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Le contact humain

J’ai la réputation d’être celle qui n’aime pas les câlins. Celle qui a une grosse bulle. Je ne sers pas la main des gens et je ne me tiens pas près d’eux.

Mensonge.

Je suis juste hypocondriaque et je n’aime pas les bisous mouillés des tantes dans les partys de Noël. Sorry, not sorry.

Je pense que, peu importe qui tu es, le contact physique est important. Que tu sois seul(e) ou en couple, que tu aies une grosse famille avec qui passer ton confinement, ou non, le contact physique reste primordial. Je ne parle pas ici de la petite tape sur l’épaule donnée par une connaissance. Je parle d’une accolade silencieuse que tu voudrais ne jamais voir finir. Celle qui est pleine de sens et de ressenti.

Toi, célibataire, en quarantaine seul(e) ou parmi ta famille, c’est quand la dernière fois que tu t’es laissé(e) toucher?

Je vous vois aller, mes petits esprits tordus : je ne parle pas d’être touché(e) de façon sexuelle, mais plutôt de donner accès à ton intimité.

Il y a une certaine vulnérabilité dans le fait de se laisser approcher. On n’entre pas dans ma bulle et dans mon espace vital comme dans un moulin, oh que non.

Et si tu te dis, dans toute ta force et ta carapace, que tu n’en as pas besoin, que tu es assez pour toi-même, je t’invite à t’imaginer vivre sans. Imagine un monde où tout le monde est éternellement en quarantaine. Ne prends jamais la main d’une personne à qui tu tiens. Vis tous ces moments de complicité et n’embrasse personne. Ne danse jamais un samedi matin en faisant des crêpes. Verse toutes les larmes de ton corps et ressens le vide à côté de toi la nuit, sans jamais espérer qu’il soit un jour comblé. Parce que le contact physique, ça fait sentir moins seul(e) d’une façon dont les mots ne pourront jamais le faire. « Je suis là » et « Je suis là, tu peux concrètement t’appuyer sur moi », ça frappe pas à la même place en-dedans.

Peut-être qu’aujourd’hui, la solitude cogne un peu plus souvent à ta porte qu’à l’habitude. La quarantaine nous force à ressentir une panoplie d’émotions, surtout si on la vit en solo. Je t’invite à porter attention à la chance que tu as d’avoir un entourage dans ton quotidien plus normal. La chance que tu as de pouvoir voir les visages expressifs de tes ami(e)s, de ta famille ou de ton/ta conjoint(e) sur un écran. Serrer fort un objet appartenant à un être cher aussi, ça fait du bien.

Et si, encore là, tu n’es pas convaincu(e) de l’importance de la proximité, penses-y un peu. Que fait le nouveau-né quand il vient au monde? Il cherche sa mère. Il ne sait pas parler, il n’est même pas encore conscient de l’univers qui l’entoure, et pourtant, il cherche déjà la chaleur et la douceur. Parce que s’il reste seul contre le monde, sa vie est vouée à l’échec. C’est donc normal de chercher un allié.

Aujourd’hui, on est simplement devenus des grands enfants. Des grands enfants orgueilleux qui peuvent « s’arranger tout seuls ». Sauf qu’on appelle encore notre mère quand ça va mal. On demande encore à se faire serrer très fort, juste parce que ça fait du bien. On devrait tous le faire plus souvent.

Je suis consciente qu’en vieillissant, les personnes avec qui on partage de la proximité se font plus rares. Qu’on ne veut pas paraître trop envahissants. Mais si tu dois compter le nombre de mois depuis ton dernier contact physique significatif, il faudrait peut-être revoir certains concepts. (Pas tout de suite par contre! Attends la fin du confinement pour te lancer dans les bras de ton entourage! D’ici là, médite là-dessus dans le confort ton salon!)

En cette crise de la COVID-19, il y a beaucoup de négatif qui flotte partout, mais s’il y a quelque chose à en retenir, c’est bien l’importance des autres. Si tout le monde ne décidait pas, ensemble, de s’unir pour vaincre le virus, ça ne fonctionnerait pas. On a besoin des autres. Tu as besoin des autres. T’as le droit de briser ta façade de dur(e) à cuire et de demander un câlin virtuel. Pis deux. Pis de demander une soirée collé(e)s quand tout ceci sera fini et qu’il sera finalement possible de le faire. Pis deux de ça aussi, tant qu’à y être. Après tout, nous l’aurons tous mérité.

Ça ne fera pas de toi quelqu’un de faible, ça fera de toi quelqu’un d’humain. Un grand enfant orgueilleux qui accepte enfin de grandir.

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