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Quand deux mondes se rencontrent

Grandir dans deux nationalités différentes, ou être issu.e de deux parents immigrants vivant dans un autre pays que leur pays d’origine finit tôt ou tard par amener son lot de faits cocasses, embarrassants, de frustrations ou même de fierté.

J’ai grandi dans un environnement où deux nationalités se sont invitées à la table un soir (ou un matin, va savoir). Cette belle recette exotique, comme j’aime souvent le dire, m’a amené dès mon bas âge à être ouverte sur le monde et à aller à la rencontre de l’autre. Toutefois, d’un autre côté, le chemin fut périlleux et rempli d’obstacles pour m’accepter telle que je suis avec ces deux origines un peu à l’opposé l’une de l’autre.

Toute petite, autant j’ai pu en être fière de ce mélange, autant j’ai pu le détester. Je suis un peu (mal)chanceuse d’avoir des origines où l’air salin de la Méditerranée peut se mélanger à l’air frais des montagnes où le cèdre (c’est d’ailleurs l’emblème national de ce pays) triomphe. Durant tout mon primaire, je n’osais même pas dire que j’étais moitié libanaise et moitié québécoise. Non pas que je n’en étais pas fière, mais je ne voulais surtout pas entendre une fois de plus toutes les moqueries dont on pouvait me marteler dans les secondes à suivre. J’ai subi beaucoup d’intimidation face à cela et celle-ci m’a amené énormément de frustrations face à mes origines. Pour être franche, je détestais d’être différente, même si je ne demandais qu’à en apprendre un peu plus tous les jours sur le pays où mon baba (mon papa) a vu le jour.

Adolescente, je m’amusais en disant que j’étais un heureux mélange entre le froid du Québec et la chaleur du Moyen-Orient. Encore là, je n’osais pas toujours en parler, mais je me faisais un plaisir fou de partager les recettes que je savais pour démontrer combien la cuisine libanaise est succulente! Lorsque j’avais des amis qui me demandaient de leur apprendre quelques mots en arabe, j’en étais si heureuse que je ne refusais jamais, tout comme aujourd’hui d’ailleurs, car cela amène toujours des faits cocasses.

Le meilleur exemple qui me traverse l’esprit est lorsqu’un ami de longue date qui m’a demandé un jour :

Lui : « Marie, je t’entends toujours dire shou à ton père, ça veut dire quoi? »

Moi : « Quoi! ».

Et c’est à partir de là qu’une longue conversation sur le sujet débuta…

Lui : « Ben, ça veut dire quoi shou? »

Moi : « Shou ça veut dire quoi! »

Lui : « Bah je l’sais-tu moi, ça veut dire quoi, c’est moi qui te le demande! »

Moi : « C’est ça… Shou ça veut dire quoi! »

Après un bon 5 minutes d’incompréhension, je me suis tannée et je suis allée chercher un papier et un crayon pour lui inscrire avec une colonne « arabe » et une colonne « français », afin de montrer que « shou = quoi ». Je vous en parle aujourd’hui et ça reste un de nos meilleurs souvenirs à lui et moi, même après plus de 15 ans.

Avec mes yeux de femme, je me sens choyée d’avoir cette chance d’être issue de deux nationalités. J’ose beaucoup plus le dire avec fierté et je ne changerais rien de ce que je suis même si, parfois encore, je me sens confrontée entre deux mentalités. Tout n’est pas parfait et c’est correct. Ainsi va la vie! Aujourd’hui, quand je parle de mes origines, je dis souvent à la blague que tel ou tel comportement, c’est parce que c’est soit mon côté canadien qui parle ou bien mon côté libanais. Par exemple, j’ai beaucoup acquis du langage non verbal des Libanais. Par contre, rien ne pourrait m’empêcher de faire ma vraie Québécoise en lâchant un sacre en même temps lorsque je suis extrêmement fâchée. Comme quoi ces deux réalités font partie de moi.

Mais pourquoi vous parler de cette partie de ma vie?

Si je me penche un peu plus sur le choix de cet article, je vous dirais que je l’ai choisi puisqu’il représente littéralement mon quotidien familial, où les ethnies et les langues se mélangent autour d’un repas (et je ne parle pas juste de mes origines, car bien d’autres se sont greffées avec le temps).

Je trouve déplorable qu’encore aujourd’hui, en 2020, la société apporte autant de haine sur l’ouverture du monde à cause de la peur. C’est si facile de faire maintes et maintes campagnes de peur quand nous me prenons qu’une infirme partie d’un peuple. Partie qui est, qui plus est, souvent celle que nous qualifions « d’extrémiste ».

Et à cause de cette simple campagne de peur, bien souvent un peuple entier écope en étant mis dans le même bateau. Celui des voleurs de jobs, celui de ceux qui ne mériteraient même pas d’avoir une qualité de vie supérieure car après tout, ils ne méritent que de rester dans leur pays en guerre. Cette même guerre qui a peut-être décimé leur famille entière.

Je trouve que la société nous force en quelque sorte à voir plutôt les côtés les plus sombres du multiculturalisme, au détriment du reste qui sont les bons côtés. Ceux qui nous permettent de partager de bons moments, d’aller à la rencontre de l’autre, à la rencontre de l’histoire d’un pays…

Le multiculturalisme est une richesse que trop souvent nous oublions.

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