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Être à nouveau bien ensemble

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Source: Pixabay

Tu fais quoi, toi, de tes soirées, hein ?

 

Moi, y a le sport à la télé qui me divertit. Parfois en après-midi les week-ends, parfois en soirée la semaine. 

 

Comme ce samedi il y a de ça quelques semaines où le Canadien a joué à 13 h.

 

En temps normal (lire : « si y avait pas l’esti d’COVID »), j’aurais été content qu’ils « jouzent » en après-midi, car ça m’aurait permis de sortir un samedi soir sans devoir désactiver les notifs de RDS sur mon cell pour ne pas me faire spoiler le pointage final et pouvoir le regarder en pleine nuit en revenant de veiller, assis en indien sur mon divan, en mangeant un ramen dans lequel j’aurais mis beaucoup trop d’eau dans un élan d’affamé post-brosse. 

 

Ça, c’est la vie. Celle d’avant du moins.

 

Pis quand j’dis « veiller », j’veux pas nécessairement dire me défoncer en finissant la soirée dans un endroit louche et inconnu à tirer du gun à plombs sur des Tupperwares pis me réveiller en cuillère avec le linge de quelqu’un d’autre sur le dos, les culottes aux genoux.

 

Non non. 

 

J’veux seulement dire prendre l’apéro relaxe vers 16 h, me préparer tranquillement en écoutant ma playlist qui va de Frank Sinatra à Dominique Fils-Aimé en passant par Bad Bunny pis les Rita Mitsouko.

 

Je sais que j’ai réservé dans un bon resto à 19 h, donc pas d’stress. La bière est bonne, la deuxième est encore meilleure. 

 

18 h 30 arrive, allons-y.

 

Mais non. Pas là. 

 

Pas maintenant, pas tout d’suite, semble-t-il, c’est pas encore le bon moment.

 

Pour l’instant, c’est la même rengaine soir après soir. C’est l’apéro à la maison qui perdure encore et encore, comme le disait Francis. En espérant que ce ne soit pas que le début d’accord, d’accord ?

 

En passant, j’pense sincèrement à toi qui as décidé en février que ton sang n’allait pas se faire contaminer de houblon ou de raisins fermentés. T’as toute mon admiration pis ma fierté, moi qui le fais seulement à temps partiel. Chacun sa volonté.

 

Faque on était samedi pis y avait pas de hockey du samedi soir. Faisait chier.

 

J’sais ben qu’y a des tonnes de films à écouter, une série à débuter, du bricolage à commencer. Mais non, ça m’tente pas, ça m’tente juste pu d’être Punxsutawney Phil pis de voir constamment mon ombre pis que la fin de pandémie ne soit pas hâtive pis qu’elle finisse pu d’finir.

 

Faque en attendant, j’écris, j’t’écris. 

 

J’écris tout ce qui me passe par la tête sur Facebook en pensant à toutes sortes de niaiseries. Drôles ou pas. Songées ou non. Certaines personnes, même des amis proches, pensent que c’est un manque d’attention. Ben, j’leur dis que ça s’peut qu’y aient raison. Un manque d’attention, de proximité, de serrements dans mes bras, de bières accoté à un bar, de s’dire d’la marde face à face, de se r’garder dans l’blanc des yeux pis de se rappeler comment c’est bon d’être ensemble ou simplement comment la chaleur humaine nous a manqués. Autour d’un feu extérieur, même en plein hiver, pis surtout après 20 h. C’est si simple. Ça a pas besoin d’être plus compliqué, t’sais.

 

J’veux pu juste appeler. J’veux pu juste « Messengerizer » ni « Zoomer ». J’veux du vrai. J’veux payer une tournée que le lendemain j’vais regretter. J’veux être assis à une table d’un resto bondé à côté de quelqu’un qui rit beaucoup trop fort, essayer le plat sur le menu que j’ai envie de déguster et m’dire après deux bouchées que j’aurais dont dû prendre mon assiette de penne sauce arrabiata dont j’arrive juste pas à m’tanner, comme chaque fois, comme les vingt-deux dernières fois. Ben oui, je l’sais, que veux-tu que j’te dise, j’t’un passionné.

 

J’veux me faire inviter chez des amis à souper pis qu’ils pensent à ne pas cuisiner de poisson ni de fruits d’mer parce qu’ils savent que j’aime pas ça. Pis pas besoin de filet mignon ni de foie gras non plus, un macaroni à la viande serait parfait. Pis si tu trouves ça trop cheap de recevoir avec ça, ben fais-le gratiner pour le pimper, ça va être parfait pour moi parce que de toute façon, il est juste là comme prétexte pour qu’on se retrouve tous. 

