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Sans oui c’est non, s’il vous plait

[Avertissement de contenu : agression sexuelle]

Ça m’aura pris 29 ans avant de vraiment réaliser le sens de la phrase : « sans oui, c’est non ». Ou plutôt : « après dix non, mon oui veut sûrement encore dire non ». J’ai encore un petit goût de vomi dans la bouche en pensant à ça. En pensant que je lui faisais confiance, qu’on pouvait être des amis, après tout ce qu’on a traversé. Même après qu’on ait eu fini, ou plutôt qu’il ait eu fini, parce que, ben, moi, j’étais à moitié endormie. Même après lui avoir dit : « C’est wrong en criss, ce que tu viens de faire » pis être allée pleurer aux toilettes en regardant mon reflet sale dans le miroir, ben je me disais la fameuse phrase : « C’est de ma faute, j’avais juste à ne pas dormir chez lui. Esti de niaiseuse. » J’étais même prête à pardonner, parce que c’était moi, la « niaiseuse. » Le lendemain, je n’étais même pas fâchée. T’sais, il ne pouvait pas savoir que je n’avais pas le goût, on avait déjà eu du sexe ensemble auparavant. Ce n’est pas de sa faute. Et les jours ont passé. Et l’histoire tournait dans ma tête. Et tournait et tournait et tournait. On a arrêté de se parler pas longtemps après cette histoire parce que, ben coudonc, on ne voulait clairement pas la même chose. Ça m’a pris peut-être un mois avant de me rendre compte que mon mal-être intérieur relevait peut-être de ça. Mes faux sourires auxquels je me faisais croire dans le miroir. Mon imagination et ma créativité disparus. Qu’est-ce qui se passe avec moi ? C’est weird de se rendre compte qu’on s’est fait « agresser ». On dirait qu’écrire le mot créé un soulagement. Je comprends tous ces gens qui se sont sentis tellement mieux une fois qu’ils ont réussi à en parler. Ça fait bizarre en dedans, mais ça fait du bien en même temps. C’est comme si avec le fait de te l’avouer à toi-même, tu te sens un peu moins sale. Je suppose que c’est déjà une étape de fait dans le processus de se sentir mieux en dedans. Je ravale ma salive, et ça ne goûte pas le vomi. C’est déjà mieux. Je sais à présent que ce n’est pas moi, la niaiseuse. Je ne sais pas où je m’en irai avec ça, mais je sais une chose : je fais une colle virtuelle à toutes ces personnes qui lisent ceci et qui se croyaient niaiseuses d’avoir dit oui après dix non.

ANONYME

Source: Unsplash

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