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L’alcoolisme est un fantôme qui hante ma maison

Les fantômes apparaissent chez ceux qui croient en leur existence. Ils rôdent dans les pièces de ceux qui les laissent entrer…

Ils sont effrayants, éprouvants et ils éreintent même les plus forts d’entre nous. Ils arrivent à nous rendre fous, à nous faire manquer de sommeil et à nous faire bouffer nos propres larmes.

Ils sont air, ambiance, odeur.

Ils sont non-dits et reproches.

Ils sont souvenirs et histoires.

Mais surtout, ils sont morts.

Lorsque j’ai rencontré l’Amour, il y a quelques années, il était souriant. C’était flagrant, je n’avais jamais vu un sourire aussi immense et sincère. J’en parlais à tout le monde autour de moi : « Je n’en reviens pas comment il est démonstratif, il sourit sans arrêt! » Jamais je n’aurais pu me douter qu’il était suivi de près par ces âmes qui n’attendaient que de le posséder les unes après les autres.

Et déjà, après notre tout premier rendez-vous, ça commençait. J’ai rapidement senti la première présence : « Souriant? Ben voyons, il est tellement sérieux qu’il a l’air bête! »

C’était un futile commentaire dit par une personne qui l’affectionne beaucoup et qui pourtant, m’a fait rapidement comprendre que j’allais devoir en prendre et en laisser.

L’Amour, il a toujours été ouvert avec moi, il n’a pas traîné avant de me parler de ses démons. Il m’a parlé de son passé trouble, de ses dépendances, de ses innombrables efforts pour rejoindre le droit chemin. Il m’a parlé des gens qu’il a blessés et des gens qu’il blesse  toujours quand l’alcool reprend possession de lui, par moments de vulnérabilité. Il m’a parlé des mensonges, manipulations et autres moyens de défense risibles qu’il a dû employer pour satisfaire le Démon. Il s’est ouvert sur sa faible confiance en lui qui est souvent mise à l’épreuve et sur des blessures qui n’ont pas toujours le temps de se refermer.

Je me suis ouverte à mon tour. Je lui ai parlé de peur, d’anxiété, de fatigue. Je lui ai parlé de plan d’action ou d’éloignement.

Il m’a montré des efforts grandioses. Il m’a montré des progrès concrets. Il m’a montré un visage heureux, une personnalité sensible et un cœur accueillant malgré les blessures. Il m’a montré une motivation inexplorée. Il m’a montré la place douillette qu’il avait préparée pour moi au plus profond de lui.

Mais ses fantômes étaient partout. Ils m’ont parlé, m’ont crié de ne pas le croire. Ils se sont emparés de ma tête, me suppliant  de me sauver.

« Il est bête. »
« C’est un fou. »
« C’est un bourreau des cœurs. »
« Il est lâche, tout le monde sait comment il est. »
« Il n’est pas fiable. »
« C’est un menteur! »

Ils ont réussi à me faire douter de l’Amour. Ils ont réussi à créer maintes disputes à propos d’histoires que nous n’avions même pas vécues ensemble. Ils ont réussi à abîmer le lien de confiance que j’avais avec l’Amour, à ternir mon image de lui. J’ai réussi à le blesser encore plus profondément dans sa confiance en lui, à lui recoller la vulnérabilité qu’il s’était si difficilement arrachée. J’ai ouvert la porte au Démon.

« Tu as bien fait, c’est lui, le Mal. »

Mais si moi, symbole du nouveau départ, je ne lui fais pas confiance et je refuse de voir l’évolution dont il m’a pourtant fait preuve, comment peut-il même croire qu’il mérite mieux que cette vie qui l’afflige de douleur et de détresse? Si, malgré les bons coups, on préfère lui rappeler cette personne qu’il a été et qu’il craint d’être à nouveau, on lui inculque qu’il n’y a rien qu’il pourra faire qui pourra changer son sort. Il peut bien, par la suite, se demander : à quoi bon continuer dans cette voie? De quel droit ses fantômes se permettent-ils de me demander d’être la défenderesse de leurs maux au prix de mon Amour? Qui sont-ils et pourquoi vaudraient-ils plus à mes yeux que l’Amour?

« Vous êtes morts! » que je leurs cris à plein poumon.

« Vous êtes morts et vous n’êtes rien! Sortez de chez moi! »

L’idée n’est pas de nier leurs existences passées, mais plutôt d’accepter qu’ils sont morts et qu’ils doivent le rester. Faire l’incantation des morts, c’est de leur permettre de vivre au travers de nous et de leur interdire, à eux comme à nous, d’être en paix.

L’Amour que je connais est le seul qui compte et qui existe présentement. C’est le seul à mériter mon attention.

Anonyme

Source photo de couverture

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