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Un petit retour à Fort McMurray

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Source: Marie Hélène Bou Nader

Il y a quelque temps de cela, j’ai retrouvé ce texte que j’avais écrit lors de mon expérience Odyssée à Fort McMurray, et je me suis dit : « pourquoi ne pas le partager avec un regard “cinq ans plus tard” sur certains paragraphes ? »

À l’époque, et même encore aujourd’hui, il est difficile pour moi de parler de mon expérience à Fort McMurray, puisque cette ville est considérée comme un « monde à part ». Peu de gens peuvent réellement comprendre la réalité de cet endroit, que nous prenions la peine de l’expliquer ou que nous soyons natifs de l’Alberta, et cela demeure impossible de penser que nous puissions nous faire une idée en une simple visite de deux ou trois jours.

En fait, nous devons réellement y vivre pour mieux constater la réalité qui gravite autour de cette localité. Il faut aussi accepter de devoir faire plusieurs concessions, car la distance, entre autres, n’est pas forcément notre meilleure amie. Toutefois, lorsque nous prenons le temps d’observer ce qui nous entoure, nous finissons par voir Fort Mac, comme les locaux l’appellent, sous un autre angle. Celui où ce n’est pas nécessairement que la ville qui pue, qui roule sur le sable bitumineux et qui peut te rendre riche.

Habiter à Fort McMurray, c’est avoir la chance de vivre au cœur de la forêt boréale (ce qui nous amène parfois à avoir des récréations à l’intérieur parce que des animaux sauvages se promènent dans les quartiers environnants). C’est connaître des températures frôlant les -50 degrés.

C’est assister, aussi, à des levers de soleil lorsque nous nous rendons au travail à 8 h 45 l’hiver et pouvoir admirer des couchers de soleil spectaculaires. C’est mentionner à son entourage du Québec que nous ne sommes qu’au mois de mai et que le soleil se couche presque à 22 h déjà, que ça ne fait que commencer, car il est levé vachement tôt aussi, et que plus les mois vont avancer jusqu’à l’été, plus il ne se couchera presque plus (vive la petite lueur à l’horizon) ! C’est avoir aussi l’occasion de voir plusieurs aurores boréales venir danser sous nos yeux.

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Source: Marie Hélène Bou Nader

Bref, Fort Mac est un endroit où la nature prédomine malgré son côté très urbain avec ses usines. C’est aussi dans cette ville que nous pouvons retrouver le plus grand centre sportif du Canada. Il y a tellement de choses à l’intérieur qu’il faut presque avoir une carte pour tout trouver (complexe aquatique, terrain de basketball, patinoire intérieure, etc.). Même la bibliothèque municipale se retrouve dans cet énorme établissement !

Si je vous parle de tout cela, c’est que je me suis retrouvée dans cette ville par pur hasard. J’avais eu la brillante idée, à l’époque, d’inscrire « peu importe » dans mes choix de milieux…

Ça a été très difficile les premiers mois, j’ai énormément pleuré ! Mais au final, j’aime pouvoir dire que j’ai été affectée dans la plus grosse école élémentaire (primaire) d’immersion française de la ville, où la majorité du personnel a pour langue première le français (donc je n’ai pas eu la chance de réellement pratiquer mon anglais, mais mon chiac, par contre, ça oui !).

Durant mon contrat, j’aurai vu 17 groupes différents sur 22 entre la maternelle et la 6e année. Je vous laisse donc deviner que j’ai eu des centaines d’enfants qui ont ri de moi plus d’une fois lorsque ma mémoire de poisson rouge oubliait leurs noms. Je vous avoue qu’il m’arrivait de temps en temps de faire exprès, juste pour les regarder me faire un visage comme si j’étais un cas désespéré.

Comme je vous l’ai mentionné plus haut, mon expérience n’aura pas été simple, mais près de cinq ans plus tard, je peux être fière de dire que j’ai réussi à relever cet énorme défi malgré tout ce que j’ai vécu avec les embûches qui se sont présentées. J’en suis partie la tête haute, car je n’ai pas abandonné une seule fois, même si je n’ai peut-être pas pu réaliser tous mes objectifs de départ pour des raisons de circonstances et de localisation.

Cinq ans plus tard, je me considère très chanceuse d’avoir eu des collègues en or, qui ont tout fait en leur possible pour rendre mon expérience moins difficile à Fort McMurray. Je suis aussi reconnaissante, au fil des neuf derniers mois durant lesquels j’ai habité là-bas, d’avoir pu voir des centaines d’enfants heureux de vouloir en apprendre plus sur le français, sur la culture québécoise, de vouloir toujours donner leur maximum, etc.

Je dois me considérer chanceuse de pouvoir confirmer que j’ai fait une différence pour eux avec les feedbacks de mes collègues ou de la direction. Ces petites tapes sur l’épaule m’ont souvent aidée à me rappeler que, au meilleur de mes connaissances, je faisais un très bon travail, que j’étais intéressée par ces jeunes et que je les intéressais, en faisant la petite différence dans leur vie, même si je n’ai été que de passage et que mon départ a été précipité à cause d’une giga catastrophe naturelle.

Je terminerai mon article aujourd’hui en vous laissant sur la citation qui a fait la différence dans ma vie à cette époque : « Commence par faire le nécessaire, puis fais ce qu’il est possible de faire et tu réaliseras l’impossible sans t’en apercevoir. » — Saint-François-D’Assise

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