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Tomber en amour

vélo crépuscule
Source: Unsplash

Je déteste tomber en amour. Cependant, j’adore être en amour.

C’est la partie « tomber » qui ne me plaît pas. Je n’ai jamais appris à tomber avec grâce. Je ne perds pas pied délicatement avant de me relever et de poursuivre ma route. Je n’ai jamais appris quelle était la prochaine étape après la chute. Je regarde furtivement autour en m’assurant que personne ne m’a vue m’écrouler et je prie pour que mon égo ait moins souffert que mes genoux.

J’ai peur de glisser sur un amour de février. Un amour de glace dans les rues. Un amour de Saint-Valentin qui te fait avancer à pas de pingouins, avec prudence et attention. Celui qui, peu importe tes efforts, te laisse tomber sur cette patinoire chancelante qu’est le plein cœur de l’hiver.

J’ai peur de tomber pour la douceur d’un amour de septembre. Celui qui t’enveloppe dans sa mélancolie de tartes aux pommes et de soirées cinéma. Celui qui te laisse glisser vers le froid de l’automne et qui te laisse te blesser quand arrivent les premiers flocons. Le genre d’amour que tu ne comprendras pas totalement, parce qu’il ne te réchauffe pas le cœur comme le soleil cuisant de juillet. Il est plus doux et moins frivole. Il ne crie pas l’aventure des fins de soirées estivales.

Chaque amour te fait tomber différemment. J’ai mis du temps à le comprendre. J’avais mon idéal : un début de juin. L’excitation de l’été. De l’espoir, des rires et de la douceur. Le retour des soirées sur la terrasse et des couleurs dorées.

Chaque chute qui ne lui correspondait pas n’en valait pas la peine. Je refuse de tomber. J’ai peur de tomber. Parce que tout ce qui tombe se brise… Et je ne veux pas briser ce qui goûte les premières crèmes glacées de juin.

Je m’accroche au froid de février, je valse sur la glace. Je me laisse réconforter par les dernières belles journées d’automne, et je cherche sans relâche le jour où l’amour sera aussi rafraîchissant qu’une rivière au clair de lune. J’adore l’idée d’un été rempli à craquer des souvenirs les plus fous, sans vouloir passer par tous les mois qui m’y mèneront. Je les regarde de haut en les comparant à mon idéal et en rejetant chaque journée s’éloignant de la perfection, de ma perfection.

Et si chaque mois de l’année avait quelque chose à offrir ? Et si juin n’était pas le but ultime, mais plutôt une illusion romancée de l’idée d’être en amour ? Et si chaque personne me faisant tomber avait sa place et sa valeur ? Perdre l’équilibre ne veut pas dire que je vais me blesser.

À attendre juin, est-ce que je passe à côté des plus belles tempêtes de neige et de la magie de Noël ?

Tu as été mon octobre. Nostalgique, épeurant, incompris et malaimé. Le mois qu’on voudrait voir passer plus vite. Celui qui mène à plus et qu’on ne prend pas le temps d’apprécier à sa juste valeur. On vide une citrouille en espérant que ce soit suffisant. Je ne me serais certainement pas vidé le cœur pour un amour de grisaille.

Aujourd’hui, janvier s’est installé. L’année recommence. La danse des saisons aussi. Combien d’échecs sentimentaux vivrais-je avant la fin de cette valse ?

Janvier s’est installé, et je ne m’ennuie plus de juin. Je ne compte pas à rebours les nuits avant de retrouver la chaleur qui roussira mes joues. Je m’ennuie de mon octobre, celui que je n’ai pas su aimer. Je m’ennuie de ne pas avoir été en mesure de tomber quand j’aurais dû fermer les yeux et me laisser emporter, comme le vent a emporté les feuilles des arbres.

Elles sont toutes tombées, elles. Elles ont été plus braves que moi. Plus élégantes que moi. Elles ont sauté de leurs branches sans se questionner. Et pourtant, elles savent qu’elles renaîtront au printemps prochain. Elles n’ont pas eu peur de se blesser.

Janvier s’est installé. Février le fera à son tour. Je ne pourrai jamais empêcher les mois de filer ni remonter le temps. Je ne peux que regarder en avant en me promettant d’accepter de me laisser porter par le prochain coup de vent. Il me mènera en avril si ça lui chante. Rendu là, je saurai apprécier la beauté des fleurs naissantes sans les comparer à ce qu’elles deviendront une fois l’été entamé.

Finalement, même octobre goûtait la crème glacée.

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