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La résilience du monde

Par les temps qui courent, partout où nous posons notre regard, des signes nous rappellent ce qui nous afflige. Il règne dans les villes et les campagnes un calme inhabituel. Alors que la nature qui nous entoure se montre sereine, c’est à l’intérieur que tout est chamboulé. À l’intérieur de nos chaumières bien isolées, de nos vies d’humains tellement occupés, à l’intérieur de notre cœur et de notre corps toujours crispé. L’angoisse de l’incertitude plane au-dessus de nos têtes presque toujours affolées. Le réflexe collectif d’accumuler et de stocker en dit beaucoup sur nos fragilités. Sommes-nous à ce point vides qu’il faille se remplir de matériaux de toute sorte? Tous ces gouffres que nous creusons apparaissent soudainement insoutenables. Que faire de tout cet espace dépourvu de meubles? Il faudrait peut-être, justement, lever les yeux sur ce qui nous entoure.

Partout, je vois des arcs-en-ciel, le soleil qui réchauffe les neiges de février, les oiseaux qui reviennent, les eaux de Venise qui s’éclaircissent, le retour des poissons, l’air qui redevient pur. Je vois du temps pour se retrouver avec soi-même, du temps pour prendre le temps.

Dans l’immobilité momentanée de nos mouvements, la nature se régénère, reprend la place qui lui revient. Devant cette démonstration d’une beauté insaisissable, on ne peut que constater la résilience du monde. Du monde au sens de notre planète, qui, ne nous en déplaise, se porte mieux quand on la laisse tranquille. Du monde au sens de ceux qui nous entourent, des élans d’amour et de bienveillance, qui, face à l’adversité, redonnent foi en notre humanité.

Ensemble contre un ennemi invisible. Un ennemi qui n’est pas de notre espèce. Nos différences qui transcendent, pour une fois, la crainte de l’Autre. L’Autre fait maintenant partie de nous. Tous ensemble. Comme l’ont rêvé tant de fois les poètes et les dramaturges. Imaginez, qu’ils disaient, un jour où tout le monde se serrera les coudes (littéralement dans ce cas-ci), parce qu’ensemble ils sont plus forts, parce qu’ensemble c’est la seule façon d’y arriver.

Chamboulés par ce mal invisible, il est nécessaire de se donner le droit de vivre ce que nous vivons. On peut pleurer, rire, se sentir déboussolés, on peut avoir peur ou se sentir enveloppés. Quand tout nous affole, le fait de ralentir nous permet d’y voir plus clair.

On redécouvre la douceur du quotidien, la simplicité de l’être, la nécessité de prendre soin les uns des autres, parce qu’au bout du compte, à la fin de tout, c’est tout ce qu’il nous reste.

Voilà qu’avec le printemps qui arrive, on redécouvre, sous un ciel ensoleillé, la résilience du monde.

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