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L’angoisse, ou le besoin de fuir l’inexistant

De tout ce que l’être humain peut ressentir, il n’est rien de plus vertigineux que l’angoisse. L’angoisse à son paroxysme provoque une crise, voire, communément appelée, une attaque de panique. Le terme « attaque » n’a jamais été aussi bien employé, à mon sens. En effet, c’est une véritable attaque. Pas de celles qui sont visibles, perceptibles, réelles. Rien ni personne ne m’agresse à cet instant T. Non, l’attaque de panique ou l’angoisse qui attaque vient de l’intérieur. L’agression jaillit des entrailles. Tapie dans l’ombre, elle apparaît généralement sous la forme de symptômes physiques : un étau se resserre autour du cou, du cœur, des poumons, du crâne; la respiration se fait courte, difficile; le corps semble se tendre de tout son long, muscles contractés, nuque raide, il est prêt à contre attaquer ou à courir à toute allure. Puis, vient le sentiment de terreur, de stupeur : l’objet de mon angoisse est invisible. Je n’ai rien à fuir, je ne suis pas en danger. Il y a à peine plus de dix minutes, tout allait bien, et soudain, je dégringole dans un vide, un vide interne. Le vertige littéralement me saisit, et pourtant, je ne vois aucun précipice. La tête tourne, la vision se rétrécit, les jambes flanchent. Je voudrais hurler mais aucun son ne sort de ma bouche. Hurler contre qui? Contre quoi?

J’ai peur, immensément, intensément et réellement peur. Tout devient trop : trop bruyant, trop lumineux, trop agité, trop. Alors le cerveau se met à tourner à plein régime tout en perdant cohérence et raison. Des questions se butent les unes aux autres sans le moindre élément de réponse. Dans la réponse, c’est avant tout le réconfort qui est recherché, un semblant d’explication rassurant, en vain.

Pourquoi? Pourquoi maintenant? Pourquoi ici? Pourquoi moi?

Plus les questions se multiplient, plus le malaise grandit. L’incompréhension renforce le danger impalpable au sein duquel je suis prisonnière. Cette traversée du néant ne durera pas, je le sais, je la connais. Elle m’est devenue familière tout en conservant cette hostilité que je peine à apprivoiser. La lutte qui s’en suit entre raison et irrationalité est épuisante. Je sais que je ne perds pas la tête, le contrôle, la vie mais savoir ne m’est plus d’aucun secours. Le tourbillon m’a embarquée. Il faut attendre.

Est-ce bel et bien une traversée du néant ou le néant lui-même qui me traverse?

L’effroi ne durera pas, il ne dure jamais et pourtant il me faut le vivre, le laisser venir et repartir. Je ne peux pas fuir même si c’est mon corps tout entier que j’aimerais abandonner dans cette rue, au milieu de ce magasin bondé, sur cette pelouse encore fraîche d’une matinée mouillée.

Non, je ne peux pas le fuir, car je ne peux pas ME fuir.

L’entièreté de mon être tremble et patiente. Mon esprit panique, mon corps réagit mais ni l’un ni l’autre n’a notion de la réalité. Nourrie du rien, l’angoisse réussit à être dévastatrice. Les minutes passent, les heures parfois puis la respiration ralentit, l’étau se desserre, le corps se relâche. Bloquée dans un autre espace temps, mes pieds ne touchaient plus le sol mais me voilà qui revient au présent. Autour de moi, rien n’a bougé, le monde a continué de tourner, le soleil de briller, la vie de s’écouler. Peu à peu, je reprends place dans ce mouvement, dans cette danse dont j’ai cru être bannie le temps d’un instant. Le vertige s’efface au profit de l’équilibre. Équilibre fragile, je marche sur le fil. Telle une funambule, je sais que le vide est toujours en dessous, partout, tout le temps. N’est-ce pas cela, l’angoisse? Regarder sous le fil de sa vie? Être happée par le vide de sa propre personne? Rencontrer ses abysses? Plonger dans ses propres profondeurs? S’extraire du monde pour entrer en soi?

L’énergie de survie se meut en épuisement physique et psychique. Souvent les larmes emplissent mes yeux comme pour décharger un trop plein émotionnel qui m’a assailli. Seules les questions restent m’habiter ainsi qu’un sentiment d’étrangeté. J’ai voyagé je ne sais où mais je suis revenue. Ces va et vient restent réguliers à l’heure actuelle mais je continue de les observer et tente, parfois désespérément, de les analyser. Si dans tout cela, message il y a alors je finirai par le saisir et le comprendre, me comprendre.

En attendant, si toi aussi il t’arrive de sauter sans filet dans ton fond intérieur, la peur au ventre, félicite toi. Il faut du courage pour affronter ces instants qui paralysent.

Et souviens-toi, ce n’est qu’un pas de côté dans un monde qui ne cesse de tourner.

Tu entreras de nouveau très vite dans la danse avec, qui sait, une conscience plus aiguisée et une aisance insoupçonnée.

Crédit photo : Unsplash, Annie Spratt

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