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Faire ses propres recherches : pas si simple

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Source: Unplash

Depuis le début de la pandémie, une frange de la population ne cesse de clamer « Faites vos recherches ! » Frange de la population, je t’en veux : je t’en veux de t’être approprié un concept qui n’a rien, mais absolument rien à voir avec la recherche. La recherche, plus spécifiquement la recherche documentaire (ou la recherche d’information), ce n’est pas un processus linéaire : il ne suffit pas de taper trois mots dans Google et de repartir avec les premiers résultats qui sortent. C’est un processus lors duquel on doit toujours se questionner, s’évaluer… douter.

Faire une recherche documentaire, ce n’est pas simple, malgré ce que plusieurs personnes croient. Je le constate chaque fois que vous venez me voir à la bibliothèque pour me dire : « Je cherche des livres ou des articles sur la Seconde Guerre mondiale, j’ai un travail à remettre dans trois jours ». Ma bibliothèque possède très exactement 5424 documents « sur la Seconde Guerre mondiale » et vous êtes rarement ravis d’entendre cette réponse.

La mi-session arrive bientôt et la deuxième vague de la pandémie nous rentre dedans, alors pour tous.tes les étudiant.e.s qui ont des travaux à remettre ou simplement pour le commun des mortels qui aura du temps pour se lancer dans la recherche d’information, pandémique ou pas, voici un aperçu de comment ça devrait se passer, une recherche documentaire.

Déterminer le travail à faire… avant de le faire

Quelle est l’ampleur du travail que je dois remettre ? De combien de temps je dispose pour le faire ? À qui ce travail s’adresse-t-il ?

Les réponses à ces questions pourraient nous éviter de pleurer devant la Madame de la bibliothèque lorsqu’elle nous annonce qu’il y a 5424 documents à consulter alors que notre travail est à remettre dans trois jours.

Cerner le sujet

Breaking news : la Seconde Guerre mondiale, ce n’est pas un sujet.

Les conditions de vie des détenu.e.s dans les camps de concentration, c’est un sujet.

Les stratégies militaires des alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est un sujet.

La propagande du IIIe Reich pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est un sujet.

La Seconde Guerre mondiale, c’est plus comme un thème : en déterminant l’angle qu’on veut aborder, on cerne notre sujet… et on s’évite de consulter 5424 documents.

Trouver une source… et l’évaluer

C’est généralement ici que la frange de la population citée plus haut échoue : toutes les sources ne se valent pas.

Le mari de la cousine de ton voisin qui a raconté que […], c’est faible, comme source.

Le vidéo YouTube d’un dude qui s’identifie uniquement par son prénom, qui laisse sous-entendre qu’il travaille peut-être dans une université, mais qui n’explicite pas sur son titre ou ses qualifications, c’est encore faible.

Un article Wikipédia, c’est mieux, mais c’est encore moyen : c’est une bonne façon de s’initier à un sujet, mais mettons que je te déconseille de citer ça dans ton mémoire de maîtrise.

L’article de 72 pages qui est cité dans le bas de l’article Wikipédia ? Là, on commence à jaser !

Chaque fois qu’on consulte une source, on doit l’analyser, la mettre en contexte et exercer son esprit critique afin de déterminer si, oui ou non, cette source est fiable et crédible. Exemple : on tombe sur un article publié en 1998 dans The Lancet (une revue scientifique très prestigieuse), par un certain Andrew Wakefield. L’étude conclut que le vaccin rougeole-oreillons-rubéole cause l’autisme. Intéressant, on décide de creuser ça. On tombe ensuite sur une série d’articles qui ont été publiés dans les années suivantes, essentiellement des scientifiques qui disent à Wakefield : « Heille dude, tu t’es trompé ici, ici et ici. Ton étude n’est pas valide et tes conclusions sont erronées ». On constate ensuite que l’étude était tellement pas valide que The Lancet a retiré l’article de sa publication en 2010 (ce qui n’arrive que très rarement dans le monde de la publication scientifique). On continue nos recherches et on constate que Wakefield a été radié de son ordre professionnel après avoir été reconnu coupable de plusieurs dizaines de fautes professionnelles. La conclusion de tout ce processus de recherche ? L’étude de Wakefield n’est pas une source fiable et crédible et on ne peut pas affirmer, à la lumière de cette étude, que les vaccins causent l’autisme.

Citer ses sources (!!!)

Grâce au travail de réflexion que tu as fait à l’étape précédente, tu es maintenant en mesure de remettre un travail étoffé et crédible. En citant tes sources correctement, tu t’assures d’obtenir tous tes points pour ta démarche (t’sais, comme au primaire, quand on avait une mauvaise réponse à une question mathématique, mais que notre prof nous accordait des points pour notre démarche ? J’étais une championne de la démarche).

Faire ses recherches, on se le cachera pas, c’est du maudit bizounage. Obstacle supplémentaire : avec la démocratisation d’internet, l’arrivée des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, on est plus généralement exposé à… ce à quoi on a déjà été exposé. Google et Facebook veulent tellement qu’on revienne vers eux qu’ils conçoivent des algorithmes qui analysent nos comportements virtuels et qui sont capables de dire : « Ok, Mylaine, elle aime ça faire des recherches sur Andrew Wakefield et le danger des vaccins, on va lui pousser du contenu en lien avec ça pour qu’elle en veuille toujours plus ! »

Lorsqu’il s’agit de trouver de l’information, le web est un outil puissant. N’oublie jamais, cependant, d’exercer ton esprit critique et de faire au moins deux clics de plus pour valider ton information… juste au cas.

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