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Des histoires de consentement, ou toutes les fois où je n’ai pas assez dit « non »

 

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« Quand on y pense, on a presque toutes été agressées. »

C’était la réponse d’une amie, lorsque je lui ai parlé de la première agression sexuelle que j’étais en train d’accepter d’avoir vécue, il y a presque 1 an. Dans une période de ma vie où ça n’allait pas super bien, que je buvais beaucoup et j’avais pas mal de comportements autodestructeurs. Un soir chez un ami, on avait bu beaucoup. Il était rendu tard, je suis allé me coucher sans lui, dans son lit. Quand je me suis réveillé le lendemain, je n’avais plus mes culottes et je sentais physiquement qu’il y avait eu pénétration. C’était un ami que j’ai vu souvent, avec qui je couchais parfois et d’autres fois non, en dormant dans le même lit. Cette soirée-là, je n’étais pas consentante, je dormais. Pourtant, ce qui m’a le plus marqué de cet évènement, ce n’est pas le fait d’avoir été agressée, mais bien ma réaction; je ne me sentais ni sale, ni traumatisée. Comme si c’était quelque chose de « normal ». C’est ce qui m’a poussé vers une grande réflexion/introspection, que j’essaie d’éviter depuis. Parce que j’ai peur. Parce que je ne veux pas blesser les autres. Parce que je n’étais pas prête à l’accepter.

« … on a presque toutes été agressées »

En parlant avec un ami, sur l’idée de devenir escorte, il m’avait dit quelque chose qui m’avait fait beaucoup réfléchir : « Toutes les filles que j’ai connues qui ont fait ça ont fini par perdre quelque chose en-dedans d’elles. » J’avais envisagé d’être escorte pas parce que j’aimais beaucoup le sexe, mais je le voyais comme un échange banal entre un service et de l’argent. Pendant cette période, les soirs où j’étais en manque affectif, je contactais des « casuals » pour avoir ma dose d’affection en échange de relation sexuelle. Ce n’était pas dit explicitement, mais c’était quand même comme ça que je le voyais. Rendu là, pourquoi ne pas ajouter de l’argent, pour rendre plus productif cet échange? À cet ami, je lui avais simplement répondu, « je l’ai déjà perdu, ce truc-là. » Et je me suis posé la question : « C’est quand que je l’avais vraiment perdu, ce genre de détachement à mon corps et de ma sexualité? C’est à partir de quand que le sexe est devenu plus facile que de me faire embrasser? C’est à partir de quand que le sexe est devenu plus facile que de me faire regarder dans les yeux? »

C’est avec la vague de dénonciation actuelle que j’ai compris. J’ai peur de décevoir et ne pas répondre aux attentes des autres. Et c’est là que j’ai réalisé toutes les fois où mon envie n’était pas présente et que j’ai fini par dire oui ou être tannée de dire non.

Les fois avec mes copains avec ma petite libido ou quand j’étais sur les antidépresseurs. Quand ça créait des tensions dans le couple parce que la fréquence n’était pas satisfaisante pour l’autre. Parce qu’ils se remettaient en question et moi aussi : « ça va pas? », « t’as pas envie de moi? »

Quand ils étaient déprimés/frustrés sexuellement.

Quand je me mettais un horaire mental pour satisfaire les besoins de l’autre selon ce qu’il trouvait acceptable comme fréquence, pis pour avoir un gars de bonne humeur pour quelques jours.

Quand j’ai repoussé les mains baladeuses plusieurs fois.

Quand après avoir dit non plusieurs fois, j’ai fini par dire oui, parce que je voulais dormir.

« j’ai mal à la tête… », « je connais un bon remède pour ça. »

« je risque de mal dormir ce soir… », « y’a une bonne solution pour ça. »

« je sais que t’en a envie… », pis après avoir essayé de trouver toutes les excuses du monde pour ne pas aller dans le lit avant qu’il s’endorme… « ok, mais fait ça vite. »

Pis il y a eu les autres fois, avec des fréquentations/amis…

Quand je disais clairement au début de la soirée qu’il n’y aurait pas de sexe, mais qu’avec un peu d’alcool dans le sang, ils s’essayaient quand même.

Quand je me réveillais pendant la nuit encore drunk, pis qu’on me touchait même si j’enlevais toujours les mains.
Toutes les fois où j’étais drunk et déprimée, pis que j’invitais quelqu’un à 1h du matin chez moi, en oubliant que ça pouvait être considéré comme un booty call. Pis quand ils arrivaient, pis que je voyais leurs intentions, je me sentais mal qu’ils se soient déplacés pour « rien ».

Bref, c’est ce qui explique que la fois où j’ai été agressée et que je dormais, je ne me suis pas sentie sale, ni dégoutante, parce que je me sentais déjà comme ça, bien avant cet évènement.

Aujourd’hui, je vais mieux, et c’est pour cette raison que je peux voir l’ampleur des dégâts. Il faut apprendre à normaliser le fait de donner/demander un consentement explicite. Arrêter d’essayer de convaincre ou de faire culpabiliser l’autre. Se rendre compte que nos actions et ce qu’on dit peut avoir un impact sur la décision de l’autre et teinter son consentement. Qu’être explicite ne gâche pas le mood. Que quelqu’un de drunk n’est pas dans le meilleur des états pour donner un consentement éclairé. Se questionner sur nos propres comportements problématiques. Parce qu’on a pas encore les réponses à tout, mais se questionner pis réaliser est surement une des premières étapes vers un vrai changement.

Anonyme

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