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Correspondance

Crédits: Mylène Carrière

 

 

Ces mots ailés se sont enfin rendus chez lui. Plus de deux décennies plus tard, il décacheta l’enveloppe à son effigie. Il l’ouvrit et sut de qui elle provenait. Son visage rajeunit en un instant et le transporta loin dans sa vie antérieure…

Crystal décida de faire du ménage dans son grenier. Sous ses meubles anciens, elle retrouva une vieille boîte de souvenirs. Elle retraça ses fragments de vie en parcourant ses cartes postales, lettres vieillies et délavées, jadis reçues.

Elle se ressassa des images de sa douce adolescence casanière, calme et bien rangée. Non pas sans bonheur! Bien au contraire, la vie lui avait envoyé de belles missions de vie accomplies.

Physiquement, elle était encore belle avec ses beaux yeux bridés et son teint immaculé.

Soudainement, sa silhouette lui vint à l’esprit. L’illumination de sa journée, voire de sa vie. Mine de rien, elle venait de le revoir en songe.

Elle qui avait toujours été introvertie et secrète sur sa vie privée même avec sa meilleure amie, elle  se souvint s’être permis d’imaginer une vie paisible avec lui. Une maison de campagne tout près de chez ses parents pour pouvoir jardiner tranquillement et tricoter des habits dans la journée pour leurs progénitures.

Complètement absorbée sur son nuage de rêveries aux allures champêtres, son cerveau lui renvoya l’équation.

Cet homme, qui lui écrivait à l’époque de manière quotidienne, pouvait-il avoir le béguin pour elle? C’est en passant l’appel à sa très chère amie Florence pour lui raconter ses soupçons qu’elle la traita d’innocente.

Comment avait-t-elle pu passer à côté de ça ? Pour elle, recevoir une lettre faisait partie d’une chose banale. Ils s’échangèrent des lettres durant des mois et puis un jour, tout s’arrêta. Avoir la frénésie de donner et de recevoir de l’attention, de partager des moments et de recevoir les encouragements nécessaires, cela lui a permis de sortir de sa coquille et de s’épanouir, à sa façon.

Elle aimait lui écrire. Un petit moment de douceur dans sa soirée, elle qui étudiait de manière obsessionnelle afin de plaire à ses parents.

Elle se souvint alors d’avoir pris peur. Jamais personne ne s’était intéressée à elle de cette manière. C’était irréel. Croiser cette même personne dans la vie réelle et ne daigner s’échanger un regard… C’est déroutant. Par protection inconsciente, elle décida d’arrêter brusquement le fil de l’histoire. C’est en lisant les dernières phrases de la lettre que les larmes lui montèrent aux yeux. Elle eut une bouffée de regrets envers l’homme qui lui avait donné toute son attention au moment le plus important de sa vie. Elle réalisa alors qu’elle avait enfoui en elle ses sentiments les plus profonds par peur du jugement.

Elle s’en voulait d’avoir voulu plaire aux autres au lieu de se plaire à elle.

Elle s’en voulait de n’avoir osé.

Elle s’en voulait de n’avoir vécu pleinement.

Mais maintenant, elle avait choisi d’attraper l’opportunité de sa vie.

De son crayon à mine, elle céda à sa plus belle plume,

sachant que son temps est provisoire.

Elle décida de sortir de sa brume

et d’avoir le fin mot de leur histoire.

 

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