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Les voies de l’enfer

Sont pavées de bonnes intentions, jusqu’à ce qu’elles entraînent la condition humaine dans les tréfonds des regards vides et creux, déshumanisés, antipathiques, l’humain devenu insensible à ce qui provoquait autrefois un élan émotionnel chez lui, privé de repères, de ses rituels; que le sens commun dont il est privé évacue aussi le sens propre de l’existence; il n’a plus d’humain que le faciès, et les mimiques apprises au cours de sa vie, il y a si longtemps, il n’y a pas si longtemps.

Hier encore, malgré le vacuum intempestif dont l’humanité se régale, dans la course effrénée de la croissance économique, celle-ci lui donnait pourtant une direction commune. Que la fin justifie les moyens, comme la Pax Romana de l’Antiquité, le système économique régit la paix sociale, legs d’une mondialisation qui assure la dépendance des nations entre elles, au profit de la compagnie, et au détriment de ses serfs qui continuent d’en assurer la pérennité, faute d’avenues différentes.

Confrontés aux failles imminentes de la marche inéluctable du progrès, alors que nombre de citoyens sont envoyés au casse-pipe pour maintenir à flot les engrenages moribonds de l’économie mondiale, alors que des citoyens improductifs sont sacrifiés sur l’autel des marchés boursiers, que devrions-nous tenter de sauver? Quelles seront nos intentions devant la voie qui s’offre à nous? S’il est vrai qu’il vaille mieux l’enfer que l’on connaît, devrions-nous jeter les derniers pavés dans la mare, ou nous résoudre à reprendre là où nous avions laissé?

Je n’ai pas de réponse, ni n’ai de solution alternative à cet inconnu qui se dévoile chaque jour un peu plus. Devant le gouffre, devons-nous continuer d’avancer comme nous l’avons fait innocemment depuis toujours, malgré les cicatrices que notre planète nous renvoie au visage depuis si longtemps? Que peut être notre avenir si l’espoir s’y ternit encore dans la vapeur toxique de l’économie de marché, quitte à y laisser la liberté se draper de l’indifférence oligarchique de notre monde déjà asservi?  

Pour un peu, j’ai encore espoir que les voies de l’enfer n’auront pas de chemin que les seules bonnes intentions, qu’elles auront été détournées en cours de route, et que ce que nous ayons entrepris depuis le début se soldera par un peu plus de douceur, un peu plus de lumière, et surtout que l’amour aura raison de notre course vers les tréfonds, pour enfin nous propulser vers quelque chose qui fera de nous un grand peuple : un grand peuple d’humains refusant de sombrer, un grand peuple vivant et rêvant ensemble.

Par Simon Guérard

Source: Pixabay

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