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Les jeunes sont-ils immortels?

L’inconnu fait peur : la Covid-19, c’est une inconnue sur des « terres vierges » ; chaque personne réagissant différemment selon leur système immunitaire. Qui a une carte des caractéristiques de sa santé ou de son immunité sur lui? Levez la main… Peu d’entre vous, n’est-ce pas? À défaut d’avoir un portrait typique de quelqu’un atteint d’une maladie auto-immune, on a mis tout le monde dans le même panier en décrivant que très peu entraient dans cette catégorie. On a donc préféré miser sur le facteur « âge » pour protéger la population plus facile à cibler. Mais qu’en est-il de tous ces enfants et jeunes adultes avec des problèmes de santé comme l’asthme, des problèmes cardiovasculaires, le cancer, le diabète ou autres problèmes génétiques qui, avant même la crise actuelle, sont plus ou moins connus en rapport avec leurs capacités immunitaires? Ainsi, à la veille d’un déconfinement progressif, je tenais à faire part de mes insécurités et de l’insécurité vécue par les jeunes vivant avec une maladie dite auto-immune.

Mon impuissance

Je ne peux pas éteindre des feux, je tente seulement de ne pas en engendrer de nouveaux.

Essayer de ne pas s’embraser dans le feu allumé par la Covid-19 est très difficile, surtout quand tu réalises que nous suivons les pas des gouvernements et de la santé publique au gré de leurs découvertes « à la lanterne » et de leurs décisions qui peuvent toujours changer rapidement, au rythme des stratégies mises en place pour éteindre l’incendie.  Je tiens, à mon tour, à remercier ce travail acharné de nos gouvernements, de l’OMS, du personnel soignant, des policiers, des épiciers, des pharmaciens, bref : de tous ces gens au front depuis la naissance du brasier. 

Mais…

Même si je suis chez moi et que je me sens « protégée », je reste avec certaines craintes. Comme tous, vous me direz. Sans doute mais, en ces temps, être atteinte d’un syndrome orphelin prend de nouvelles tournures inquiétantes.

Témoignage personnel

Pour tous ceux et celles qui vivent avec une santé fragilisée par la maladie…

À l’annonce de cette crise, comme tous, je me pensais plongée dans un mauvais rêve, surtout en voyant que la population la plus « vulnérable » pouvait être en danger. Je ne savais pas, en fait, qui étaient ces « gens » à risque, mais plus le temps passait, plus je commençais à m’en douter et… je me disais que, cette fois-ci, outre offrir une oreille attentive lors d’un appel à un proche ou à une personne seule et écrire, mes capacités, tant professionnelles que personnelles, ne seraient pas une « denrée essentielle ». Je tente du mieux que je peux, comme tous, de me faire une routine confortable dans laquelle je prends soin de moi et des autres en restant chez moi, mais l’angoisse vient souvent me prendre au détour quand je pense trop loin. Et après? Devrais-je rester dans ma prison dorée éternellement tant qu’un vaccin n’existera pas?

Cette angoisse a grandement diminué depuis le confinement étant donné que, en tant que diabétique de type 1 et atteinte d’un syndrome génétique orphelin du nom de Wolfram (dont je vous parlais déjà dans mon article Un bonheur handicapé?), et ce, malgré mon jeune âge, je présumais faire partie de cette population à risque. Mais, ça, les gouvernements en parlent peu, de nous, les nombreux jeunes et moins jeunes atteints d’une pathologie fragilisant leur système. Est-ce que les mesures sanitaires dans la population lors du déconfinement seront aussi efficaces que lors du confinement pour nous « protéger » ou il faudra encore jouer à cache-cache pendant que les gens tenteront de vivre au front et de nous protéger ? 

Que devrons-nous faire, nous, qu’on soupçonne, malgré notre jeune âge, d’avoir une santé fragilisée?

