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Réflexion sur le consentement post-pandémie

J’aurais dû frencher : c’est le constat que je fais des dernières semaines. J’aurais dû frencher tout ce que je pouvais pendant que j’en avais l’occasion. Je regarde les choses évoluer et je me dis que ça va devenir plus compliqué, maintenant, rencontrer quelqu’un. Évidemment, je parle pour moi, mais ma notion de consentement est en train d’en prendre un coup. Jusqu’à maintenant, elle se résumait à ce que les deux partis impliqués donnent leur accord clair, libre, éclairé et enthousiaste à toutes les étapes d’une relation. Juste ça, c’était déjà pas clair pour tout le monde… j’ai hâte de voir comment je serai reçue lorsque je demanderai à mon prochain match Tinder à quand remonte son dernier échange de fluides et si lui ou quelqu’un de son entourage a présenté des symptômes de COVID-19 dans les 14 derniers jours.

Parce que oui, c’est le genre de réflexions que j’ai présentement. Y’a celles et ceux qui se présenteront (… qui se présentent déjà) en disant « J’ai eu la COVID, je suis safe », pis y’a celles et ceux qui, comme moi, seront sans cesse en train de calculer leur risque individuel et le risque de leur partenaire en se disant qu’il ne suffit plus de mettre un condom pour pratiquer du sexe sans risques. En tant qu’hétérosexuelle née dans les années 80, c’est pas mal la première fois que je suis confrontée à ça.

Un jour, bientôt, avant un vaccin, j’espère, je pourrai faire un énorme câlin à mes filleuls et à mes nièces. Cette journée-là, est-ce que je devrai avertir leurs parents si j’ai rencontré quelqu’un et que j’ai eu des rapprochements ?

Un jour, bientôt, avant un vaccin, j’espère, on pourra avoir un cercle de confiance formé de personnes qu’on peut fréquenter à moins de deux mètres de distance. Ce jour-là, à quel point aurai-je le droit de questionner ma date sur qui sont les personnes de son cercle de confiance et sur qui fréquentent ces mêmes personnes à moins de deux mètres de distance ?

Si j’ai des colocataires, est-ce qu’on doit commencer à se raconter notre vie intime et nous avertir mutuellement chaque fois qu’on est prêt à passer à l’étape suivante avec notre nouvelle personne préférée ? Si j’ai un comportement sexuel risqué, est-ce que mes colocs pourraient décider de me sacrer dehors de notre appartement parce qu’eux-mêmes ne veulent pas se mettre à risque ?

Tu me diras que je suis probablement prise dans une p’tite crise d’anxiété à la perspective de devoir finir mes jours célibataire si je veux pouvoir faire des câlins aux gens que j’aime chaque fois que j’en ai envie : tu as probablement raison. Reste que la notion de consentement va changer. Non seulement nos comportements pourront nous mettre plus ou moins à risque, mais ils pourront mettre à risque les gens qu’on aime et il faudra que chacun.e puisse donner son consentement clair, libre et éclairé sur ce qu’il et elle est prêt.e à accepter comme niveau de risque. En attendant de trouver des réponses à toutes ces questions, n’oublie pas de mettre un masque quand tu vas faire tes courses.

Source: Paweł Czerwiński (Unsplash)

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