroulement classique : amour, mariage, bébés et ils vécurent heureux pour toujours. Le rêve! N’empêche que j’ai grandi avec cette idéalisation et que, à 25 ans, désespérée puisque encore célibataire (j’me voyais avec des enfants, mariée avec l’homme de ma vie à 20 ans, t’sais), je n’osais même plus dire à mon entourage que je voulais des enfants de peur qu’on me reprenne sur le temps qui passe et les effets de la grossesse tardive sur mon corps.

J’me suis mise à idolâtrer un avenir seule entourée d’une vingtaine de chats. Tout le monde riait, moi aussi, mais jaune.

À 14 ans, mon vœu d’anniversaire était d’avoir un chum. Pour être comme les autres filles, j’imagine. Malheureusement, à cause d’un désir absolu, d’une gêne incontrôlable et d’un mal-être adolescent, je n’arrivais pas à capter l’attention de ces garçons inatteignables.

Vint le premier party. La première brosse. La première fois où tu comprends le feeling, la gêne qui se dissipe, la confiance qui s’accroît, tu penses que personne ne te résistera.

Et tu as raison, pour la durée du party. Des french volés, des confidences dévoilées, des nouvelles amitiés, tu trippes. Je trippais. J’ai dû vivre 15 coups de foudre en trois semaines, mais il y avait juste un garçon qui m’intéressait. Ce n’était pas réciproque. On s’était embrassés pourtant. Un mois plus tard, il était en couple avec une amie. Cool. Next, comme on dit.

Je ne sais pas si c’est l’effet « gang de filles » ou si c’était juste la mienne, mais on ne parlait que de garçons. Ton nouveau crush, ton ex, le voisin qui est trop hot, le nouvel élève; on n’arrêtait jamais. Alors, pour faire partie du crew, tu parlais de gars. Tu devais avoir quelqu’un dans ta ligne de mire. Mais pas n’importe qui : quelqu’un qui correspondait aux valeurs de la gang. Un gars cool. J’étais moi-même très sélective de toute façon. J’avais des « critères » et du moment qu’il y avait quelque chose chez lui qui ne leur correspondait pas, je terminais la relation avant même qu’elle n’ait eu la chance de débuter.

Avec les années, ça revenait toujours du pareil au même. Quand on sortait entre filles, c’était avant tout pour flirter. On se faisait belles, on buvait un verre, on se primait, on envoyait des textos à des prétendants. Je ne dis pas qu’on n’avait pas de plaisir juste entre nous, mais il y avait toujours cette quête dissimulée : trouver l’amour. Étant donné qu’on allait dans un bar, on peut facilement remplacer l’amour pas l’attention, mais au final, je pense que les deux se rejoignent.

Je n’étais pas du genre à tomber en amour rapidement ou à déclarer mes sentiments à l’autre. Je vivais au jour le jour, sous le rythme des textes de mon prétendant du moment. Puis, malgré moi, vint une époque où, à l’intérieur d’une relation, celui qui ne s’attachait pas détenait le pouvoir absolu. Alors tu rencontres une personne, tu t’entends bien avec, tu prévois des activités, des dates, puis un moment donné, elle te dit : « Écoute, je sens que tu t’attaches trop alors on va arrêter ça là, j’suis pas dans ce mood en ce moment. » Ha, okay.


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J’ai bien sûr essayé quelques applications de rencontre. Après m’être abonnée aux plus populaires, je ne savais plus si j’avais croisé cette personne auparavant, s’il fallait que je parle en premier, si mon texte était invitant mais pas trop, si c’était normal que je reçoive des réponses vulgaires, et il me semble que je ne trouvais jamais personne de mon goût. Et que dire des dates! Stressantes, angoissantes, gênantes, éloignées de la réalité, elles n’ont rien pour me plaire.

Je commençais à trouver qu’il y avait beaucoup de sacrifices à faire pour finalement trouver l’amour. Mais personne ne te laisse tranquille : tes amies veulent des nouvelles de tes dernières dates, tante Luce s’inquiète de ne jamais te voir un jour accompagnée, les séries ou les films dans lesquels il devient presque impossible de ne pas assister à une idylle, les magazines qui se vantent d’avoir les meilleurs conseils pour un couple épanoui, ces couples de vedettes sur les pages couvertures de revues, les tests ou les récits de vie sur les réseaux sociaux qui mettent en valeur le bonheur d’être en couple, les publicités de toutes sortes afin que tu te sentes sexy, bien dans ta peau, en santé, et ce, en tout temps parce que, on ne sait jamais, on pourrait rencontrer l’amour n’importe où!

J’me suis jamais retrouvé dans cette recherche constante de l’amour de l’autre. J’me suis jamais arrêté pour cultiver l’amour de soi. J’étais dans un cercle vicieux où je voulais absolument trouver l’amour de l’autre, alors je cherchais trop, ce qui m’empêchait de le trouver et vu que je ne trouvais pas l’amour, je devenais hystérique, triste et en colère. Je me demandais pourquoi je n’étais pas capable de trouver l’amour, pourquoi personne ne m’aimait? J’ai même été consulté à ce sujet. Une sexologue. Je voulais des réponses. Pourquoi je n’attirais pas les personnes pour qui j’avais de l’intérêt? Il faut dire qu’avec mes « critères de sélection », le choix devenait vite restreint.

Je suis aussi passée par l’effet inverse : désintérêt total, je vomissais sur les comédies romantiques, c’était toujours de la faute des garçons si mes histoires ne fonctionnaient jamais, je ne comprenais plus mes amies qui se fendaient en quatre pour préserver leur relation, je trouvais que l’amour c’était juste de la bullshit. J’étais triste, au fond.

Puis, un moment donné, plus équilibrée après toutes ces années de recherches en montagnes russes pour trouver l’amour, j’ai décidé d’avoir d’autres buts dans la vie que de trouver mon prince charmant. J’ai voyagé, j’ai commencé à travailler dans mon domaine d’étude, je visais les sorties entre amis, les histoires sans attaches et les projets personnels.

Pis là, je l’ai vu avec ses cheveux blonds pis son piercing à l’oreille. Il me racontait qu’il voulait s’acheter un terrain. Dans l’bois. Pis j’avais juste le goût qui m’amène avec lui. Tout de suite.

Notre histoire est encore très récente, mais je ne me suis jamais autant approchée de ce feeling-là. L’amour. Et je l’ai attendu 27 ans. Pis je l’attendrais encore 27 pour revivre juste ce que je suis en train de vivre en ce moment. Aujourd’hui, j’suis fière de l’avoir trouvé là où jamais je n’aurais pensé, je suis fière d’avoir vécu ces questionnements, ces introspections, ce cheminement qui m’a transformée et qui m’a permis d’attendre pour du vrai.

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