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Quand l’inattendu nous frappe

Qu’est-ce que tu veux que j’te dise.
Ça m’a frappé sans même que j’puisse l’éviter.
Sans même que j’puisse décider.
Je ne m’y attendais pas.
Comment ça aurait pu être autrement ?
Je n’étais pas disposé, mais faut croire que mon cœur, lui, l’était.

Demande-moi pas quel jour c’était ou quelle température il faisait.
Mais j’me souviens de sa chemise à pois pis même de son odeur vanillée.
Le temps s’est arrêté.
Suffisamment pour croire un instant qu’il pourrait même aller jusqu’à reculer.
J’aurais aimé voir tout ça venir.
Le calculer afin de pouvoir davantage en profiter.

Y a de ces moments qui s’entêtent à faire durer le présent.
C’est pas qu’y a des longueurs, c’est juste trop parfait pour vouloir les voir disparaître.
Ça doit être pour ces instants de bonheur que les souvenirs existent.
Si les mauvais moments pouvaient être remplacés, j’crois bien qu’ils s’élimineraient tous à la seule présence de celui-ci.

Qu’est-ce que tu veux que j’te dise.
Ça m’a frappé sans même que j’puisse l’éviter.
Elle est coupable de ses actions.
C’est ce que j’me tue à me répéter pour que je puisse déculpabiliser.

Elle était là. À quelques pieds de moi. Mais sa beauté m’a empêché toute tentative de l’approcher.
C’est elle qui s’en est chargé.
On a jasé. Et jasé. Et encore jasé. À en oublier avec qui et pourquoi on était venus.
Les sujets s’entremêlaient. Plus rien d’autre ne comptait.
Il n’y avait plus de bruits, il n’y avait plus d’images.
Et pourtant…

Puis, sitôt arrivée, elle s’en est allée. Devoir oblige, supposément, comme ça arrive trop souvent.
La frustration s’est pointée.
L’inattendu m’a frappé.
Je suis resté là, là avec mes pensées, sans avoir rien tenté.
Sans tenter de provoquer une deuxième rencontre.
Sans essayer de lui faire savoir que j’en valais plus qu’une seule.
Le genre de deuxième rencontre où on sait très bien ce qui adviendra de la suite.
Bon comme mauvais.
Tentant ou rejet.
Les spectacles se sont succédé.
Mais ma tête n’était plus dans le moment présent, elle s’est égarée.

Arrête de me demander.
J’me souviens de son ton de voix pis de son sourire enjôleur.
Mais je n’ai pu rien dire de plus quand elle est réapparue pour me saluer et me demander l’heure.
Comme si, en 2020, demander le temps comptait vraiment.
J’ai figé, je n’étais pas préparé.
Préparé pourquoi ? Peut-on l’être vraiment ?
Elle s’en est retournée.

Après deux rhums de courage, j’ai eu beau la chercher, j’ai rien trouvé d’autre qu’un gars qui est rentré chez lui bredouille.
Pourtant, je tombe rarement.
Rarement comme dans crissement pas souvent.
C’est pas moi, ça, se faire des idées avec un rien.
Et si c’était seulement ça ?
Mais elle n’était pas un rien.
J’me suis assis dans la noirceur.
Après deux rhums d’amertume, j’ai eu beau tenter de l’oublier, j’ai rien trouvé d’autre que le sommeil.

Au matin, j’ai pensé que j’allais laisser passer le temps.
Jusqu’à ce que ça m’arrive à nouveau.
Du moins, je l’espère tellement depuis longtemps.
Je ne m’y attendais pas, tellement pas.
C’est peut-être mieux ainsi, après tout.

Demande-moi pas quel jour c’était ou quelle température il faisait.
C’était un dimanche. Un dimanche de temps gris.
Disons, moins gris qu’aujourd’hui.
Je m’en rappelle trop bien.
C’était la fin du festival. Quatre jours de plaisir qui se terminaient avec un goût amer.
Comme quoi les évènements éphémères viennent parfois en paire.

Ne me demande rien.
C’est juste que j’me souviens trop bien.
Tellement bien que ça en fait plus à oublier.
Comme si seulement tenter de l’oublier, ce n’était pas déjà assez.
J’vais laisser le temps agir.
J’vais laisser passer le temps.
Comme on laisse passer quelqu’un, un jour, qu’on aurait dû arrêter.
Et prendre le temps de voir si on aimerait ne plus jamais la laisser s’en aller…

Source: Pixabay

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