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(Sur)vivre de la violence conjugale

J’ai décidé de t’écrire cette lettre aujourd’hui, ma belle amie. Toi, la survivante.

Je suis consciente, en te l’écrivant, que ce que tu as vécu, plusieurs personnes t’ont déjà dit que ça n’aurait pas dû t’arriver. Je suis d’autant plus consciente que bien des gens t’ont trop souvent dit : « Ouain, j’comprends que ça n’a pas dû être facile », quand dans l’fond, ils ne peuvent pas comprendre et ne le pourront jamais.

Remontons à quelques années de cela.

Je me souviens que tu étais si rayonnante lorsqu’il est entré dans ta vie. Tu te disais qu’enfin la bonne étoile cognait à ta porte. Malgré un passé déjà trop tumultueux côté cœur, tu as fait confiance en la vie, mais surtout, en lui lorsque tu t’es confiée pour qu’il comprenne les raisons qui t’amenaient à être insécure face à une relation, même si somme toute, tu étais prête à sauter de nouveau à pieds joints dans une relation.

Mais…

Plus le temps avançait et plus tu as commencé à changer. Je ne t’en tiens pas rigueur, et jamais je ne le ferai d’ailleurs. Ce que tu as vécu ma belle amie, ça reste un sujet encore tabou en 2020. Nous avons beau en parler de plus en plus dans les médias depuis les dernières années, il reste que la violence conjugale est un sujet qui manque encore cruellement de conscientisation en 2020.

Combien de femmes et d’hommes subissent cela sans que rien ne se fasse?

La réponse : encore trop!

Qu’en est-il des ressources disponibles tant pour les femmes que les hommes? Presque inexistantes.

Et du système de justice à ce sujet? Désuet.

Les choses tendent à changer, soyons francs. Pensons par exemple, à la formation, en 2019, d’un comité pour la création d’un tribunal spécialisé dans les crimes de violences conjugales et sexuelles. Sauf qu’il reste que rien ne va assez vite…

Et toi là-dedans?

Il n’a peut-être jamais levé la main sur toi, c’est vrai. À la place, il s’est immiscé sournoisement et lentement dans ta tête. Cette violence psychologique n’a peut-être pas laissé de marques sur ton corps, mais elle a marqué au fer la vision que tu avais de toi. Tu te sentais et te voyais comme un simple déchet. Et je n’exclus pas la violence verbale et sexuelle que tu as vécue et que tu as cachée bien trop longtemps. Si tu savais comment tu étais (tu l’es encore d’ailleurs) : une magnifique personne forte et courageuse. Sauf qu’à cette époque, tu ne le voyais plus, car tu DOUTAIS. Constamment et sur tout. Il avait déposé ce sentiment dans ta tête qui ne te quitte plus depuis.

À la place, j’ai vu que tu as tenté de t’en sortir plus d’une fois, mais que tu étais prise dans la spirale de la détresse. Combien de fois est-ce que tu as dû taire tes pleurs lorsque les chicanes surgissaient? Ou pire, pour ne pas qu’une nouvelle chicane éclate? Tu étais rendue à ce stade… Ne plus pleurer pour sauvegarder le peu de force qui te restait à ce moment-là. Je n’ai pas souvenir d’ailleurs de t’avoir vu pleurer depuis cette époque. Pourtant, tu y as le droit et tu ne dois pas avoir peur de le faire, car nous sommes tous là pour toi!

Je te voyais ma belle amie et je ne savais pas quoi faire pour t’aider. De toute façon, têtue comme tu l’es, tu ne voulais pas recevoir d’aide à cette époque. Je le voyais que tu te remettais énormément en question, que tu t’es détestée de lui avoir fait confiance, d’avoir investi trop de temps dans cette relation… Bref, de l’avoir aimé. J’ai surtout vu que tu ne savais plus quoi faire de ta personne, car il avait réussi à te détruire.

À travers à cette bataille à te retrouver, à t’aimer toi-même de nouveau, tu as aussi vu des gens de ton entourage subir de la violence conjugale, sous toutes ses facettes. Tu as même perdu une amie, qui elle, n’a pas eu la même chance que toi, d’être une survivante. Mais tu ne le voyais pas encore que toi aussi, tu en avais vécu.

Plusieurs années se sont écoulées depuis cette année d’enfer que tu as vécu. Tu as (enfin) pris le temps de te reconstruire, de voir combien tu es belle, que tu peux te donner le droit d’aimer à nouveau et surtout d’être aimée en retour. Tu as finalement compris que tu mérites d’être aimée dans la douceur. Oh oui, que tu le mérites! Encore aujourd’hui, ce n’est pas toujours facile, mais je le vois que plus les jours avancent, plus tu te donnes le droit de baisser ton château fort. Tu t’es pardonnée aussi d’avoir été si dure envers toi-même, car après tout, tu n’y étais pour rien dans cette histoire.

Ma belle amie, ma survivante et comme toutes ces personnes qui ont vécu ou qui vivent présentement de la violence conjugale, sachez que vous n’êtes pas seuls.es. N’oubliez jamais que vous êtes la personne la plus importante de votre vie. Rien ne doit vous dissuader du contraire, peu importe la situation dans laquelle vous vous trouvez. Écoutez votre petite voix, et si vous ne vous sentez pas à l’aise dans une relation, ne restez pas là! Même si cela demande tous les efforts du monde, quittez!

Je suis consciente que ça ne sera pas un geste facile à faire et que la route vers la guérison sera longue. Toutefois, je ne vous mentirai pas en vous disant que ce sera le plus beau cadeau que vous vous offrirez.

Si vous avez besoin de parler, vous pouvez appeler la ligne SOS violence conjugale au 1 800 363-9010, 24 heures sur 24 / 7 jours sur 7 ou vous confiez à des gens de votre entourage!

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