Menu

La prévention en santé mentale

Décembre 2019, je refais le monde autour d’un poulet BBQ avec deux amies. On parle de suicide et l’une de nous se demande pourquoi certaines personnes attendent si longtemps avant de demander de l’aide. Toutes les trois, nous avons traversé des périodes difficiles. Toutes les trois, nous avons réussi à obtenir l’aide dont nous avions besoin : moi au privé, l’une au public et une autre auprès de ses proches. J’avance que c’est peut-être une question d’accessibilité ou de coût.

« T’sais, toi, t’es chanceuse… t’es allée au CLSC du village et t’as obtenu l’aide dont tu avais besoin, parce qu’il y avait des ressources et que ces ressources étaient disponibles. Moi, quand je suis allée à ma clinique, on a kind of balayé du revers de la main mon problème d’anxiété en me référant aux ressources de l’un des CLSC de la ville (et en me proposant un vaccin pour faire maigrir par la même occasion, mais ça, c’est une autre histoire). Rendue au CLSC, j’ai rapidement compris que si je n’essayais pas de m’ouvrir les veines devant eux, j’aurais aucune aide de leur part. »

Les ressources qui travaillent là, chaque minute de la journée, elles doivent choisir quel cas semble le plus urgent. Elles n’ont pas le temps pour les autres, encore moins pour celles et ceux qui se maintiennent encore la tête hors de l’eau. De mon côté, j’ai pris la décision de débourser plusieurs milliers de dollars pour consulter en pratique privée. Tous-tes n’ont pas ce privilège.

En santé mentale, on parle de plus en plus de prévention. Dans les discours, dans les campagnes de sensibilisation, on insiste sur le fait qu’il est important d’agir AVANT l’apparition des problèmes. On reconnaît que lorsqu’il est question d’évaluer la santé globale d’une personne, la santé mentale est tout aussi importante que l’alimentation et que l’activité physique. Et pourtant…

Pourtant, on est bien peu préparé à travailler en amont.

On retrouve encore la question « Avez-vous déjà consulté un psychologue? Si oui, quand et pourquoi? » dans les examens pré-embauche.

Alors que la détresse psychologique des étudiant-es n’est plus un secret, certain-es étudiant-es se font simplement répondre : « On peut reporter votre session à plus tard si vous ne vous sentez pas bien. »

Sans compter les compagnies d’assurance, qui refusent d’indemniser certain-es de leurs travailleurs-euses parce qu’ils ou elles ont le malheur de faire une dépression plutôt que d’avoir un cancer.

Même la compagnie qui « cause pour la cause » semble avoir quelques petits écarts de conduite quand il s’agit de soutenir ses propres employé-es aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Sans grande surprise, je n’ai pas de solution à proposer ce soir, si ce n’est les paroles du Dr Patrick Smith : « On sait tous qu’il faut se brosser les dents régulièrement pour éviter d’avoir des caries, tout comme il faut apprendre aux enfants à respecter des règles de sécurité pour ne pas mettre le feu chez soi. Mais on ne comprend toujours pas que c’est la même chose pour la santé mentale, ajoute Dr Patrick Smith, chef de la direction nationale de l’Association canadienne pour la santé mentale. Ce n’est pas quand la maison brûle qu’il faut apprendre aux enfants à ne pas jouer avec des allumettes. »1

Il faut en parler, il faut en parler encore plus. Il faut que ça cesse d’être tabou, il faut que nos institutions soient mieux outillées pour nous aider lorsqu’on en a besoin. Il faut qu’on puisse obtenir de l’aide avant d’être incapable de garder la tête hors de l’eau et surtout, il faut qu’on cesse d’en avoir honte.

Pis toi, comment ça se passe, ces temps-ci, ta santé mentale?

Crédit photo : Ian Espinosa, Unsplash

 

Référence :

  1. Association canadienne pour la santé mentale. (2019). La promotion de la santé mentale est transversale. Repéré à https://mentalhealthweek.ca/fr/la-promotion-de-la-sante-mentale-est-transversale/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre