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Ma passion m’a sauvé la vie

« Quand tu es sur scène, le monde réel disparait pendant un instant.
C’est vraiment intense. » – Robert Smith

Après ma première pièce en sixième année et plusieurs spectacles « d’art de s’exprimer » ou de lip sync, j’ai vite compris que j’aimais la scène. Mais je ne pensais pas qu’elle me sauverait la vie.

J’étais une petite fille timide, mais qui parlait fort et prenait sa place. En fait, j’étais timide, car j’étais mal dans ma peau. Mal d’être la personne que j’étais dans le corps que j’avais, car rapidement on m’a fait sentir que je n’étais pas comme les autres. Quand, dès ton jeune âge, tu te sens aussi exclue, il est difficile d’être fière de toi et de te sentir chez toi dans la personne que tu es. Je me voyais à travers leurs regards remplis de jalousie, de haine et de colère. Ma famille me voyait d’une façon plus positive, mais plus mes comportements changeaient, plus j’étais difficile à gérer.

Pour faire une histoire courte avec des situations qui sont survenus sur une si longue période, dès l’âge de 12 ans, j’ai flirté avec une envie forte de juste disparaitre. Je ne peux pas qualifier ça d’envie de mourir ou d’en finir, car à cette époque-là, je n’étais pas en mesure de nommer les choses comme ça et je ne crois pas que j’étais rendue là. Par contre, l’intimidation que j’ai vécu à cette période, de la part de mes amies les plus proches en plus, est le point tournant de mon développement, de la personne que je suis aujourd’hui. Ses côtés magnifiques mais surtout les plus sombres (anxiété, peur de l’attachement, peur de l’abandon, relation malsaine avec la nourriture, idées noires, souffrance, automutilation, trouble de comportement et d’opposition, et j’en passe…). Ces côtés sombres, je me bats encore un peu avec eux à tous les jours, malgré qu’ils soient de moins en moins présents.

C’est quelques temps après cette dure période que j’ai commencé à faire du théâtre pour vrai. J’ai été prise dans la troupe de théâtre au secondaire au moment où j’allais le plus mal. Les exercices de mon metteur en scène m’ont permis de me libérer d’émotions que je ne savais pas comment nommer. Je pouvais pleurer, crier, rire, parler, garocher tout ce que je possédais en moi. Faire partie d’un groupe qui me permettait de découvrir qui j’étais vraiment. Jouer un personnage m’a permis de mettre sur pause ma propre souffrance. C’était une fuite saine. Je pouvais utiliser mes émotions pour faire vivre quelqu’un d’autre et une histoire qui n’était pas la mienne.

Et tout ça m’a permis de sortir de ma coquille. Cette armure que je trouvais si lourde à porter. Ma passion pour le théâtre m’a sauvé la vie. Et au moment où ce texte sera publié, j’aurai dit adieu à mon Isabeau. Le dernier personnage que j’ai eu la chance d’habiter, de créer, de ressentir. Ce fût, de loin, le personnage le plus complexe, difficile, émotif et magnifique que j’ai eu la chance de jouer. Faire du théâtre, c’est un don de soi et il est important de le faire en toute sensibilité, puisqu’on doit jouer devant une foule de gens une histoire précise, peut-être la leur. Et il est essentiel de la représenter d’une façon à la fois magique et respectueuse. Et en faisant tout ça, il m’est impossible de penser à mes propres souffrance.

Donc, comme vous l’aurez compris, le théâtre est ma passion depuis mes 11 ans. L’art en général. Et pour avoir recommencé à jouer l’an dernier après près de 10 ans sans jouer, j’ai compris que plus jamais je ne voulais arrêter d’en faire. C’est une question de survie pour moi. Et c’est précisément au moment où je suis retournée sur scène après autant de temps que j’ai comprise l’importance de cultiver des passions. Je suis une personne passionnée dans la vie qui se fait souvent conseiller de ralentir par ses proches, car j’ai toujours milles et un projet sur la table. Par contre, je crois fermement que nourrir des passions, c’est vital. Les projets que je fais ont beau avoir un lien avec mon travail, me faire angoisser ou me rendre débordé, ils nourrissent tellement plus que ça. J’évolue, je comprends, je grandis, je cultive, j’explore à travers mes passions.

Alors je te souhaite de soit trouver ou cultiver une passion qui te fera sentir comme moi quand je monte sur scène : sereine, calme, moi-même, passionnée, à ma place, talentueuse, évadée, mais en même temps tellement dans le moment présent. Parce que je crois fermement qu’avoir la chance d’avoir une passion, que ce soit un hobby ou un travail, peu importe, c’est essentiel à notre santé mentale. Ça fait partie de prendre soin de soi, de se permettre de mettre tout le reste sur pause l’instant d’un moment, de se trouver bon dans ce qu’on fait et ça, ça n’a pas de prix.

Je t’invite à noter dans les commentaires ta ou tes passions. Qui sait, peut-être que si on y retrouve une liste d’options différentes, tu pourras aider quelqu’un à se découvrir ? Alors, toi, qu’est-ce qui te passionne dans la vie?

One thought on “Ma passion m’a sauvé la vie

  1. Clair, net et précis ! Excellent texte, emprunt de sincérité et d’ouverture d’esprit. Ques le théâtre puisse t’accompagner encore longtemps ma chère… Au plaisir !

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