Personne ne connaît totalement les capacités physiques de son corps face à ce genre d’ennemi invisible… Est-ce une responsabilité individuelle ou collective cette fois? Car déconfinement partiel signifiera inégalités. Ceux, présumés plus en santé, pourront sortir et les autres devront regarder le feu s’embraser lorsqu’on aura ainsi saupoudré un peu « d’accélérant naturel ».

Ce virus ne fait aucune discrimination

L’effet de la Covid-19 dans le corps des gens atteints est comme un coup de dé. Le hasard fait bien des choses qu’on dit, non? C’est ce que je me disais quand je regardais les nouvelles et que je constatais avec beaucoup de tristesse que des préposés avaient succombé au front. Leur organisme était-il affaibli pour ainsi succomber? L’histoire ne le dit pas. Très mystérieux… 

La force des gens

L’humain a une grande capacité d’adaptation. C’est ce que j’ai constaté avec admiration : la résilience des gens de se confiner chez eux pour que le feu s’éteigne et  qu’il épargne ainsi des victimes est un geste louable d’une population qui se soutient. J’ai cru comprendre qu’on en a sauvé plusieurs, mais la prochaine phase est insécurisante. J’imagine qu’on saura s’adapter… à vitesse grand V si jamais il faut calmer nos ardeurs à nouveau.

C’est quoi la suite alors?

 Je sais que ces gens vivront en société en ayant en tête de nous protéger.  Je peux comprendre ce que vivent les personnes âgées, démunies, apeurées face à ce virus. Ajoutons à ça un besoin viscéral d’aider sans pouvoir aller au front. Ce n’est pas facile de se sentir aussi démunie quand, au fond, toute ma vie, avec résilience, je me suis battue pour montrer aux gens que j’étais forte malgré mon syndrome… Je ne croyais jamais pouvoir avouer ça, mais ma résilience, mon courage et ma joie sont mis à rude épreuve. Ici, ce n’est pas qu’une question de force d’esprit, mais de capacités physiques. Faut-il lâcher prise?

Le plan B

Je parlais récemment de mes craintes à une bonne amie, la fondatrice d‘un groupe de Beaucerons et Beauceronnes atteints de problèmes visuels (V.O.I.R.) et elle m’a dit que je ne dois pas laisser ma résilience de côté, que je dois continuer à me battre pour mes convictions et rêver d’un jour meilleur où nous sortirons tous la tête de l’eau. Elle m’a dit d’aller puiser dans mes forces que j’ai accumulées avec le temps, lors de ces nombreux sacrifices que j’ai dus faire au quotidien, notamment celui de ne jamais conduire ou de trouver toujours un plan B pour montrer aux gens que je suis capable de me débrouiller et d’être autonome. 

Être unis… différemment?

En bref, ce que j’ai compris de cette conversation avec cette femme, qui est d’un certain âge et aussi privée de liberté, pour un moment encore sans doute, c’est que si jamais on doit encore un peu sacrifier notre liberté actuelle, ce sera sans doute pour avoir un avenir. Il faut rester plus que jamais solidaires et entrer en contact avec les gens d’une autre manière, c’est-à-dire (encore une fois) utiliser notre imagination et notre résilience pour suivre un plan B, ce que je fais depuis un moment en ayant recommencé à écrire presque tous les jours, à appeler d’autres gens seuls, en m’entraînant avec un groupe sur le net, en m’informant d’activités culturelles comme le salon du livre virtuel ou les spectacles sur Facebook, en rencontrant des gens par vidéoconférence. Être unis… différemment! 

Et puis, finalement, est-ce qu’être jeune signifie être immortel? 

Bien sûr que non. Tous, selon moi, dans cette histoire, doivent prendre des précautions et essayer, de son mieux, de se protéger et de protéger les autres, qu’importe s’ils ont plus de 60 ans ou non… 

En bref…

Ce feu finira par s’éteindre, je le sais, on met tous du cœur dans ce projet de société. J’espère au plus profond de moi que cette résilience collective pour protéger les plus démunis teintera le futur et éveillera la conscience de plus d’un. Ensemble, sortons grandis de ce pan important de notre histoire.

Source : Unsplash

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