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Le danger du confort

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J’ai vécu une très belle enfance. Belle et confortable : maison, famille aimante, sécurité, facilité à l’école, des amis. Vie paisible et peu confrontante, pas d’ombre au tableau, pas d’histoire. Après les études, la routine du travail et les nouvelles responsabilités se sont installées si facilement, accompagnées des loisirs « normaux » des adultes. Peu de remises en question, peu de réflexions. La vie qui avance et moi qui suit. Femme normale qui ne fait pas de vagues, à ses affaires, responsable, éduquée, job steady. Un long fleuve tranquille…

J’imagine que j’aurais pu rester là-dedans encore des années, confortable dans ma prison de verre, si je n’avais pas décidé spontanément un de ces jours de sortir de ma zone de confort et d’essayer quelque chose de nouveau, « juste pour voir ». Il aura finalement suffi d’un cours d’essai de danse swing pour que j’aie la piqûre et que ça devienne rapidement en l’espace de quelques mois le centre de ma vie sociale et de mes loisirs, que ça bouleverse mon mode de vie. Ça n’a pas été de tout repos, mais ça m’a permis de vivre et de ressentir tellement d’émotions, de faire ma place, de me sentir acceptée, de me faire confiance. Ça a donné une nouvelle dimension à mon quotidien. C’était grisant, cette nouvelle forme d’expression. Une nouvelle façon de m’épanouir, une raison de me lever le matin. Mais la vie étant ce qu’elle est, si imprévisible, il a fallu m’adapter et changer de cap lorsque la danse sociale est devenue illégale, vecteur sans égal de la propagation du virus.

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Pendant le confinement, l’écriture est devenue mon exutoire, mon moyen d’expression, la façon de mettre des mots sur la tempête d’émotions, d’envies, de désirs et de déceptions qui entrent constamment dans mon cerveau en ébullition. J’avais toujours eu une certaine aisance dans l’écriture à l’école, mais jamais il ne m’était venu à l’esprit que je pouvais utiliser ce média autrement, que mes textes pouvaient être lus par qui que ce soit… Mais c’est la sensation de solitude et d’isolement qui m’ont donné envie d’amener l’écriture à un autre niveau, ou du moins à essayer de le faire. À nouveau, un simple essai qui a donné une autre couleur à mon quotidien.

Ça a été l’écriture, mais je suppose que ça aurait pu être bien d’autres choses car ce qui a changé, au fond, c’est mon attitude, c’est mon ouverture, c’est ma curiosité, mais aussi l’acceptation que je risque de me planter ou de faire des erreurs en cours de route. Une nouvelle soif de découvertes, de rencontres, de projets, de collaborations, de partage. Une vision de « ce qui pourrait être » au lieu de « ce qui est ». Le refus d’accepter seulement ce que le quotidien a à offrir, ce qui vient à moi sans effort.

Transformer les incertitudes en opportunités, en une infinité de « peut-être ». Ouvrir la porte et faire confiance… Aller chercher une meilleure connaissance de moi-même, de ce qui m’allume et me donne envie d’avancer. Une démarche globalement égoïste qui me rapproche des relations enrichissantes que je recherche. Et chaque jour, je suis aux aguets, sensible aux occasions de découvrir de nouvelles passions, de connecter avec des nouvelles personnes et de me lancer à toute allure vers de nouveaux projets.

Je suis passée de femme confortable rangée, stressée et accrochée à ses certitudes à femme mélangée qui ne sait pas de quoi sera fait demain, mais qui le voit néanmoins comme une nouvelle aventure. Et autant je vis quotidiennement dans l’incertitude, autant mes bases se solidifient, que ce soit mon identité, mes amitiés et autres relations et mes passions. Autant j’ai l’impression de faire enfin la paix avec qui je suis.

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En ce sens, je pense que les ados, les adultes de demain, devraient être encouragés à s’ouvrir à la multitude d’opportunités qui leur est offerte, à s’exposer le plus possible, à essayer. C’est quelque chose qui ne m’a pas paru prioritaire lorsque j’étais à cette étape et je constate maintenant à quel point la curiosité et l’ouverture d’esprit sont des apprentissages précieux, à un tout autre niveau que les savoirs académiques. Mes nouveaux loisirs me donnent la chance d’être en contact avec de jeunes artistes du début ou de la mi-vingtaine et je constate que la passion, la débrouillardise et la maturité émotionnelle dont certains semblent faire preuve est un bel exemple pour d’autres qui hésitent à sortir du moule et de la voie classique, ceux qui craignent d’aller voir plus loin. Car de cette façon d’appréhender la vie découle une toute autre sorte d’intelligence que j’aurais moi-même aimé commencer à développer plus tôt.

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