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Lettre à l’adolescente en moi

Récemment, je suis tombée sur une photo de moi en secondaire 5. Il y a 10 ans de ça. On dirait tellement que c’est une toute autre époque, parce que je n’ai pas l’impression de reconnaître cette adolescente sur les photos. Je sais que c’est moi, je me souviens de ces moments, mais elle semble si loin de moi maintenant. J’ai beaucoup changé, physiquement, mais surtout émotivement. Au-delà du fait que je me trouve plus belle physiquement, je suis une femme assumée et ce que je dégage sur les photos, c’est totalement deux mondes. Et ça m’a rendu fière et émotive de le constater. Cette émotion m’a donné le goût de lui écrire, à cette adolescente que j’ai été et qui sommeille encore en moi. Je sais qu’elle rushait et j’aimerais lui faire voir la situation avec mes yeux d’adulte. Pour la rassurer, la conseiller. Qui sait, peut-être que tu te retrouveras à travers mes mots si tu es dans cette période actuellement. Je te le jure, tout passe.

« Coucou ma belle timide et renfermée… je viens de tomber sur une photo de toi qui rit aux éclats. Mais je sais très bien que ce n’était pas aussi senti qu’aujourd’hui. Tu as tellement évolué, si seulement tu le voyais. Tu es calme, moins impulsive, moins en colère contre tout, plus enjouée, plus sociale, plus à l’aise et confortable avec ta personne, tu as trouvé tes couleurs, tu as développé ton propre style, tu assume ton côté « différente », rebelle et marginale. WOW, je sais que tu ne me crois sûrement pas, même moi, ça me surprend encore.

Je sais que tu aurais aimé lire ces mots à l’époque, que tu en aurais eu besoin. Tu es une ado tout ce qui a de plus banale. Ça va quand même bien à l’école, mais je sais à quel point tu travailles fort. Tes parents sont présents pour toi au meilleur de leurs connaissances. Tu as des amis.es de plus en plus présents.es pour toi. Tu t’épanouies même tranquillement à travers ta nouvelle passion, le théâtre. Mais tu caches bien ton jeu. Personne n’arrive à te lire réellement. Tu te conformes. Personne n’arrive à voir que tu te renfermes de plus en plus sur toi. Je sais que ça fait déjà quelques années que tu vis de l’intimidation, mais je sais aussi qu’en ce moment c’est tough. Je sais que tu as mal. Je sais que tu n’arrive pas à nommer l’impact que ça a sur toi, car tu n’arrives même pas à reconnaitre exactement ce que ça te fait vivre. Saches que tu auras mal longtemps à propos de ça, mais tu t’en sortiras forte, la tête haute et confiante, je te le promets.

Je sais aussi que l’anxiété te gruge par en-dedans. Que tu as même parfois des idées noires qui te traversent l’esprit. L’anxiété, ma belle, tu auras à vivre avec pour le reste de ta vie, mais tu trouveras TA manière à toi de ne plus en être envahie. Tu vas voir, elle ne contrôlera plus ta vie, je te le promets.

Je sais aussi que tu crois profondément que tu n’es pas à la hauteur. Au niveau de qui tu es, mais aussi au niveau de ton physique. Je sais, tu as perdu beaucoup de gens, mais cesse de te sentir responsable. Ces personnes n’étaient simplement pas là pour les bonnes raisons, rien à voir avec ta personne. Cesse de t’accorder une valeur en fonction des choix des autres et ça va changer bien des choses, je te le promets.

Je sais que tu as envie de te fondre dans la masse, de t’effacer. Je sais que tu te juges, que tu te dégrades et que tu te trouves dégoûtante. Tu constates que tu es la plus ronde de ta classe, pis ça depuis un méchant bout. Même si tu le sais, tes camarades ne se gênent pas pour te le rappeler. Tu te compares constamment aux autres. Tu les trouve plus belles, plus minces, plus attirantes. Dans ta tête, pas un gars ne va avoir envie de poser les yeux sur toi, encore moins ses mains dans un moment d’intimité. Pis ça, tu vas le penser longtemps ma belle. Mais tu vas comprendre plus tôt que tu le croyais, qu’au final, oui tu intéresses les gens. Et ça va commencer au moment où toi tu vas être prête à le vivre et que tu vas te voir de moins en moins négativement. Dès que tu commenceras à te trouver moins repoussante, tu attireras les gens d’une autre façon. Tu vas voir, tout part de soi. Donne-toi dont le droit de juste « être », pis le reste va suivre, je te le promets.

Je sais qu’en ce moment, en me lisant, mes mots ne font sûrement pas autant de sens que je le voudrais. Je sais que tu vis toutes ces choses pleinement. Avec tout ton être. Je sais à quel point c’est difficile cette période d’adolescence. Et saches que pour moi aussi ça reste encore une période éprouvante. Mais, si tu te voyais aller aujourd’hui, tu n’imagines pas à quel point tu serais fière. Je suis convaincue que si tu avais eu la chance de me parler à l’époque et entendre tous ces mots, bien des choses auraient été différentes. Mais au final, fais toi dont confiance. Ces mots-là font aussi partis de toi, tu ne le sais juste pas encore. En attendant que tu le découvres par toi-même, moi, je vais t’aimer pour deux, j’te le promet.

Aujourd’hui, je suis bien dans ma peau, épanouie, sereine. Tout passe, pis t’en es la preuve. »

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