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Quand tu ne sais pas comment être jeune

C’est quoi pour toi, être jeune? Est-ce que c’est sortir trop souvent et profiter du fait que tu peux effacer les excès de Tequila avec un grand verre d’eau et un peu de Gatorade à la framboise bleue? Est-ce que c’est te donner le droit inconditionnel de faire des erreurs en blâmant le manque d’expérience? Te perdre, avoir mal en te disant que c’est normal? En te disant que tu as encore des années pour te trouver et te connaitre? Est-ce que c’est de ne plus avoir de vie sociale, enterré.e sous une pile de travaux et de trouver ça acceptable? Parce que les jeunes, ça a pas besoin de tant d’heures de sommeil, de toute façon, non? 

Moi, j’aimerais ça que le premier cadeau que tu reçoives, à tes 18 ans, ne soit pas une lettre d’une institution financière qui te suggère un rendez-vous avec une conseillère, mais plutôt un manuel d’instructions sur comment être un.e jeune adulte. 

Être jeune pour les nuls, Édition 2020, incluant les chapitres sur les applications de rencontres,  la confiance en soi, les réseaux sociaux et les réorientations de carrière, ça sonne bien, non?

Mais je pense que ce livre-là, on doit l’écrire soi-même. Parce que la seule chose qui est pire que de ne pas savoir comment être jeune, c’est de constater que tu commences à connaitre une définition générique, et constater pourtant que tu n’y adhères pas. Que ce n’est pas toi. 

Chère vieille âme, je te feel. Chère personne qui date toujours des gens plus vieux, je te feel aussi. Pis je pense qu’il est temps qu’on en parle. 

Je ne suis jamais vraiment sortie dans un bar, sauf une fois, où je suis partie à 1h du matin parce que la musique était plate et que les gens qui entraient dans ma bulle, c’était pas mon fort. Et ce n’est pas faute d’avoir essayer de prendre plaisir à l’activité, c’est simplement que je ne suis pas bien dans cet environnement. 

Par contre, j’aime philosopher jusqu’à tard dans la nuit, développer, échanger et communiquer. J’aime comprendre les émotions, apprendre et m’impliquer. Manifester et intégrer des groupes politiques. J’aime le yoga, la poésie, ne pas manger les animaux. J’aime écrire sur l’anxiété au lieu de la vivre et peindre des murales éco-responsables avec Greenpeace.

Est ce que ça veut dire que je passe à côté de ma jeunesse?

Je me fous éperdument du outfit à brillants qu’une telle à acheter dans une boutique fast fashion pour sortir et se montrer. J’ai rien contre le fait qu’elle le fasse, parce que je prône le respect de tous et de toutes, mais j’ai surtout envie de lui dire « Fille, pourquoi tu fais ça? Pour toi ou pour te créer un semblant d’estime face aux standards d’une société patriarcale et grossophobe? » 

Évidemment, je me fais dire que je pense trop. Que j’analyse trop. Qu’à continuer comme ça, je vais regretter de ne pas avoir plus « profité ». 

C’est clair que dans quelques décennies, quand je n’aurai plus le temps d’aller à toutes ces rencontres de comités, que je n’aurai aucun contact auprès des organismes que je soutiens, que j’aurai une tonne de responsabilités, je me dirai : « au moins, j’ai profité de ma jeunesse. J’ai vomi des vodka jus d’orange dans des sous-sols de banlieue chez des amis et j’ai abusé de l’acétaminophène. » 

À noter que je ne dis en aucune façon qu’il y a une honte à vouloir vivre ce genre de vie si ça vibre avec qui tu es. Cependant, je crie haut et fort que si tu n’en as pas envie, tu n’es sous aucune obligation de te conformer et de suivre la masse pour chercher l’acceptation et atteindre la normalité. Tu as le droit d’écrire ton propre livre sur comment vivre ta jeunesse. 

Je crois que c’est important de comprendre que la maturité ne se développe pas à la même vitesse chez tout le monde, et malheureusement, ce n’est pas non plus le genre de cadeau que tu reçois, bien emballé le jour de tes dix-huit ans. Ça se bâtit à coups d’expérience et de pleurs. D’échecs et de réussites. Et, bien entendu, personne n’a le même bagage de vie. 

Alors à toi, qui ne sais pas exactement comment être jeune selon les critères traditionnels et qui a des centres d’intérêts et des valeurs différentes, continue d’être toi. Continue de t’impliquer, de t’écouter et d’ébranler les stéréotypes de la jeunesse. 

Parce que parfois, nous ne sommes pas perdus, nous ne manquons pas de motivation, d’expérience ou de reconnaissance. Nous ne sommes pas paresseux, ni « esclaves de la technologie ».

Le monde a besoin que les personnes âgées de demain s’intéressent maintenant au zéro-déchet et au commerce équitable. Des gens qui apprennent tôt à accorder de l’attention à ce qui en vaut la peine et à être authentiques.

Sur ce, ma jeunesse frivole et moi, on va aller se coucher, on a un cours de yoga chaud à 8h demain matin.

Source : Unsplash

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