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La force

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Source: Unsplash

Je ne suis plus forte. Je n’ai plus la résilience d’une enfant. J’ai de la misère avec l’acceptation. Je n’encaisse plus les cailloux que la vie m’envoie avec sérénité et sourire. Je ne suis pas capable de dire que je vais bien et je pleure plus souvent qu’à mon tour. Je manque de reconnaissance, d’attention, d’authenticité et de concentration. J’ai du travail à faire sur moi-même. Et pour toutes les raisons qui ont fait de cette année une des pires de ma vie, je ne suis plus forte.

C’est un discours que je me suis répété souvent dernièrement. Mais force est d’admettre que c’est un mensonge. Parce que j’avais tort sur ce que c’était, la force. Je la voyais comme la capacité à rebondir sur ses pieds et à gérer les événements avec brio, alors qu’en fait, c’est surtout la capacité à ne rien faire et à rester droit.e.

Je m’explique : quand une série d’événement te donne l’impression de vivre un mauvais rêve, tu passes en mode solution. Comment faire pour te réveiller ? À qui parler ? Quelles actions poser ? Mais parfois, il n’y a absolument rien à faire d’autre que faire face à la réalité. Dans mon cas, je me ferai opérer et j’ai perdu des connexions. Même si je change de médecin, même si je m’en veux, ça ne va m’apporter absolument rien. Et même si j’essaye, accepter et baisser les bras, c’est extrêmement difficile. J’aimerais dire que ça ne m’ébranle pas, que je ferai toujours la meilleure chose en temps venu, mais c’est faux. Est-ce que ça veut dire que je manque de force ?

Chaque matin, je me lève et je fais jouer « I am alive » de Céline Dion en chantant comme si ma salle de bain n’avait rien à envier à l’acoustique du centre Bell. Je remarque que des boucles rouges ornent les branches des arbres du boisé derrière chez moi et je trouve l’attention tellement mignonne, peu importe qui les a installées. Je continue de me plaire à croire que dans les grandes montagnes se cachent les petites fées des contes de notre enfance et qu’en s’arrêtant pour regarder l’eau ruisseler, on peut rapporter un peu de la magie qu’on a perdue en grandissant. Je continue de crier « C’est le golden hour ! » quand le soleil vire au rose et rend l’ambiance dorée et chaleureuse, parce que oui, je trouve réconfort et apaisement dans un soleil qui se couche sur une fin d’après-midi. Je m’endors en pensant aux vignobles du sud de l’Italie que je visiterai l’été prochain, dans ce voyage que je suis en train d’organiser à la vue de la fin imminente de cette pandémie.

Et ça, toutes ces actions que je continue de faire, même quand ça ne va plus du tout, c’est de la force. C’est ma force. C’est ce que personne ne peut m’enlever. On a tous des petits trucs qui font de nous qui on est et qui n’ont aucun lien avec les facteurs extérieurs. C’est ta force. Continue de les faire. Continue de voir le verre à moitié plein et de faire jouer tes chansons préférées. Ta capacité à continuer d’être toi dans les détails et à garder un équilibre, c’est ça, la force. Ce n’est pas la réaction : c’est l’inaction.

Alors oui, je suis forte. Tout comme toi. N’en doute jamais.

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