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Panser ses plaies

Nous, les humains, on aime les bons vieux plasters. Les diachylons, si je parlais dans un français adéquat. 

Tu te fais une petite coupure? Mets une bande autocollante qui va empêcher la circulation sanguine et l’air de passer, et ainsi, une semaine après, tu auras encore le même problème à régler : cette vive douleur innocente, mais oh, combien agressante, sur ton majeur droit. 

Pourquoi? Parce qu’à la place de trouver une solution réelle à ton problème, de mettre de la crème et de ne pas mettre ton doigt dans l’eau, tu as patché le tout avec un diachylon. 

Et, malheureusement, on scrapbook notre vie à grands coups de papier collant plus souvent qu’on voudrait se l’admettre.  

On évite de gratter le bobo et de trouver la cause. On efface les effets secondaires en espérant que le vrai problème finisse par capituler. 

On est stressé par cet examen, alors on étudie encore et encore, on pleure et on angoisse. Sauf qu’en dessous de cette préparation à la rigueur digne d’un régiment de l’armée se cache une peur déraisonnable de ne pas être à la hauteur. Arrêter et aller dormir est beaucoup trop anxiogène, trop difficile à faire, alors on continue. On gère les effets secondaires sans attaquer le réel problème. Un jour, on sera épuisé et notre seule option sera d’y faire face, mais d’ici là? Plaster

Les troubles alimentaires ne sont rien de plus qu’un effet secondaire d’une peur démesurée de contrôle. La dépendance affective n’est rien de plus qu’une peur irrationnelle du rejet. Mais on se réconforte, on demande si la personne nous aime, on étouffe, on restreint, on purge, mais jamais on ne se pose les bonnes questions. Pourquoi? Parce qu’un plaster coûte moins cher en énergie. Parce qu’un plaster fait moins mal. Parce qu’un plaster camoufle un malaise qu’on ne peut pas tolérer de vivre. 

J’ai une fois parlé d’une relation de couple qui allait mal. Ça aurait été pertinent et libérateur d’en parler, mais ça aurait aussi mis en lumière une réalité à laquelle mon interlocutrice aurait dû faire face. En parler, ça rend le tout réel. Elle s’est donc mise à parler de draps. Une belle fuite. Un évitement. Un changement de sujet. 

Ce n’est ni les draps qui sauveront son couple, ni jouer à l’autruche. Pourtant, je vous jure que ça fait du bien. Sauf que tu n’iras pas loin dans la vie à marcher les yeux fermés. Le mur va venir plus vite que tu ne le penses, que tu regardes en avant, ou non.  

C’est ça, le problème des psychologues. Leur regard extérieur voit ce que ton plaster a caché. Ils sont là pour te dire que ta plaie va s’infecter si tu n’agis pas maintenant. Et se faire dire qu’on devrait faire plus et se prendre en main, ce n’est pas agréable. On sort de leur bureau en grommelant, affirmant que ces « inconnus » ne nous comprennent pas vraiment. Mais justement, ils sont là pour comprendre ce que toi tu ne comprends pas encore. Ils sont des docteurs du coeur. Ils ne sont pas là pour te dire ce que tu veux entendre, ils sont là pour tirer sur le plaster. À court terme, tu vas avoir mal. Très mal, peut-être. Mais à long terme, ta peau va cicatriser. Ton coeur aussi. 

C’est correct de vivre des malaises. J’ai envie de te dire le beau slogan anglais just sit with it, qui se traduirait par « fais juste l’endurer. » La fuite est rarement la solution. Nous sommes tous coupables de l’avoir fait, et nous serons tous coupables de le faire encore. Personne n’a la vérité absolue. 

Peut-être ne le vois-tu pas toi-même, que tu évites. Mais si ces mots résonnent un minimum en toi, c’est peut-être qu’au fond, tu sais que quelque chose cloche. En ces temps de quarantaine un peu forcée, je t’invite à prendre le temps, à la place de voyager dans le monde, de voyager en toi. À défaut de pouvoir apprendre à connaître tout le monde, apprends à te connaitre et à comprendre ce dont tu as réellement besoin. C’est peut-être le voyage le plus effrayant que tu auras à faire, mais je te jure que tu vas en revenir grandi(e). Personnellement, je ne suis pas encore revenue. J’ai encore une montagne d’endroits à visiter et de questions à me poser. Mais j’y arrive, un jour à fois. À mon rythme. À ton rythme. 

Prends soin de toi, et lave tes mains.

Source : Unsplash

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