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Non, la distanciation n’aide pas mon anxiété sociale

Ce qu’on vit présentement n’est pas quelque chose qui m’incommode beaucoup. Je veux dire, je souffre d’anxiété sociale. Éviter les gens pour moi, ce n’est pas quelque chose de difficile et la plupart de mes amis proches sont à distance, donc ne pas les voir pendant une longue période est normal. Par contre, j’allais à l’école, j’habite au centre-ville et je travaille comme serveuse; j’ai donc appris à gérer mon anxiété sociale pour pouvoir faire ces activités et rester fonctionnelle.

Un des trucs que j’ai utilisé, c’est l’exposition répétée et continue. Aller dans des endroits où il y a beaucoup de monde. Peu de temps et plus longtemps. Apprendre à contrôler mes pensées pendant ces périodes. Bref, des exercices de désensibilisation qui font qu’aujourd’hui sortir de chez moi, me rendre à l’école ou aller à l’épicerie sont des choses normales que je peux faire sans avoir l’impression que quelqu’un me tient par la gorge et serre à chaque fois que je croise un regard.

Sauf que… avec ce qui se passe, tout le monde est à vif. Si je sors, on me regarde comme si j’étais possiblement une bombe à retardement. Les gens fixent, les gens m’abordent. Ça peut paraitre un peu anodin pour quelqu’un qui n’a pas d’anxiété sociale, mais le fait de savoir qu’en allant à l’épicerie, 90% de chance que la seule personne qui m’aborde soit la caissière, ça calmait VRAIMENT mon anxiété.

Cette semaine, je suis allé à la SAQ. Une fille a essayé de m’aborder en me disant qu’elle ne croyait pas que j’étais à 2m d’elle, ce que je crois que je respectais. En rentrant, un garde de sécurité m’explique que je dois me nettoyer les mains et la personne qui me donne le désinfectant m’explique les règles à suivre.

À l’épicerie, j’étais en file derrière 2-3 messieurs qui sentaient un peu l’alcool de la veille. Ils ne respectaient pas la distance de 2m, donc une dame est allée les avertir. Les messieurs ont commencé à parler fort, irrités, et en disant qu’ils seraient mieux d’aller aux États-Unis. Ils me regardent et ont l’air de chercher mon approbation; moi qui ne veux surtout pas envenimer la situation, je ris un peu pis regarde les bananes, en espérant qu’ils arrêtent d’essayer de m’inclure. Non, je ne veux pas faire partie de ça. Deux minutes d’attente deviennent vraiment pénibles, je fais un sourire de compassion à la caissière qui doit vivre ça 50 fois par jour.

Une journée, une sortie et environ cinq interactions non prévues. C’est quelque chose qui me gruge beaucoup d’énergie. Je me dis donc que je vais limiter mes déplacements. Et c’est ce que je fais. Je sors moins. Je m’habitue à mon confort, sans interactions; à ne pas me faire regarder, à ne croiser personne. Et c’est là que ça devient problématique. Parce que maintenant, à chaque fois que je sors, l’anxiété est pire que la fois précédente.

L’anxiété c’est un travail constant. C’est quelque chose qu’on finit par apprivoiser en développant des techniques pour l’atténuer: rendre les choses moins difficiles, les rendre plus confortables, les rendre normales. On finit par si bien intégrer les techniques qu’elles deviennent naturelles. Genre, il m’arrive souvent d’oublier que j’ai ce genre d’anxiété, jusqu’à tant que quelque chose qui arrive me déstabilise. Comme j’avais oublié que sortir pouvait m’être anxiogène ou qu’aller m’acheter des croissants pouvait m’épuiser.

Bref, je ne sais pas à quoi va ressembler mon état quand tout va retourner à la normale. J’imagine que je vais devoir refaire un travail de désensibilisation, que je risque de ressentir quelques couteaux dans le ventre, une pression au thorax un peu plus présente, mais je sais que je ne suis pas seule à vivre ça. Pour l’instant, garder une bonne hygiène de vie est la meilleure des solutions: du sport, bien manger, dormir. Pis au final, on va accepter que ça ne va pas toujours bien aller, mais que c’est normal, pis qu’on est pas seul.e.s là-dedans.

** Ces anecdotes ne sont pas une critique envers les gens qui sortent plus, qui m’abordent ou me fixent un peu trop. C’est clair qu’ils n’ont jamais même pensé que ça allait me créer un malaise. Chacun gère la situation différemment, pis c’est tout à fait normal.

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