Menu

S’habiller quand on est gros.se

En tant que femme grosse, j’ai fait le deuil depuis longtemps de vouloir acheter des vêtements éthiques, locaux ou seconde main. Je vis avec le fait que mes choix vestimentaires contribuent à appauvrir et à tuer des femmes, des enfants et des personnes racisées. Pourtant je suis une bonne personne, je fais du compost pis toute. C’est juste que l’industrie de la mode ne semble pas vouloir l’argent des gros, puisqu’elle ne nous fabrique pas de vêtements. Je suis pourtant loin d’être la seule de ma gang : de 2007 à 2009, au Canada, 68,3 % des hommes et 53,1 % des femmes avaient un poids supérieur au poids dit « normal » (je le mets entre très grands guillemets, parce que j’ai beaucoup de difficulté avec ce concept de poids « santé » ou « normal », mais c’est un autre débat). En 2013-2014, au Québec, c’est 44 % des femmes et 60,3 % des hommes qui étaient dans la même situation. C’est pratiquement une personne sur deux ; pourtant, l’offre vestimentaire demeure (très) restreinte.

S’habiller, quand on est une personne grosse, c’est une aventure, que dis-je, une épopée. Tout de suite en partant, on peut oublier les friperies, à moins de pouvoir y être tous les jours. Les quelques morceaux qui auraient pu nous faire sont achetés par des personnes au physique plus standard qui aiment le look oversized. Pouet pouet.

Ensuite, il y a toutes ces marques qui refusent de fabriquer des vêtements qui nous habillent : être associées à des personnes grosses risquerait de dévaloriser la marque (oui, paraîtrait qu’on est disgracieuses). Lorsque des marques osent se lancer, elles ne comprennent pas toutes qu’un vêtement taille plus, ce n’est PAS un vêtement médium qu’on agrandit x4. Résultat, elles abandonnent rapidement le projet en clamant « On l’a essayé, mais ça n’a pas fonctionné ! » Noooon, c’est vrai ?! Fun fact : on veut des vêtements, mais on ne veut pas tant avoir l’air de gros boudins quand on les porte. Agrandir un vêtement qui a été conçu pour un corps standard, c’est une recette gagnante pour un échec.

Il y a aussi tous ces magasins qui refusent de vendre des vêtements taille plus. Je collectionne les anecdotes de réponses de marde auxquelles j’ai eu droit lorsque j’ai osé demander si un magasin avait une section taille plus. Mes préférées : « Non, on n’en a pas, mais tu peux regarder du côté des hommes, y’a peut-être des choses qui pourraient te faire » et « Non, les marques qu’on vend ici ne font pas de grandes tailles ». Lorsque j’ai répliqué que oui, certaines marques que vous vendez ici font des grandes tailles, on m’a répondu : « Ah oui ?! Ben c’est sûr que je vais m’informer pour qu’on en tienne en magasin ! » J’attends toujours, Magasin-de-plein-air-dont-je-ne-prononcerai-pas-le-nom.

Quand on réussit à trouver, on doit pas mal toujours s’attendre à payer le plein prix. Ça ne m’est jamais arrivé de fanfaronner devant mes ami.es en disant : « Regarde ma nouvelle camisole, elle m’a coûté 8 $ ! » Les vêtements qui me font ne sont tellement pas souvent en solde que l’année dernière, j’ai décidé de budgéter mes manteaux d’hiver sur cinq ans pour arrêter d’être surprise chaque fois que je décide d’en changer.

Malgré tout, on réussit à nous faire porter le blâme de la mauvaise santé financière des entreprises qui ont pignon sur rue. Tout récemment, Reitmans ne se gênait pas pour affirmer que ses difficultés financières étaient entre autres attribuables à « […] la baisse de popularité pour les vêtements “taille plus” […] ». Pourtant, Monsieur Reitmans, je te promets qu’on n’a pas soudainement cessé de s’habiller. Oui, le commerce en ligne prend de l’importance, comme dans tous les autres secteurs du commerce au détail, mais on a encore besoin de magasins, non seulement parce que des fois, c’est le fun d’essayer avant d’acheter, mais aussi parce qu’on n’a pas toujours le luxe de prévoir nos achats deux mois à l’avance (parce que t’sais, le shipping pis toute).

Dans un avenir proche, j’aurai seulement deux magasins où je pourrai m’habiller. Alors que, je le répète, c’est pratiquement une personne sur deux qui a un poids supérieur au poids dit « normal ». Si l’offre était moins restreinte, ça me ferait sûrement moins chier de voir une taille médium se balader dans un hoodie oversized. Si l’offre était moins restreinte, je ne serais pas en train de me prendre des notes sur les entreprises étrangères qui vendent sur le web. Mais s’il n’y a qu’elles qui acceptent d’être associées à des corps comme le mien, c’est à elles que j’enverrai mon argent.

Source: Unsplash

One thought on “S’habiller quand on est gros.se

  1. Je ne te connais pas mais tu as parfaitement raison….
    Je t’appuie à 100% les magasins ont peur d’acheter des vêtements taille plus par peur de ne pas les vendre. Sté je suis une taille plus et je m’entraine et monte des mont. Mais non nous n’avons pas le droit d’être habiller comme les minces de ce monde. Ça m’ enrage tellement. Je pourrai tellement t’en parler longtemps….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre