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Se battre contre soi-même

coeurs puzzle
Source: Pixabay

Voilà. C’est fait. Tu n’y peux plus rien.

Pour la première fois de ta vie, tu découvres les sentiments qui se bousculent, le cœur qui chavire, les mots qui manquent. Les émotions qui grimpent jusqu’à t’étouffer, du moins jusqu’à ce que tu peines à respirer.

Juste avant qu’il claque la porte, les mots ont dépassé ta pensée. Tu ne sais pas encore pourquoi tu lui as dit tout ça, mais c’était sans doute parce que t’avais suffisamment accumulé.

Du moins, c’est ce que tu tentes de te faire croire.

La pire chose qui puisse t’arriver, c’est d’en vouloir à quelqu’un que t’as tant aimé. Ça, c’était bien avant que tu découvres que cette personne contre qui tu avais gardé toute cette rancœur pendant tout ce temps, c’était toi.

Tu le sais trop bien que t’as tes torts, mais ce maudit orgueil-là se pointe chaque fois que tu veux livrer le fond de ta pensée, de tes idées. T’avais pourtant rien à lui reprocher.

Le mal est fait. La maison, vidée. Pendant que tu entends le camion s’éloigner, te voilà seule avec toi-même. Seule avec la culpabilité.

En tentant de retrouver ton calme pour ralentir cette surcharge d’émotions qui dormait depuis longtemps, t’aurais jamais cru que l’endroit le plus difficile à atteindre serait l’intérieur de toi.

Tu te mets à parler fort, à crier tout bas. Tu jettes les sentiments qui t’habitent sur le premier papier qui te passe par la main.

Si l’on pouvait parler comme on écrit, aussi.

Malheureusement, alors qu’on prend le temps de peser chacun des mots lorsqu’on doit les mettre sur une feuille blanche, quitte à les effacer et à recommencer, quand on est l’un en face de l’autre, avec la tension palpable et le ton qui grimpe, ces mêmes idées prennent souvent la voie rapide avec 2 roues dans la garnotte. Les yeux dans les yeux, c’est impossible quand la langue se délie, laissant partir ces paroles qu’on aimerait aussitôt rattraper avant que l’autre puisse les écouter.

Ce serait si simple de toujours arriver à se parler doucement, le cœur dans une douillette. Chuchoter en pesant chaque mot, de sorte que même les plus lourds soient perçus comme étant légers. Doucement, comme quand sa voix te saluait quand il te regardait dans vos plus beaux moments. Légèrement, comme lorsque ses yeux te regardaient d’une façon qui faisait que les mots suivants n’avaient plus aucune importance.

Ton cœur brisé qui te sert maintenant d’endroit où t’abriter et où tu jures que tu ne laisseras pas entrer qui le voudra bien. Ton âme qui te sert de toit pour te couvrir et te protéger ne sera jamais trop grande pour te camoufler. Te protéger des bonheurs qui risqueraient de finir en malheurs, en peine et en souffrance. Non merci, t’as assez donné. Il est grand temps de rapiécer ton estime de toi et de ramener un peu de chaleur dans les moindres recoins des pièces de ton p’tit cœur.

Tu veux prendre le temps, mais prendre le temps sera-t-il suffisant ?

Te regarder en pleine face et évaluer par où commencer.

Tu dois la reconstruire, cette maison en plus de celle qui gère tes émotions.

Y a de ces moments où il n’est plus nécessaire — et où il est même complètement inutile — de chercher à trouver qui l’a construite, ou du moins, ce qu’elle est devenue avec tous ses vices parfois trop bien cachés. Tellement cachés que même toi, tu les découvres à l’instant. Toi qui croyais bien te connaître. Mais elle est bâtie et rien ne sert de trop s’acharner. Elle a du vécu et des imperfections, mais rien pour la démolir complètement, car les fondations sont encore bonnes et solides. Plus solides que tu ne pourrais l’imaginer. T’es faite forte, tu sais ?

Plusieurs y sont passés et ont laissé des traces. Certaines qui ne paraissent plus, d’autres qui ne partiront jamais. Demande-toi : « Par où commence-t-on ? Qu’est-ce qui urge ? » Y a des défauts pires que d’autres, non ?

Sors de ton corps. Vois qui tu es. Agis en conséquence. T’es pas un Airbnb qui doit plaire au premier arrivé, premier servi.

On s’réveille un matin. On feel croche. Un désappointement insistant. Une boule sur l’estomac en permanence. Avant même que tu ne te fasses croire que cette douleur sera là éternellement, elle disparaîtra. Il est grand temps d’être quelque peu égoïste. Tu prends soin des autres, tu as toujours l’oreille attentive pour tout le monde. Et toi, comment tu te sens ? Prends le temps de te demander comment tu vas. Occupe-toi de toi.

L’amertume est maintenant à son comble entre une odeur de chandelle parfumée trop longue à consumer et un sapin de Noël vide, ses décos gisant à son pied, encore dans leurs sacs, ne demandant qu’à vivre parmi lui. T’as pas l’énergie, tu crains la nostalgie.

Tu ne le sais pas encore, mais t’as de la chance.

On est notre pire ennemi. Te battre contre toi-même, c’est te battre contre quelqu’un que tu sous-estimes. Un adversaire redoutable et sans merci qui te gardera son coup le plus vicieux pour moment où tu t’y attendras le moins.

Mais t’en as vu d’autres.

T’as perdu ce duel, mais t’en fais pas, y a un combat revanche où ton nom est la tête d’affiche. Je prédis un K.O. au premier round. T’as affronté de bien pires adversaires, tu sais, et t’as déjà un avantage : tu connais ses pires défauts, c’est contre toi que tu te bats. Tires-en profit. J’ai confiance. La ceinture de champion qui t’attend a le plus beau des visages, celui de l’amour.

Les sentiments qui se bousculent. Le cœur qui chavire. Les mots qui manquent. Les émotions qui grimpent jusqu’à t’étouffer, maintenant, tu les connais.

Puis la prochaine fois que le bonheur, celui tant attendu, celui que tu n’attendais plus, reviendra s’installer chez toi, lorsque les vents, les nuages gris et la tempête s’amèneront, t’être occupé de toi pendant tout ce temps calmera l’allure des mots que tu entendras. Ça stabilisera le cœur. Ça apaisera ton esprit. Les bons mots sortiront et en réunissant toutes ces conditions, les émotions peuvent bien continuer de grimper autant qu’elles le voudront, elles ne pourront pas, cette fois-là, venir à bout de vous, à bout de toi.

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