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L’amour au temps du corona — Partie 3

J’ai parlé de la rencontre virtuelle, des longues heures en conversations vidéo, de l’impatience et de l’appréhension de la première rencontre. Qu’en est-il maintenant? J’avais envie d’écrire la dernière partie de cette étrange et charmante saga, et de la partager avec vous.

Les premiers instants ont été étranges, soyons honnêtes. Il est arrivé chez moi en vélo, ç’a donné un étrange « salut! » dans le cadre de porte. Il est allé dans la douche, moment pendant lequel j’ai essayé tant bien que mal de me concentrer sur un livre… Disons seulement qu’à la sortie de la douche, j’ai enfin pu toucher la personne avec qui je parlais depuis deux mois. Que je connaissais un peu quand même, mais pas sous toutes ses coutures.

L’ordre des choses était tout mélangé. Il fallait apprendre à faire doucement et lentement tout ce qu’on parlait de faire depuis un moment. Même après avoir attendu si longtemps. Apprendre quelle était la vitesse de l’autre. Apprivoiser un corps qui, jusqu’à maintenant, avait été segmenté avec l’angle d’une caméra. Apprendre à se connaître d’une autre façon, et ce, sans moment où l’on serait vraiment seuls jusqu’à ce qu’il reparte chez lui. Cette première rencontre a duré 2 semaines.

Il est resté deux semaines chez moi. Moi qui apprécie mon espace et mon indépendance; la bonne nouvelle, c’est que lui aussi. Au bout de seulement une semaine, on aurait juré qu’on se connaissait depuis bien plus longtemps. C’était une façon accélérée de connaître l’autre. Je sais maintenant que mon chum ne ferme que rarement les portes d’armoires dans la cuisine (allez savoir…) Je sais qu’il laisse le bac de compost ouvert (quand ça sent vraiment la mort, il se rappelle de le fermer, c’est déjà ça). Je sais qu’il ronfle. Tellement de petits détails insignifiants en soi, mais que j’ai découverts tous en même temps. Je sais aussi que, dans la vraie vie, il a une écoute aussi formidable que celle dont il faisait preuve à distance. Je sais qu’il fait de la nourriture incroyable. Je sais qu’il est honnête et qu’il me dit ce qu’il a sur le cœur même si, parfois, ça sonne un peu tout croche et que j’ai besoin d’une conversation pour savoir exactement ce que ça veut dire.

Notre première date a duré deux semaines. Il est parti une semaine. Il est revenu pour trois. Quand il est revenu la dernière fois, j’ai su que, franchement, à travers tout ce chaos, j’avais trouvé quelque chose de formidable. Qui l’aurait cru? Ça aurait pu mal finir. Ça aurait pu être inconfortable. Il aurait pu partir et ne jamais revenir. Ce n’est pas parfait, mais on trouve notre rythme. Ce n’est pas parfait, mais je me dis bien que le printemps 2020 a été difficile, au moins il y a eu lui. Je ne sais pas si, en d’autres circonstances, ça aurait été la même chose. Aurait-on autant parlé? Est-ce que cette connexion se serait créée? Qui sait?

Ce que je sais, c’est que mon expérience de corona love a bien fini. Comme la fin du roman L’amour au temps du choléra, lorsque les deux amoureux que toute une vie a séparés se retrouvent finalement, partent en bateau, vivent au rythme des vagues, se laissent porter…

Je suis sur mon bateau. L’histoire finit, mais je ne connais pas la destination. Le voyage, par contre, il est vraiment l’fun.

ANONYME

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