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On finit tous par mourir

mains coeur
Source: Unsplash

comorbidité [komɔʀbidite] n. f.

ÉTYM. 1990 ; de co-, et morbidité.

Didact. Présence simultanée de plusieurs pathologies chez un même patient. Comorbidité psychiatrique.

© 2017 Dictionnaires Le Robert —Le Grand Robert de la langue française

Comorbidité, comme dans :

Il avait 72 ans, il était vieux. Cessez cet état policier, c’est juste une p’tite grippe.

Elle avait 52 ans, mais elle était diabétique. On perd tous nos jobs à cause de vos maudites niaiseries, c’est juste une p’tite grippe.

Il avait 22 ans, mais un problème de globules blancs. Rendez-nous notre liberté !

Selon plusieurs d’entre nous, ces personnes qui meurent présentement, elles ne meurent pas de la COVID : elles meurent d’avoir la COVID en même temps qu’une autre condition ou pathologie. Condition ou pathologie que nous, nous n’avons pas, idéalement.

Rationnellement, j’arrive à comprendre qu’il s’agit probablement là d’une belle dissonance cognitive destinée à nous rassurer : nous ne sommes pas en danger. Les gens qu’on aime ne sont pas en danger. Et si personne n’est en danger, je ne mérite pas qu’on bouscule toute mon existence.

Rationnellement, j’arrive à comprendre, mais je suis quand même étonnée de la vitesse à laquelle on est prêt à laisser mourir des personnes qui n’auraient pas dû mourir, là, tout de suite. La réalité, c’est que sans COVID, toutes ces personnes seraient probablement encore en vie. Pour rappel, quand le père de Gregory Charles, 77 ans, est décédé après s’être fait renverser par une déneigeuse, personne n’a supposé qu’il était peut-être mort de vieillesse. Non, tout le monde s’accordait pour dire qu’il était mort d’avoir été renversé par une déneigeuse. Surtout, personne n’a ajouté « oui, mais… », en laissant croire que de toute façon, c’était un mort en sursis, fait que t’sais, déneigeuse ou vieillesse, on s’obstinera pas pour des détails…

Je suis quand même étonnée de la vitesse à laquelle on est prêts à laisser mourir des personnes qui n’auraient pas dû mourir et je suis étonnée du peu d’empathie et du peu de solidarité dont on fait preuve. Je me demande jusqu’où on serait prêt à aller, jusqu’où on repousserait la ligne. J’ai lu des expressions comme « sélection naturelle » ou « les faibles ». Faut quand même avoir une sacrée confiance en son bagage génétique pour affirmer que nous, on ne risque pas de se faire faire une jambette par un virus ou une cellule dysfonctionnelle alors que rien ne nous prédisposait à avoir des complications ou à obtenir un diagnostic. Nos habitudes de vie sont un facteur très important de notre santé globale, mais manger du kale et faire 10 000 pas par jour n’a jamais été une garantie de ne pas développer un cancer ; y’a un grand bout sur lequel on n’a pas de contrôle, malgré ce qu’on aimerait croire.

On finit tous par mourir, mais la mort n’est pas le pire des scénarios. Le pire des scénarios, c’est que quelqu’un ait à vivre l’une des plus grosses épreuves de sa vie, ou que quelqu’un ait à vivre avec des séquelles permanentes, et que quelqu’un d’autre se permette de banaliser la situation en disant : « Oui, mais […] ». Le pire des scénarios, c’est que ce quelqu’un… soit quelqu’un que tu aimes.

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