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Être une « expat » dans son propre pays [partie 2]

Crédit photo : Marie Hélène Bou Nader

« […] Elle m’observait hier. Soucieuse, troublée, ma mère. Comme si elle le sentait. En fait elle se doutait, entendait […] » *

Ma mère m’a longtemps caché que, dès le premier jour de mon entrée à l’université jusqu’à celui où j’ai reçu mon diplôme, sa petite voix lui disait que sa peanut ne resterait pas si longtemps en place au Québec. Ce fut donc sans surprise pour elle lorsque je lui ai mentionné à l’hiver 2015 « Maman, je vais quitter la province et ce, pour une durée indéterminée ». Et pour être franche avec vous, la première chose qu’elle m’a dite fut : « Il était temps que tu te réveilles. »

« […] J’me demande sur ma route. Si mes parents se doutent. Que mes larmes ont coulé. Mes promesses et l’envie d’avancer […] » *

Si le fait de vivre loin a été difficile par moment, comme je vous l’ai mentionné dans la partie précédente, le retour, lui, n’a pas été de tout repos…

Lorsque je suis revenue ici pour la première fois durant le temps des fêtes 2015, il y avait déjà dans l’air ce sentiment d’être étrangère dans ma propre province, mais je n’en faisais pas de cas. Je me disais que ce ne serait qu’un sentiment passager. À la place, j’avais ce doux sentiment amer que tout ce que je vivais n’était qu’éphémère, même si les soirées me démontraient à l’époque que rien n’avait changé dans mes amitiés. J’avais ce sentiment qu’au fond, ça ne servait à rien de profiter de ces instants si bons, si doux, car de toute manière, j’allais repartir très bientôt.

À l’été 2016, je suis revenue pour les vacances d’été. Ce fut deux mois très chargés émotionnellement. J’ai vécu la perte d’une personne chère à mes yeux qui fut accompagnée d’un sentiment de culpabilité, j’ai dû gérer des traumatismes, mais surtout, j’avais de plus en plus cette dualité présente en moi : suis-je à la bonne place ici ?

En mai 2017, lors de mon retour officiel, ces sentiments ont été rapidement balayés de mon esprit au détriment de mon fort-vouloir de croire que j’avais besoin de ce retour aux sources. Je croyais réellement que je pourrais enfin m’établir et construire ma vie afin d’y réaliser tous mes projets et rêves, car, après tout, j’avais vécu les expériences que je devais vivre!

Ah! Que nous pouvons être naïfs parfois! D’ici à ce que je vous en parle plus loin, laissez-moi vous parler de ma vision de ce retour.

Quand j’ai redéposé mes bagages il y a trois ans de cela, je croyais pouvoir retrouver ma vie d’avant.

Bien évidemment, c’est sans surprise que je vous dis qu’il en est tout autre. En revenant vivre au Québec, je pensais retrouver l’endroit qu’on appelle « chez soi ». Ajoutez à cela que j’ai vécu énormément d’incompréhensions de la part de mon entourage face à mes deux départs et qu’encore aujourd’hui, il m’arrive souvent de me sentir étrangère ici.

Je pensais réellement retrouver ma vie sociale d’avant, celle où je n’avais pas toujours à demander aux gens si ça leur disait qu’on se planifie des trucs. Hélas, la réalité m’a frappé de plein fouet lors de mon retour. Les choses avaient changé, mon réseau social avait changé, mais surtout, j’avais changé.

D’un autre côté, lorsqu’on me demande ce qui m’a manqué du Québec, je vous avouerais que je ne sais jamais quoi dire, car, chaque fois, je réalise qu’il n’y avait pas tant de trucs qui m’avaient manqué (si j’exclus ma famille, mes amis.es et la proximité avec la ville).

En revanche, dire ce qui ne m’a pas manqué est beaucoup plus simple pour moi, au risque de me faire dévisager par ceux qui m’entendent et dont notre vision diffère en ce qui concerne la manière dont la province gère certaines choses. Il y a maintenant ici pour moi tellement d’irritants que je ne peux malheureusement pas les dire à qui le veut bien, car ça ne fait pas assez « québécoise », je suis rendu trop « canadienne » pour eux.

J’ai aussi souvent eu le sentiment d’imposteur de considérer que je me suis expatriée sans pour autant quitter le pays. Avec le temps, j’ai compris que je n’avais pas à ressentir un tel sentiment, car involontairement certaines manières d’agir et certaines manières de penser changent d’une province à l’autre.

En aucun cas, je ne regrette ce retour au bercail, mais les mots « m’expatrier » me hantent encore parfois, voire souvent.

Alors… naïve que je suis, qu’est-ce que je pense de ce retour trois ans plus tard?

Well, sans aucun doute, j’ai vécu ces expériences enrichissantes à fond. Mais avec le recul, plus que jamais et sans surprise pour mon entourage, j’envisage à m’expatrier à nouveau prochainement puisque je ne suis plus capable de dire « je me sens chez moi » ici au Québec.

« […] Seulement croire en ma vie. Tout ce qui m’est promis. Pourquoi, où et comment. Dans ce train qui s’éloigne. Chaque instant. […] » *

Je ne sais pas encore où la vie m’amènera sur la mappemonde (même si cela s’éclaircit de jour en jour), mais je crois qu’elle saura m’apporter ce sentiment d’être enfin à la bonne place. D’être bien où je suis et ainsi construire la vie dont je rêve de réaliser avec mes mille et un projets.

*Paroles extraites de la chanson « Je vole » de Michel Sardou, et dont j’ai fait sa découverte à peine trois jours avant mon départ pour l’Alberta

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