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Mon anxiété sociale et mon besoin d’interactions sociales

J’ai toujours marché pour me rendre à l’école. Du secondaire 1 au secondaire 4, chaque matin s’accompagnait d’horribles maux de ventre et de palpitations. En marchant, je devais croiser des gens avant d’arriver aux portes de l’école. Ils allaient me regarder, me remarquer, me juger.

J’ai toujours aimé courir, mais à partir d’un certain moment, je n’étais plus capable d’y aller en plein jour. Je m’arrangeais donc pour y aller quand la lune se pointait, pour éviter de me sentir observée. « Check la conne qui court… »

Aller aux toilettes SEULE dans les endroits publics = JAMAIS. Je croiserais des gens qui allaient me regarder. Savoir que je vais éjecter des déchets de mon corps. Peut-être qu’ils allaient deviner que j’étais menstruée? Mon coeur palpitait et je tremblais juste à y penser. 

Ceci était trois exemples très spécifiques, mais mon anxiété se reflétait de cette façon à chaque fois que j’étais entourée d’autres humains. J’ai fini par avoir de bons amis vers 16 ans qui m’ont aidé à sortir plus souvent. Tranquillement, je réussissais à faire des activités seules, en me convainquant que je me foutais de ce que les gens pensaient de moi. À 17 ans, j’ai commencé à prendre des anxiolytiques, ce qui m’a beaucoup aidé, et j’ai déménagé seule en appartement, dans une nouvelle ville où je devais tout faire toute seule. La combinaison de l’exposition et de la médication m’a aidée à travailler sur moi et à être fonctionnelle dans des environnements où il y avait d’autres êtres humains.

Sauf que rencontrer de nouvelles personnes est toujours resté problématique. J’ai peur de me faire juger, de faire quelque chose qui dérange, de créer des malaises, de décevoir… J’avais beaucoup d’interactions sociales avant, ce qui m’a permis de l’oublier; mes parents à la maison, mes amis au secondaire. En déménageant, j’habitais avec mon copain, je voyais régulièrement mes amis du secondaire, je faisais des expositions éducatives avec les animaux, qui m’ont fait régulièrement connaître et côtoyer beaucoup de gens. Finalement, au Cégep, j’étais en arts visuels, la cohorte était serrée et je comptais cette activité parmi mes interactions sociales satisfaisantes. Bref, je ne ressentais pas le besoin de rencontrer de nouvelles personnes, étant donné que mon besoin social était comblé. Le reste du temps, j’étais relax, j’écoutais des séries ou je travaillais sur mes projets personnels, seule, et j’étais bien. Je m’étais convaincue que j’étais une fille indépendante et j’en étais TRÈS satisfaite. 

Sauf que je me ramasse aujourd’hui, après avoir arrêté mes anxiolytiques il y a moins d’un an, célibataire et en appartement seulement avec mes animaux. Mes deux cours en classe se résument à du travail intensif, ce qui limite pas mal les interactions sociales, et mes autres cours sont à distance. Je fais presque tous mes devoirs chez moi, pour laisser mes animaux le moins longtemps seuls. Mes contacts sociaux se résument à mon travail comme serveuse/barmaid, qui devient de plus en plus anxiogène, étant donné que je perds l’habitude des interactions sociales.

C’est comme si je réapprenais à vivre sans la bouée de sauvetage qui m’a permis de ne pas me noyer, malgré des situations hyper anxiogènes, et bien les gérer. J’ai réussi pendant les 5 dernières années et ce sont les seules expériences que j’ai en ce genre. Je dois réapprendre à vivre, sans les hormones qui m’aidaient à ne pas mourir à chaque fois qu’on me regarde un peu trop longtemps. 

Je veux rencontrer de nouvelles personnes. Je veux développer des relations avec les gens que je côtoie, mais l’anxiété me paralyse. Et s’ils me jugeaient? Et s’ils me trouvaient plate? Et s’ils me trouvaient trop intense? …

J’ai remarqué que je régressais à ce niveau depuis l’arrêt de ma médication (et que je ne peux absolument pas recommencer pour l’instant; je repousse les possibles interactions sociales le plus loin possible, j’évite de prendre des décisions qui me mettraient dans ces situations, jusqu’à temps qu’il soit trop tard. 

Par exemple, j’ai besoin de prendre quelqu’un en photo dans un studio, on m’a proposé un nom, mais je n’ai jamais parlé à la personne. J’attends le moment d’être prête pour aller lui demander, mais le moment ne vient jamais et finalement j’abandonne le projet. 

Ou encore, je ne parle pratiquement à personne, parce que j’ai peur de les déranger. J’ai envie d’interactions, mais je me demande pourquoi les gens perdraient du temps à m’écouter, je me trouve tellement insignifiante et je répète toujours la même chose. J’essaie de me trouver des excuses pour voir/parler à mes ami.es.

Bref, l’anxiété sociale m’étouffe, mais je n’abandonne pas. Je m’efforce de me mettre dans des situations sociales, toujours à l’écoute de mes limites (je suis aller dans un rave il y a peu de temps, pis c’était une des pires idées que j’ai eu, mais au moins, j’ai appris, vous voyez…), de sortir de ma solitude et de faire confiance à mes amis sur le fait qu’ils m’apprécient. Les journées où je suis fatiguée, c’est toujours plus difficile faire ce genre d’effort, mais la psychothérapie pis mon égo de marde (il m’aide beaucoup dans ce genre de situation), m’aide à continuer pis à me motiver malgré, des fois, mon envie de mourir parce que je pense qu’on me regarde un peu trop longtemps, mais c’est toujours moins pire que la fois précédente.

** Si vous êtes aussi dans cette situation, il ne faut pas rester seul.e là-dedans et ne SURTOUT pas avoir honte de demander de l’aide; un ami, un psy, un médecin. Il y a des ressources pour nous. 

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