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Je ne suis pas ce que tu m’as fait

[Avertissement de contenu : agression sexuelle]

Au moment d’écrire ces lignes, j’ai le petit cœur qui bat vite et fort. J’ai un tourbillon dans le ventre et mon sourire est parti. J’ai retardé l’écriture de mon texte jusqu’au tout dernier moment, car ça allait me replonger dans cet instant que je n’arriverai jamais à oublier, même si je le veux. Je me sens bien, je me sens mal. En plus, c’est aujourd’hui même que ça s’est passé, mais il y a 11 ans.

Je devrais me sentir mieux et je me sens mieux par rapport à ça, mais c’est gravé en moi à jamais. Un peu plus flou et un peu moins douloureux, mais certains détails restent incompréhensibles et déchirants. Je ne l’oublierai jamais. Je ne t’oublierai jamais.

Toi qui as pris mon corps.

Sans demander, sans te soucier si j’allais bien, comme si j’étais un objet sexuel t’étant destiné. Sans que je sois totalement consciente pour te repousser de toutes mes forces.

Il y a 11 ans, j’avais 16 ans. Toujours jeune et vierge avec l’idée que ma première fois serait avec un homme que j’aime. J’étais avec mon ami, j’avais un gros crush sur lui et je lui avais dit que pour ma première fois, je voulais que ça se passe comme ça. On est allé voir un show de rap pour lui faire plaisir et on a eu bien du fun. On a commencé à jaser avec les artistes, à monter sur la scène avec eux. Moi qui étais là juste pour toi, mon ami, je ne voyais pas le danger qui me guettait.

Après le show, les artistes sont venus me voir pour me demander de continuer le party chez eux. Je leur ai dit oui, si et seulement si tu pouvais venir (pour te faire plaisir, tu les aimais tellement) et ils ont accepté. J’avais acheté un chandail du groupe et ils avaient tous signé sur moi.

On est parti en char les rejoindre dans leur appartement. On avait quand même bu de l’alcool, mais j’avais encore toute ma tête. On est entrés et on a fait connaissance un peu, puis tout le monde s’est retrouvé autour de la table, brandissant un shooter, et un d’entre eux a dit « Y’a personne qui va coucher avec personne à soir ! » J’ai trouvé ça weird, mais je n’en ai pas fait de cas, car le message ne s’adressait sûrement pas à moi. On a pris le shooter et BAM… Quelque temps après, c’est flou.

Je me retrouve dans une chambre avec lui. Je comprends rien, j’ai des moments de lucidité et ça repart. Toi, mon ami, je te cherche du regard, mais tu n’es pas là. T’es où ? Viens me chercher, s’il te plait.

Lui commence à me contrôler et à me toucher, à me forcer à le toucher. C’est redevenu noir… qu’est-ce qui se passe ? Je veux m’en aller. Pourquoi j’ai plus mon pantalon et ma culotte ? Ça tourne. Je suis maintenant sur le lit, j’ai repris légèrement conscience, car ma tête cognait sur le mur à cause de ses coups de bassin en moi. Je commence à comprendre que ça va pas. J’essaie de m’en aller, mais il me retient et me dit « Chut… Ça va bien aller. » Noir total encore. Je reviens, il y a du sang dans le lit et lui a fini ses shits. Il rit, il est content. Moi, je pleure sur le bord du lit en cherchant mon ami.

On part de là-bas et tu me ramènes chez moi à 3 h du matin quand j’étais supposée revenir pour minuit. Ma mère m’attend, inquiète et fâchée de l’état dans lequel je suis. J’aimerais lui dire, mais je ne peux pas. Le lendemain, toi, mon « ami », on s’est revus et ça s’est fini là. Tu n’étais pas là pour moi et tu aurais dû l’être. Tu savais ce qui se passait. Mais je t’ai effacé de ma vie.

Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux par rapport à ça. Peu de temps après mon agression, j’en ai parlé à des amis de confiance, mais toujours avec la peur que ce soit divulgué. J’ai vu une psychologue 6 mois plus tard pour une consultation. Pour moi, c’était suffisant, car je faisais mon cheminement par moi-même. J’en ai parlé au chum que j’ai eu plus tard. Et ça m’a pris 10 ans avant de le dire à ma famille proche.

Ça a été dur. Pour moi et pour eux. Mes parents s’en voulaient et s’en veulent encore de n’avoir rien vu. Mais c’est tellement normal, car je le cachais de toutes mes forces. Et aujourd’hui, je me demande pourquoi. J’ai eu des occasions, genre à ta fête, Papa, deux jours plus tard, quand tu m’as demandé si ça allait et que je t’ai dit « Oui, je suis juste fatiguée. » Il y a quand même beaucoup de conscientisation, mais ça m’a pris 10 ans.

Et c’est totalement correct. Si toi aussi t’as vécu ça, prends le temps qu’il te faut. Va chercher de l’aide, parles-en, mais à ton rythme. Pour les proches, ne nous en voulez pas, soyez juste là lorsqu’on sera prêt. Ma vie sexuelle n’est pas gâchée à cause de toi, certes elle a été dure au début, mais je reste forte. On va toujours rester avec des séquelles, mais ça ne nous définit pas.

Avec des amis, j’ai brûlé tous les vêtements que je portais cette nuit-là. J’en ai parlé à ceux et celles que je voulais, j’ai pleuré, j’ai ragé. J’ai vécu mon deuil.

Chacun son rythme, chacun sa manière. Une chose est sûre, on ne doit pas avoir honte. Ce n’est pas de notre faute, on n’a pas couru après, personne ne mérite ça. Je t’encourage, toi qui a vécu ça, à t’ouvrir, si ce n’est pas déjà fait, auprès d’une personne de confiance. Te libérer un peu de ce fardeau. Il y a aussi des organismes pour t’aider. Fais attention à qui tu donnes ta confiance, aussi, fais attention à ton verre et sans te méfier du premier venu, reste alerte et écoute tes sens.

Soit fort.e, n’oublie pas qui tu es, fais la paix avec toi-même et ton corps. Tu n’es pas ton viol. Tu es toi. Une personne merveilleuse.

Ressources

Viol secours:
https://www.violsecours.qc.ca/
info@violsecours.qc.ca
418-522-2120

CALACS:
http://rqcalacs.qc.ca/calacs.php

Anonyme

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