 

Se faire un cheers collectif en claquant nos coupes à presque les briser en se disant « Heille, non, mais que c’est bon de se retrouver ! Pis ouch, l’année qu’on vient de passer ! » Débarrasser ensuite la table collectivement pis s’installer pour un jeu de ce qui prend soudainement tout son sens : de société. Un jeu de société. Pis j’te jure de pas chialer quand ça sera ton tour de mimer Elvis Presley pis que le temps se sera écoulé sans qu’on ait réussi à le trouver. 

 

Bon OK, j’vais quand même un p’tit peu te juger parce qu’au lieu de juste jouer de la guitare comme une déchaînée, t’avais juste à lever un côté de ta lèvre du haut ou à te déhancher pis je l’aurais facilement trouvé au lieu de dire Johnny Cash ou Bobby Hachey.

 

Je veux des amis qui tour à tour viennent me jaser dans mon salon pour me raconter des anecdotes, des jokes plates ou juste pour me montrer leur p’tit dernier. 

 

Des soupers de boys où y en a un qui finit par être ben chaud après une heure parce que c’est son seul soir de lousse depuis six mois et où un autre nous raconte un trip de cul qu’il a vécu en tournoi de hockey pis qu’y nous avait jamais conté. Christ de Gamache.

 

C’est faible de dire à quel point j’ai hâte à tout ça. Aussi hâte que de voir ma douce, belle et gentille amie Catherine arrêter de dater des astis d’crottés qui pensent juste à la fourrer ou à, du jour au lendemain alors que tout allait si bien, la ghoster. Perds pas espoir, ça va arriver. D’ici là, ben ça te fera une autre raison de m’appeler et d’quoi de plus à m’raconter. Pis on en rira du rouge au jaune ensemble pour se défouler.

 

Je veux la famille pas loin en tout temps. Les rassemblements comme dans l’temps. Le temps qui, lui, continue de vivre sans s’en faire. Se dire en vrai n’importe quoi juste pour se parler. Combler le temps, ce temps qu’on attend depuis trop longtemps. Refaire les mêmes jeux d’mots juste pour se voir rire. Laisser quelqu’un conter la même histoire pour une douzième fois juste pour pas le freiner dans son envie de la raconter pis pour pas stopper son bonheur de le voir puncher à la fin de son histoire. Voir le sel passer de main en main autour de la table juste parce que la personne à l’autre bout a ben vu que tu cherchais d’quoi. Tous s’asseoir, oublier quelque chose et s’obstiner en entendant en même temps : « Laisse faire, j’vais y aller ! »

 

J’veux tout ça. Même celui qui parle trop, celle qui dit rien. Celui qui dit « Mes enfants sont réunis ! » la larme à l’œil. Celle qui lâche pas son cell au cas où un de ses huit matchs Tinder lui écrirait. Y’m’manquent. Tous et toutes.

 

Saisir l’importance de l’instant présent n’importe quand, même en ne parlant que du président sortant, d’la météo ou en entendant un « Ouin ben tes Canachiens vont ben c’t’année. »

 

J’m’ennuie des malaises, des froids que ça crée pis du mononc’ chaud qui crie random « Legault c’est Hitler ! ». J’veux pas ça, mais j’veux de ça.

 

J’veux me bidonner en personne jusqu’à en pleurer. J’veux pleurer avec toi juste à cause de c’que tu viens de me conter pis te dire en vrai que j’peux pas te confirmer que ça va ben aller, mais que j’serai là pour toé.

 

Pis t’sais, l’hiver, même si jusqu’ici, côté température, on est privilégiés, ça sert à ça le froid, à ralentir, à se réchauffer en groupe, en gang. Finir une belle soirée de cinq heures ensemble pis en passer une autre dans le cadre de ta porte, les bottes aux pieds, alors que cinq minutes avant on se baillait ça dans face en se disant « Ouin ben yé assez tard là, j’vais allez me coucher. » « Oui moi aussi, bonne idée. » Bla, bla, bla…

 

Mais non, tout ça ne sera pas pour tout de suite. Mais j’dois bien avouer que de seulement écrire tout ça m’a fait du bien. J’espère que ça vous en a fait tout autant, du bien. Que ça vous a fait penser que tous ces moments-là ne sont peut-être pas si loin, finalement. J’veux y croire, j’veux vous revoir, j’veux vous sentir, j’veux vous toucher à un niveau passionné pour vous dire comment vous m’avez manqué. Mais n’ayez pas peur, là, je resterai juste en deçà d’Hannibal Lecter.

 

Faque d’ici là, j’vais retourner m’effouarer sur mon divan, avec une doudou et un feu d’foyer à enchaîner les postes de télé avec ma coupe de Planalto parfaitement tempéré.

 

J’te jure qu’on perd rien pour attendre. Attendre d’être seulement à nouveau bien ensemble.

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