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Au-delà de l’anxiété : ma sensibilité

Je vais toujours me souvenir du premier livre qui m’a fait pleurer. J’étais chez moi, seule dans ma chambre. J’ai tourné la dernière page et je me suis sentie envahie d’émotions si fortes que l’on aurait dit que quelque chose m’était arrivé personnellement. Mais non. Rien. Je pleurais pour des mots couchés sur une page. Je pleurais pour des gens que je ne connaissais pas. Qui n’existaient pas ailleurs que dans la tête de l’auteure. J’ai pleuré ainsi un bon dix minutes. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Ironiquement, ma première pensée ensuite fut de trouver un autre livre qui me ferait vivre des émotions aussi fortes. J’ai tellement lu cette année-là que j’ai fini par avoir besoin de lunettes. C’était incroyable comme moment, en rétrospective : se sentir si vivante couchée dans son lit tranquille avec un livre à la main. Wow.

Ma sensibilité s’est développée ensuite. Avec le temps, beaucoup de choses ont commencé à m’émouvoir. C’était de plus en plus facile pour moi de ressentir fortement des émotions pour ce que je découvrais autour de moi. Bien vite, ça ne se limitait plus seulement aux histoires dans les livres ou au cinéma, mais aussi dans les nouvelles dans les médias, dans les histoires de vie des gens autour de moi et dans ma propre réalité aussi. J’étais proche de mes émotions, pour le meilleur et pour le pire.

Pour le meilleur, parce que ça me permettait de me sentir plus vivante que jamais. Même négatives, j’aimais sentir ces émotions en moi. Ça signifiait que j’étais bien ici et maintenant et que j’étais connectée à ce que je vivais. Également parce que ça me permettait de faire preuve d’empathie envers les autres. Je tentais de voir les choses de leur perspective. Ça s’est transformé en choix d’études. Je suis convaincue que c’est ma sensibilité qui m’a amenée à étudier en criminologie.

Pour le pire, parce que ça s’est transformé aussi en hypersensibilité. J’ai développé de l’anxiété. La moindre petite chose me faisait craindre le pire. Je la vivais mille fois plus intensément qu’une autre personne. Je ne pouvais plus mettre la switch à off. La switch était complètement déréglée, en fait. J’aurais donné n’importe quoi pour me débarrasser de ce sentiment d’étouffement, d’oppression. Mais ça ne marche pas de même. Comme je l’ai dit, cette sensibilité, c’est pour le meilleur et pour le pire. Faut que tu apprennes à vivre avec. Comme une coloc qui a pris des mauvaises habitudes : tu aimerais ça qu’elle se ramasse pis fasse moins de bruit (surtout qu’elle arrive toujours au mauvais moment !), mais il y a des fois où tu es quand même contente de ne pas te sentir complètement seule.

Je refuse cependant de me définir comme une personne anxieuse. C’est juste du négatif, être anxieuse. En vrai, je suis bien plus que ça. L’anxiété, ce n’est qu’une forme d’expression de ma sensibilité. Ma sensibilité, elle, me permet de vivre ma vie à cent à l’heure. Elle me permet de la vivre en passant par toute une gamme d’émotions. Et ce n’est pas toujours forcément des émotions négatives. Elle me permet aussi de vivre des moments de joie intense, de bonheur, de paix intérieure. C’est un peu comme en amour. Aimer fort, c’est prendre la chance de se faire blesser. On ne peut haïr sans avoir réellement aimé. Alors, quand je sens l’anxiété m’envahir, même si c’est difficile, j’essaie de me rappeler que si je me sens si anxieuse aujourd’hui, c’est parce que j’ai aussi le potentiel de vivre intensément du bonheur demain.

C’est important d’aller chercher l’aide nécessaire quand on se sent complètement dépassé.es. Il y a des moyens pour s’en sortir, pour apprendre à calmer l’anxiété quand la tempête s’annonce. Ce n’est pas une faiblesse de l’esprit. Au contraire. Il y a toujours deux côtés à une médaille. Tu penseras à ça, un soir où ça feel moyen. Peut-être alors remarqueras-tu les étoiles qui brillent juste au-dessus de ta tête. Tu constateras peut-être que tu es seul.e à les voir. Pas parce que tu es atteint.e d’une grave maladie mentale qui te fait halluciner. Non. Simplement, car les autres sont trop occupé.e.s à courir. Être sensible, c’est vivre en prenant le temps de ressentir les choses. Pour le meilleur et pour le pire.

Source: Pixabay

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