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À toi qui m’as brisée

Hashtag Me Too
Source: Unsplash

2018. C’est l’année où tout a débuté. Un peu après la vague #MeToo. Comme tout le monde, j’avais trouvé ça terrible de voir ce que ces femmes avaient vécu, mais je me disais (et j’en étais convaincue) que ce genre de choses ne m’arriverait jamais. Pas à moi.

Mais c’est arrivé.

La première fois qu’on s’est rencontrés, je revenais de mon congé de maternité. Tu étais le petit nouveau au travail. T’avais l’air ben smatt. T’étais le genre de gars charismatique à qui le monde fait confiance rapidement.

Je t’ai fait confiance rapidement.

Tu le savais, et clairement tu as cru que ça te donnait tous les droits. Le droit t’approprier mes fesses, mes seins. Le droit de glisser ta main sous ma jupe quand personne ne regardait. T’étais doué pour ça, tout faire méticuleusement sans que personne ne s’en aperçoive. Et chaque fois, j’étais figée, incapable de m’opposer à tes pulsions.

Une seule fois, j’ai réussi. Je t’ai crié d’arrêter. J’espérais tellement que quelqu’un m’entende. Que quelqu’un soit témoin de ce que tu me faisais. J’aurais tellement voulu que quelqu’un me confirme que j’étais pas folle. Mais ça t’a pas arrêté. Tu recommençais, chaque jour. Et chaque jour, j’allais travailler avec une boule dans la gorge. J’avais peur de te croiser, parce que même en t’évitant au maximum, tu trouvais toujours le moyen de me coincer quelque part. Comme si tu surveillais mes moindres gestes, mes moindres déplacements. Comme un vrai prédateur. Et chaque fois, je te sentais arriver, avec ton odeur qui me levait le cœur. Je fermais les yeux en espérant que ça passe vite et que ça me laisse pas trop de séquelles.

Un jour, j’suis tombée. L’anxiété était rendue insoutenable. Ça me pesait en dedans, j’étouffais. J’arrivais pas à passer une journée sans pleurer. J’ai dû arrêter de travailler quelques semaines. Quand je suis retournée au travail après ça, j’étais encore terrifiée, mais je me disais que cette pause aurait calmé tes ardeurs. Même pas. Même pas proche. Le pattern s’est rapidement réinstallé et, encore une fois, j’étais incapable de te tenir tête.

En tout, ça a duré onze mois. Jusqu’à ce que je décide de démissionner. J’ai pas été capable de te dénoncer, mais au moins je suis partie. C’était clairement la seule solution pour que tout ça s’arrête! Fallait que ça s’arrête ! Onze mois, c’est vraiment long t’sais. J’ai l’impression de m’être fait voler onze mois de ma vie. Onze mois à vivre avec ce nuage noir qui m’empêchait de profiter de mon quotidien, d’être mentalement présente pour mes enfants, d’apprécier les moments passés avec mes proches. Et pour ça, je t’en veux tellement! Ça me hantait, chaque seconde, chaque minute. Le pire dans tout ça, c’est que je m’en suis terriblement voulu. J’ai longtemps cru que c’était de ma faute, parce que j’avais jamais réussi à clairement te dire NON. Parce que j’avais jamais réussi à me défaire de l’emprise que tu avais sur moi.

Mais maintenant, je sais que rien de tout ça était ma faute. Que mon silence ne te donnait PAS le droit de poser ces gestes. Et que même si tu essayais souvent de me faire croire le contraire, le coupable dans tout ça, c’était toi. Juste toi.

J’aimerais dire que tout ça est derrière moi, mais à chaque fois que j’y pense, j’ai la gorge nouée et la tête pleine d’images. Des images que j’ai mis tant d’effort à essayer d’effacer de ma mémoire. On va se le dire, tu m’as brisée. Pis même si je crois que je me suis réparée pas pire, y’a encore des morceaux qui restent fragiles au quotidien. J’arrive à pu trop penser à cette période de ma vie, mais j’espère quand même secrètement que le karma existe et que la vie se chargera un jour de te faire payer pour ce que tu m’as fait à moi, mais peut-être à d’autres aussi.

Anonyme

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