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Vivre et laisser vivre

Ce texte commence avec une anecdote, celle de ma mère. Je vis présentement seule dans mon appartement montréalais (non, ce n’est pas facile) et j’appelle souvent ma mère pour prendre de ses nouvelles. Un drôle de mardi soir, après une longue journée de travail, je lui téléphone pour me changer les idées. Et finalement, drôle de coïncidence : ce n’est pas moi qui avais besoin d’aide à se faire changer les idées, mais elle.

Ma mère commence en me racontant son appel style 5 à 7 de cette fin de semaine avec ses amis. « Au début, tout était super cool, on buvait, on riait et on se racontait des anecdotes. Puis, la conversation a dérivé sur nos occupations et le confinement. Lorsque je leur ai dit que je continuais de voir mon chum, ils ont explosé. », me dit-elle. Pendant plus de 30 minutes, ils l’ont remise en question, critiquée et lui ont dit qu’elle était tellement irresponsable de voir d’autres personnes. Et il semble qu’on lui ait même dit qu’elle ne pouvait pas aller jogger. Ni aller faire épicerie pour son père de 85 ans.

Et ma mère n’est pas la seule.

Avez-vous remarqué qu’on se fait constamment juger sur les circonstances de notre confinement?

Tout le monde vit cette période de manière différente, et il est normal que certains soient plus précautionneux que d’autres.

La santé publique nous donne une série de règles et de directives qu’il faut suivre, comme celle d’éviter toute sortie non essentielle. L’important, c’est de bien écouter les autorités et la santé publique.

Mais alors, posons-nous la question : si tout ce qu’on fait est légal, que nous suivons les directives de la santé, que nous faisons attention à notre environnement et à notre entourage, peut-on réellement faire ce que l’on veut?

Oui, nous vivrons une période de stress collectif. Oui, nous devons travailler ensemble. Oui, nous avons un devoir de responsabilité envers notre société de suivre les réglementations du confinement.

Mais cela ne veut pas dire que nous n’avons plus le droit à notre intimité. Avec toute cette négativité dans les médias, les chiffres et l’incertitude, nous avons perdu notre sens du laisser vivre. Et c’est dans cette période si humaine que certains semblent avoir perdu toute humanité.

En jugeant et en critiquant le quotidien des autres, comme ce fut le cas de ma mère, nous créons un environnement toxique et anxiogène pour ces personnes. Cette pression sociale et le bullying interpersonnel qui en découle affecte la santé mentale de la victime, et de tous qui l’ont vécu en cette période de crise.

Tu n’es pas obligé.e de faire du pain et de le partager sur les réseaux sociaux, ou même de faire des semis. Tu peux aller prendre des marches à deux mètres de distance. Tu n’es pas obligé.e de t’entraîner non plus. Tu n’es pas obligé.e de commander ton épicerie par Internet, et tu n’es pas une mauvaise personne parce que tu prends le transport en commun. Et ce n’est pas « mal » d’aller faire un tour de voiture.

Dans les médias, on y traite souvent de ce qui est « correct » de faire ou de ce qui n’est « pas correct » de faire afin de répondre aux questions que la société se pose.

Peut-être qu’une norme sociale s’est créée, mais si nous ne pouvons ou nous décidons de ne pas la suivre, nous ne sommes pas nécessairement un individu fautif.

Alors que certains considèrent ces conditions comme une évidence, pour d’autres, ce ne l’est pas. Beaucoup ne peuvent pas se permettre de rester à la maison ou n’ont pas de moyen de transport à leur disposition. Et beaucoup d’autres aussi doivent rester à la maison, mais ne vivent tristement pas dans un environnement domestique sain.

Tout le monde fait tout ce qu’il peut, et tout le monde crée son propre environnement et les conditions avec lesquelles il peut être confortable, dans les circonstances. L’objectif est de rester sain d’esprit. Et je pense qu’on devrait respecter ces décisions, si elles sont raisonnables. (Après tout, je n’y faisais pas référence à un party de 50 personnes, ni à quelqu’un qui irait frencher du monde inconnu dans la rue.)

Nous nous devons de faire notre part et soyons responsables, oui, mais laissons les autorités et la force de l’ordre gérer la discipline.

Le confinement continue et, à la personne qui, par hasard, aurait vécu une de ces relations toxiques, j’espère que tu vas bien. Ce n’est pas difficile de se faire juger et de se faire manquer autant de respect et de sensibilité.

Garde la tête bien haute, sois fort.e et, petit conseil : arrête de parler à ces personnes pendant un petit bout. Ta santé mentale te remerciera.

Prenons soin les uns des autres.

Claudie Arsenault

Source photo de couverture

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