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T’es trop naïve/naïf

– « Hein? Pour vrai? »
– « Ben non… voyons donc que tu as cru à ça. T’es ben trop naïve/naïf! Ça va se retourner contre toi un jour. »

Être naïve… ça sonne enfantin. Ça sonne comme un trait de personnalité qui devrait disparaître avec les années. En pensant à la naïveté, je me revois, beaucoup trop vieille pour encore y croire, en train d’attendre dans la file d’attente pour rencontrer le Père Noël du centre d’achat.

Mais, sais-tu, quand j’ai compris, à 10 ans, un 24 décembre, que le Père Noël n’existait pas, une partie de la magie est morte ce soir-là. Noël allait pour toujours changer. La magie, j’allais devoir la créer moi-même. Plus jamais je n’allais impatiemment espérer, avec ma petite chandelle, voir un traîneau dans le ciel.

La naïveté, si tu as la chance de la posséder, te permet de conserver une petite étincelle dans ton regard. Quand une histoire parait rocambolesque, ta petite voix te chuchote à l’oreille : « Et si c’était vrai? » Elle ouvre un éventail de possibilités et laisse ton sens critique et toi décider de la version qui te fait le plus du bien de croire. Elle flirte dangereusement avec la notion d’optimisme.

La naïveté, ce n’est pas d’attaquer le monde des grands les yeux fermés en gobant comme un poisson rouge tout ce qu’on te dit. Si tu fais ça, tu vas atterrir dans la gueule du loup quelques années après le début de ta vingtaine. La naïveté, c’est penser que même dans le monde des grands, il reste du beau. ll reste de la magie et un univers de peut-être.

Et si, moi et lui, ça marchait? Et si, malgré tout, ça valait la peine et ça aboutissait quelque part? Et si mes efforts payaient et que j’arrivais à décrocher cet emploi?

Selon le Larousse, « naïveté » est synonyme de « spontanéité ». C’est croire, sur le coup de l’émotion, sans y réfléchir ni analyser, que c’est possible, que ce que tu te fais raconter tient la route, ou que tu peux l’atteindre, ton but. C’est aussi défini par quelqu’un qui sait exprimer ses sentiments naturellement. Je ne sais pas pour toi, mais moi, je ne veux pas que ce trait-là s’efface avec les années.

Je ne peux pas m’imaginer le jour où, par peur que mon émerveillement finisse par me faire mal, j’arrêterais de croire. Il est vrai que de s’emballer souvent pour un tout et un rien peut engendrer des déceptions. Toi qui as cru que ce projet de voyage au Pérou, discuté le soir du jour de l’An, par texto, allait tenir la route jusqu’en juillet…

Oui, tu frappes un mur quand, après avoir magasiné des billets d’avion pendant trop longtemps, la réalité te rattrape. Oui, ça fait mal. Ça fait mal aussi de penser que les amitiés, c’est coulé dans le béton. Oui, tu as aussi été naïve/naïf de croire ça.

Mais le temps que tu y as cru, ç’a été beau. Ils étaient le fun, ces samedis matins à explorer tous les recoins de Trip Advisor et à te visualiser au Machu Picchu. La naïveté apporte peut-être des attentes, mais elle te fait aussi vivre de l’émerveillement sur une base quotidienne.

C’est la version grandie de l’enfant qui croit au Père Noël. Sauf que la magie ne peut pas mourir, parce qu’elle vient de toi. Et elle vient de paire avec l’optimisme. Peut-être que la naïveté aide à être une personne de cœur et une personne plus connectée à elle-même. Peut-être que finalement, ça garde jeune, de croire.

T’sais, je regarde tout ça et je me dis… vas-y, tu viendras m’avertir quand ce sera le temps que ça se retourne contre moi. D’ici là, je vais être ici à m’imaginer toutes les belles choses qui pourraient arriver. Et ça, j’ai pas l’intention que ça arrête.

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