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La fois où le capitalisme a mangé le self-care


Source : Unsplash

Si je parle de self-care, terme anglais qui signifie prendre soin de soi, notre imagination divague immanquablement vers l’image américanisée de la femme dans son bain rempli de bulles, avec des rondelles de concombres sur les yeux, de la boue sur les joues et une chandelle dansante dans toute son agressivité à la vanille. Le parfum te chatouille le fond des poumons et pourtant, ça y est : tu prends soin de toi.  

Mais quand le bain sera trop chaud, que la sueur coulera dans ton dos, que la mousse aura disparu et que la cire de ta chandelle aura fondu, qu’arrivera-t-il? Tu vas t’emmitoufler dans ta serviette et retourner à ta vie habituelle, à cause de laquelle tu avais besoin d’un bain aux allures de Pinterest pour oublier. 

Bien que se dorloter soit agréable, le self-care n’a pas besoin de passer par l’achat d’une pinte de crème glacée et d’un masque pour le visage. Parfois, prendre soin de soi, c’est laid, c’est même très laid.

C’est pleurer dans son bain, parce qu’on confronte ses traumas et ses plus grandes peurs ou parce qu’on est épuisé.es de sortir de sa zone de confort, mais qu’on sait que la magie n’opère pas dans la routine. C’est apprendre à se comprendre et décider de briser ses cycles malsains pour être une meilleure version de soi-même. 

C’est se motiver à s’entraîner et  à courir un kilomètre de plus juste pour crier qu’on y est arrivé.e. 

C’est apprendre à cuisiner une nouvelle recette et sortir du lit le matin, malgré une pandémie ou un cœur brisé. 

C’est appeler sa thérapeute et prendre rendez-vous, en s’avouant avoir besoin d’aide. C’est sortir de la rencontre l’estomac à l’envers, mais fier.e d’avoir fait un pas de plus vers un monde sans anxiété. 

C’est manger un biscuit en voyant toutes les publicités qui nous conseillent une énième saveur de barre tendre censée réduire le tour de taille. C’est combattre les opinions extérieures qui nous chuchotent comment vivre notre vie pour répondre à des attentes qui ne sont pas les nôtres. 

C’est s’endormir rempli.e de tristesse et de questionnements, en sachant qu’on a pris la bonne décision, mais que ça ne la rend pas moins difficile à assumer, ni à passer au travers. C’est résister à la tentation de retourner dans des relations qui nous ont blessé.es pour combler un sentiment de solitude. C’est fermer la lumière et avoir espoir que le meilleur est à venir et que tout est temporaire. 

Ce sont des actions qui amènent l’inconfort. Ça semble contre-productif d’aller à la rencontre du malaise dans le but de prendre soin de soi mais, à long terme, quand le cheminement sera fait, les bénéfices seront grands et durables. Beaucoup plus durables que la crème glacée qui aura fondu en dix minutes et la chandelle qui ne sera que cire dans quelques heures. 

Je ne dis pas que déconnecter momentanément ne peut pas s’inscrire dans une routine bien-être, je dis surtout que le self-care n’a pas à passer par la consommation de produits inutiles qui te dorlotent, laissant l’illusion que tu prends soin de ta personne, alors que ce n’est qu’un outil marketing.

Prendre soin de soi, c’est travailler d’arrache-pied pour bâtir une vie dans laquelle tu ne ressens pas le besoin pressant de t’évader à la lueur d’une chandelle. Et ça, ça n’a pas de prix. Tu te remercieras de l’avoir fait. 

Et si, en bout de ligne, les multinationales perdent quelques dollars parce que tu achètes moins de bain moussant, tant mieux. Bats-toi contre le capitalisme, appelle ta psy.

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