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Un couple tricoté serré 

L’interculturalisme, qu’est-ce que c’est? C’est une philosophie sur l’échange entre des groupes culturels qui possèdent chacun leur couleur et qui acceptent de les partager pour enrichir l’autre. Il sera question, dans cet article, de l’importance de l’interculturalisme, bien illustré ici par un homme et une femme qui ont fait un mariage de culture et de nature : un Beauceron, Michel Roy, et une Innue d’Essipit de la Côte-Nord, Christine Chamberland. Qu’est-ce qui rend leur rencontre si riche en histoire et en synchronicités? C’est ce que vous découvrirez dans ces prochaines lignes : un couple aussi riche par leur vécu que par leur passion commune pour la musique. De l’union de ce « Jarret noir » et de sa « reine Innue » est né Tricotés serrés, un spectacle en chansons témoignant d’un passé historique commun, de leur amour, de leur relation porteuse de l’idée de la réconciliation entre deux peuples ainsi que de leurs richesses spirituelles.

         Du hasard?

« Vous êtes sûrement une artiste, vous? » a demandé Michel à une mystérieuse femme qu’il a rencontrée au Grand Théâtre de Québec, le 12 mars 2016, à la sortie du rite d’engagement de l’ingénieur de son fils. « Vous savez, on est tous artistes chacun à sa façon », lui a répondu cette femme innue qui s’appelle Christine. Puis, le fils de Christine et celui de Michel voient leurs parents se parler. Eh oui, leurs deux fils sont amis. Est-ce que Michel et Christine se connaissaient alors, me demanderez-vous? Non. Le hasard fait bien les choses.

Le 16 septembre 2017, ces deux amoureux de la musique ont fait un mariage de nature et de culture. Un premier mariage en nature, au bord du Grand Fleuve à Essipit, célébré par un couple de shamans péruviens, suivi d’un deuxième mariage à l’église catholique des Escoumins, célébré par le père Vianey, un prêtre d’origine congolaise qui avait béni leurs fiançailles en 2016. N’est-ce pas l’image même de partage de valeurs et de rites entre deux peuples? Christine a enchanté Michel par sa culture et sa spiritualité. Elle possède un grand respect de la nature et des êtres vivants, et c’est ce qui nourrit un besoin chez Michel : Christine lui amène une reconnexion avec la nature. Elle chasse la perdrix dans le respect de l’animal, c’est-à-dire en ne faisant aucune perte, gardant, exemple, les plumes pour en faire des capteurs de rêve, étant une artisane phare dans sa région. Sans oublier que Christine, de son côté, admire la rigueur que son mari met dans sa pratique quotidienne de sa passion pour la musique: elle se dépasse artistiquement à ses côtés. Ils s’inspirent mutuellement.

Ce couple, qui fêtait ses deux ans d’union en septembre 2019, a senti le besoin de témoigner son histoire qui est un bel exemple de l’importance du partage entre nations. C’est en 2016 au pow-wow d’Essipit, fête ouverte aux saveurs autochtones (plats, danse, chants et artisanats typiques), que Michel a été estomaqué par le sens du rythme et la grande aisance sur scène de Christine. Michel avait déjà vu cette passion chez elle à son retour d’un voyage initiatique au Pérou où il l’avait accueillie chez lui. Ensemble, ils avaient joué du tambour sur des chants traditionnels autochtones d’Amérique du Sud; Christine a été émue d’entendre ces mêmes chants qu’elle avait tellement écoutés avant de partir pour le Pérou. Une chimie s‘est installée. Ils avaient pu encore partager leur vécu spirituel et musical, ce qui est pour eux un partage très enrichissant. Émouvant, non?

Puis, le projet amoureux se prolonge dans un projet artistique. Tricotés serrés, une ode à leur union d’amour, de nature et de culture, est née l’an dernier. Commençant par un chant des ancêtres autochtones, suivi par l’Hymne à la Beauce (évoquant les ancêtres de la France), ce spectacle est une véritable ouverture interculturelle. De plus, Michel a relevé le défi d’apprendre à prononcer et chanter les mots innus de la chanson Canot d’écorce, écrite par la Famille Myriam. Cette chanson représente beaucoup pour Michel et Christine, car par sa couleur, l’écorce de bouleau symbolise la grande alliance blanc et rouge rêvée par Champlain en 1603, tout comme celle de leur mariage. D’ailleurs, Michel s’est mis à étudier l’innu.

Tricotés serrés nous passe un message d’amour entre deux cultures à réunir. D’ailleurs, Michel joue aussi quelques-unes de ses compositions dont la chanson Les conscrits. Il m’a révélé que, depuis la création de cette chanson écrite pour être chantée par une femme, il attendait celle qu’il pressentirait lui être destinée. Christine l’a reçue en cadeau avec beaucoup d’émotion, car elle a ramené à son esprit plusieurs images de cette tragédie évoquée, surtout sachant que cette chanson parle de deux fils comme les leurs qui, sans le vouloir, les ont fait se rencontrer. Plusieurs synchronicités, non?

Beating Drum at Indian Pow Wow Teamwork Colorful regalia

[1] Pour de plus amples informations sur la formation ou pour voir les prochaines dates de représentations, allez voir leur page Facebook : @Spectacle.linnuelejarretnoir

Crédit photo: Carole Boulet

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