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Les confinés que nous sommes

soleil à travers arbres
Source: Patrick Laperrière

Depuis le 9 janvier, on est confinés strictement.

Définition de strict : « Qui ne tolère aucun relâchement, aucune négligence. »

Ça a l’avantage d’être clair.

Comme dans Breakfast Club, mais sans dissertation à faire. Une belle leçon à retenir, des gens de divers milieux, à boute,  avec des personnalités différentes et qui décident de s’unir.

Le mot « strict » me rappelle mon enfance, particulièrement Lucille, ma prof de 3e année, et ma mère quand j’étais pas du monde.

Mais encore là, y avait pas mort d’homme, on est tous passé par là, parents stricts ou pas.

Depuis le 9 janvier, il n’est plus permis de sortir entre 20 h et 5 h, à moins que ce soit essentiel ou que t’aies un chien.

Mais si on regardait ce qu’il nous reste ? Ce qui nous est permis. Pis ça, y en reste pas mal.

Je comprends qu’on trouve ça dur. Je comprends qu’on trouve ça long. Je comprends qu’on fait des efforts qui ne donnent pas les résultats escomptés jusqu’à maintenant.

Mais depuis mars, j’aime mieux voir le verre d’alcool à moitié plein qu’à moitié vide. Pis quand il sera vide, on le remplira et ça nous donnera une raison supplémentaire de ne plus sortir après 20 h.

J’ai envie de penser à ceux qui n’en peuvent plus de subir cette autre tentative d’éliminer cette foutue COVID une bonne fois pour toutes.

Mais j’ai surtout envie de me joindre à ceux qui ne pourront pas sortir durant cette période, comme nous, mais qui ne pouvaient pas sortir non plus entre 5 h 01 du matin et 19 h 59.

Ces personnes-là, vous en connaissez tous au moins une.

Ces gens-là, je suis avec eux. Nous, on peut encore faire une multitude de choses, t’sais.

L’épicerie avant 20 h au moins une fois semaine. Parce que si c’est ce qui te brime, faut revoir ton horaire.

On peut se taper quand même une boîte de Passion Flakie Pomme-Framboise en regardant les 10 saisons de Friends une après l’autre et trouver que ça fitte pas pantoute quand Monica et Chandler se marient, mais que c’est encore pire pour le « couple » Joey et Rachel. Ça marche juste pas.

Tu peux continuer de juger les pubs de Audible où le gars se marie avec une oreille géante pis trouver que la mère de famille qui crie dans celle de Skip est énervante. T’as encore ce privilège-là.

Les candidats de Star Académie et de Big Brother Célébrités que tu pourras écouter et qui vont bientôt te faire comprendre à quel point c’est pénible d’être confiné  (mais pour eux, c’est volontaire).

Tu peux continuer de juger tes collègues qui gèrent toujours pas Zoom après 10 mois. Tu peux aussi t’offrir pour voir avec eux ce qu’ils comprennent pas.

Tu peux être soulagé que les écoles primaires continuent les classes, même avec des masques.

Tu peux te sentir étouffé, prisonnier, écœuré. T’as le droit aussi, tu sais.

Tu peux te faire venir du resto. Aussi souvent que le mois d’avant.

Tu peux ressentir le besoin de prendre l’air, de changer d’air, sdavoir un air de bœuf, de pomper l’air, de trouver qu’il y a de plus en plus souvent de l’orage dans l’air à la maison et même d’y remédier.

Tu peux aller au Jean Coutu deux fois dans la journée. La première fois pour décompresser, la deuxième juste parce que t’as pas d’autre place où aller.

Tu peux skier, glisser, patiner, marcher, te toucher, courir, réfléchir, car tout ça, personne ne te l’enlèvera.

Tu peux manger quand tu veux ou encore t’ouvrir une bière dès que 16 h arrive. Mais aussi à 10 h, 13 h et 15 h. Mais fais attention si ça arrive trop souvent à 10 h.

On a une belle tendance à l’adaptation. Ç’a été parfois difficile, mais on y est arrivé. Quand on est passé de 7 chiffres à 10 chiffres au numéro de téléphone après s’être fait ajouter le 418.

Quand on s’est fait interdire le cellulaire au volant.

Quand Boom Desjardins s’est fait couper les cheveux.

Quand Brad et Jen se sont séparés.

Quand ton meilleur couple d’amis l’a fait aussi pis que c’est devenu compliqué de prévoir des soupers d’amis.

Quand les magasins Target sont partis. Ouin, non, ça c’est pas un bon exemple.

Après 20 h, nos p’tits malheurs vont continuer à être là, eux, pis on est quand même pas dans un remake de La vita è bella.

Des p’tits malheurs comm ceux qui étaient là avant et qui ont été créés pendant, y en aura d’autres à partir de maintenant, loin de ceux qu’on avait quand on avait 8 ans et que le pire qui pouvait survenir, c’était que notre bas se ramasse à mi-pied dans le fond de notre botte. Ça, c’était un vrai malheur. Le monde est rempli d’imperfections. Mais un couvre-feu de 20 h à 5 h ? J’pense pas qu’on peut aller jusque là.

Suffit de ne pas vouloir perdre quelqu’un qu’on aime pour comprendre ça.

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