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Confinement hivernal en solo


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Il doit être 21 h. Non, seulement 18 h 45.

J’écouterai mon cours en ligne demain. Ah non, on est déjà mercredi, c’est pour ce soir. Shit.

J’ai perdu la notion du temps.

Je ne vois plus personne, ne sors plus de chez nous.

Quand le confinement a commencé, au printemps dernier, je me disais que l’impact aurait été moindre s’il avait débuté au cœur de l’hiver : moins de tentation de sortir qu’après l’encabanage hivernal.

Maintenant que je vis en zone rouge, à cette période de l’année où le soleil préfère l’hémisphère sud, je ne suis plus du tout du même avis.

***

Le célibat en hiver entraîne chez moi (et je crois ne pas être la seule) un sentiment de solitude plus présent qu’en plein mois de juillet. Chaque logis se referme sur lui-même; c’est le moment du cocooning familial. Ce n’est pas de mauvaise foi, seulement la routine et le confort de la maison, qui sont plus difficiles à quitter que lors des premières belles journées de l’été.

Les moments de sortie se font plus rares, moins spontanés. Un souper d’ami.e.s vient parfois briser la monotonie. Une journée de fin de semaine est réservée pour pratiquer quelconque activité extérieure. Un verre est pris avec un.e inconnu.e un jeudi soir pour tenter de briser le célibat et de se créer notre propre bulle d’amour.

Ça, c’était au temps où les restaurants étaient ouverts, où l’on pouvait faire de nouvelles rencontres sans craindre de se faire transmettre un virus qui pourrait tuer notre grand-mère et où l’on pouvait manger de la fondue avec notre gang sans arrière-pensées.

Mais maintenant, il y a la COVID-19 et toutes les restrictions instaurées.

Si aller s’étendre au soleil en solo était une activité en soi lors des journées chaudes, aller marcher à -25 semble un peu moins attirant. On reste donc chez soi, à parler à nos plantes pour qu’elles poussent plus vite ou à téléphoner à toute notre liste de contacts pour parler de la nouvelle recette testée durant la fin de semaine ou de la dernière émission de District 31.

Encore là, c’est une bonne journée dans ce cas-là.

Aller faire des devoirs au café du coin, même en solitaire, aidait à briser la morosité. Voir des gens vaquer à leurs occupations, parler avec le caissier, écouter subtilement — ou non — la conversation de la table d’à-côté… Ça peut paraître banal, mais ça faisait du bien à l’âme. On aura beau dire ce qu’on voudra, l’humain reste un être social.

Alors quand on se fait ôter le peu de sorties que l’on avait, on respecte les consignes, mais ne soyez pas surpris.e de voir notre côté grognon prendre le dessus plus souvent qu’autrement. Parce que bien sûr, les problèmes de sommeil sont aussi au rendez-vous. Quoi de mieux pour améliorer le moral?

Il y a aussi le motton qui vient s’installer en permanence dans le fond de nos gorges devant un party dans une série télé, la babine qui tremble devant notre souvenir Facebook du spectacle de musique de l’an passé ou les montées de lait sans raison quelques jours après être retombé.e sur notre passeport par hasard.

Si être seul.e a ses avantages, lorsqu’imposée, la solitude peut revêtir alors des allures pas mal moins glorieuses.

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Il doit être 21 h. Non, seulement 18 h 45.

Ah pis de la marde, je vais me coucher pareil. Demain matin, je me réveillerai peut-être et tout ça sera terminé.

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