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Je me suis relevée


Crédit photo : Marine Fortel

L’eau brûlante coule sur mon corps depuis plusieurs dizaines de minutes. Elle cache les larmes silencieuses ruisselant sur mon visage de manière incontrôlable.

J’ai honte. J’ai mal. 

Assise au fond de la baignoire, c’est un film d’horreur qui tourne en boucle dans ma tête. Je voudrais pouvoir éteindre mon cerveau.

Oublier. Je veux oublier.

Les yeux ouverts, les yeux fermés, ces images restent en arrière-plan dans ma tête. Elles sont implantées, je n’ai aucun moyen de penser à autre chose.

J’ai la nausée. Je vais vomir. 

J’ai peine à contrôler ma respiration. Mon cœur bat à tout rompre. Mon corps entier frissonne de dégoût. Il n’y a rien à faire, je continue de sentir tes mains qui tentent de se promener sur mon corps et de pénétrer sous mes vêtements. Je sens encore ton membre en érection que tu balades dans mon dos malgré que je te supplie d’arrêter. Je t’entends encore te masturber à côté de moi. Je continue de sentir l’emprise de ta main qui retient le derrière de ma tête, ta bouche qui force la mienne à y rester collée.

J’ai peine à respirer. Je suis incapable de bouger. 

Je te repoussais encore et encore, mais en vain. Le ton de ta voix augmentait, tes mains se serraient sur moi de plus en plus. La peur m’avait envahie.

Comment pouvais-je me sortir de cet enfer? Comment est-ce que j’avais pu me retrouver dans cette situation?

Assise au fond de ma baignoire, je n’arrive pas à en sortir. Jamais je ne serai décrassée de tes impuretés.

Je me répugne. Je suis de glace.

Tout est de ma faute, j’en suis convaincue. Je m’en veux. Je n’aurais pas dû accepter de venir chez toi. Je n’aurais pas dû apprécier quand tu m’as embrassée au bord du fleuve. Je croyais être bien habillée, aucun décolleté. J’aurais dû m’habiller autrement, mettre un coton ouaté, me démaquiller. Ne pas me coiffer. J’aurais dû refuser d’écouter la télévision ailleurs qu’au salon. Je croyais avoir été claire en disant que qu’il ne se passerait rien, mais j’aurais dû l’être plus. J’aurais dû me lever du lit et quitter dès que tu as débuté tes attouchements. J’aurais dû crier, me sauver.

J’étais paralysée. J’étais pétrifiée.

Ce soir-là, tu as laissé ta marque. Une marque impossible à effacer. Ce soir-là, tu as fait mourir une partie de moi, un partie impossible à ressusciter. Sans permission, tu m’as brisée. Sans permission, tu m’as touchée. Sans ma permission, tu n’en avais pas le droit.
Tu n’avais aucun droit. Tu m‘as volé une partie de moi.

Je dois trouver le courage de me relever, le courage d’avancer. Je dois maintenant me relever du fond de la baignoire, mettre un pied devant l’autre et m’évader. Tu m’as piégée, je dois me relever, cesser de me blâmer. Je pars retrouver cette partie de moi que tu as assassinée, cette partie de moi que je dois recréer. Je vais défier tout ce que tu m’as fait endurer.

Tu as échoué. Je me suis relevée. 

Par Frédérique Chavanel-Deschênes

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